Les jeunes Ivoiriens sont étouffés et asphyxiés dans leurs propres activités commerciales. Avec nos maigres moyens, nous peinons à développer nos entreprises. Nous finissons souvent endettés et, lorsque nous sommes contraints de fermer nos activités, on nous traite d'inconscients. Pourtant, les réalités du terrain sont sous vos yeux. C'est grave !
Nous n'avons rien contre les étrangers. Cependant, nous réclamons une véritable protection des initiatives locales. « L'Ivoirien d'abord », c'est aussi ce que font d'autres pays pour protéger leurs propres entrepreneurs.
Je ne parle pas ici de l'État ni du gouvernement. Cette prise de conscience doit d'abord commencer par nous-mêmes, au sein de la population. À terme, cette situation touchera tous les secteurs d'activité et pourrait mettre au chômage des milliers de jeunes Ivoiriens ainsi que leurs proches. Plus de 8 millions de jeunes seraient menacés par cette concurrence dans nos différents secteurs d'activité.
Voici quelques exemples de cette situation :
1. La production de riz
Plus de 500 000 familles en Côte d'Ivoire vivent de la production du riz. Pourtant, beaucoup sont aujourd'hui découragées par la concurrence du riz importé, qui étouffe leurs ventes. Pour écouler leurs récoltes, certains producteurs sont obligés de brader leurs produits et de vendre à perte.
2. Le secteur automobile
L'importation des véhicules de moins de cinq ans a été soumise à des restrictions, et des milliers de jeunes entrepreneurs ivoiriens affirment avoir perdu des milliards de francs CFA dans ce secteur. Aujourd'hui, la ville est envahie de parcs automobiles proposant notamment des véhicules chinois. Du nouveau CHU d'Angré à Angré Petro Ivoire, on dénombre plus de onze parcs automobiles sur un seul axe. C'est tout de même interpellateur !
3. Le secteur de l'esthétique et du bien-être
Des établissements de spa ouvrent leurs portes avec des pratiques qui, selon certains professionnels, portent atteinte à l'image du métier. Résultat : les véritables esthéticiennes ivoiriennes, pourtant diplômées et formées, se retrouvent parfois victimes d'amalgames et de préjugés.
4. La commercialisation des œufs
La vente des œufs constitue une activité qui permet à de nombreux jeunes, notamment des étudiants, d'arrondir leurs fins de mois. Aujourd'hui, certains proposent la plaquette à 1 500 F CFA et trois plaquettes à 3 000 F CFA.
Mais d'où viennent ces œufs ? Comment parviennent-ils à pratiquer de tels prix ? Nous aimerions également connaître leurs méthodes et leurs circuits d'approvisionnement. Car, avec un prix de revient de 2 100 F CFA la plaquette, certains producteurs et commerçants locaux peinent déjà à s'en sortir, compte tenu du coût élevé de l'aliment pour les volailles.
5. Le secteur de la santé
Des cliniques ouvrent leurs portes tandis que des établissements de santé locaux sont contraints de fermer. Une situation qui mérite également d'être examinée.
6. Le secteur du foncier
Des opérateurs se sont également lancés dans les activités de lotissement. Des pancartes portant des inscriptions en chinois sont désormais visibles dans certaines rues et annoncent des prestations allant jusqu'à l'obtention de l'Arrêté de concession définitive (ACD). Comment expliquer cette évolution dans un secteur aussi sensible ?
7. Les marchés publics et le BTP
Ils semblent également occuper une place importante dans l'attribution et l'exécution de certains marchés publics. Pendant ce temps, des Ivoiriens formés et qualifiés dans le domaine du bâtiment peinent à décrocher des contrats importants. Après des années d'études et de formation, certains se retrouvent à ne pouvoir obtenir que de petits marchés de construction de magasins ou de boutiques.
8. Le commerce de vêtements
Même le secteur de la vente de vêtements, qui permettait à de nombreux jeunes de gagner leur vie, est désormais confronté à une concurrence particulièrement rude.
9. La vente de téléphones et d'accessoires
Dans ce secteur également, certains commerçants proposent des téléphones et des accessoires à des prix qui semblent proches de ceux pratiqués sur les marchés d'usine en Chine. Comment font-ils pour obtenir de telles conditions d'approvisionnement ? Nous aimerions comprendre et apprendre de leurs méthodes.
10. Le secteur de la poissonnerie
Des poissonneries ont ouvert un peu partout, avec des prix particulièrement compétitifs. De nombreux jeunes commerçants locaux ont fini par mettre la clé sous le paillasson. Et après leur départ, les prix du poisson ont augmenté.
11. Le secteur de l'ameublement
La même situation se constate dans la vente de meubles et d'accessoires de maison, où de grandes surfaces commerciales proposent une offre difficile à concurrencer pour les petits commerçants locaux.
Vous pouvez juger ce que nous vivons. Vous pouvez même en rire.
Pourtant, j'en parle depuis janvier 2025. Un an et demi plus tard, vous constatez vous-mêmes leur présence grandissante dans plusieurs secteurs. Et ce n'est pas fini : ils se sont également lancés dans la production de poisson, de gingembre, de tomates et d'autres produits.
Même dans les supermarchés, la place accordée aux produits locaux pose question. Les produits ivoiriens sont parfois relégués en bas des rayons, au point qu'il faut se baisser pour les voir, tandis que d'autres produits sont exposés à hauteur des yeux et bénéficient d'une meilleure visibilité.
Il faut donc comprendre une chose : la charité bien ordonnée commence par soi-même. Nous devons apprendre à valoriser et à consommer ce que nous produisons localement.
Le moins cher peut finalement coûter très cher. Car si les prix particulièrement bas finissent par pousser les commerçants et producteurs locaux à fermer leurs activités, que se passera-t-il lorsque la concurrence aura disparu ? Les prix pourraient alors augmenter, et ce sont les consommateurs eux-mêmes qui en subiront les conséquences.
Il est temps de prendre conscience de cette réalité et de réfléchir collectivement à la protection de nos entrepreneurs, de nos producteurs et de nos emplois locaux.
Tia Gueu Rock





