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L’Enquête du jeudi .Côte d’Ivoire : sur les marchés, les prix du poisson n’ont pas vraiment baissé

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Le gouvernement ivoirien a conclu un accord direct avec les acteurs de la filière halieutique, le 22 octobre 2026, pour faire baisser le prix du carton de poisson. Cette entente est intervenue à la suite des récentes protestations des commerçants dans la commune d’Abobo, à Abidjan, et à l’intérieur du pays, notamment dans la ville de Daloa. Mais cette baisse est-elle réellement appliquée sur les marchés ? Nous avons fait un tour sur le terrain pour prendre le pouls de la situation. Notre constat.

Le 19 octobre dernier, au grand marché d’Abobo, près de la gare, les femmes avaient renversé leurs bassines pour protester contre la cherté du poisson. « Diminuez le prix du poisson ! Trop, c’est trop ! », scandaient-elles. À Yopougon, le spectacle était le même, ce jour-là. À Daloa, les 20 et 21 octobre, devant la préfecture, Liliane Lago, porte-parole des vendeuses, déplorait la situation : « Le carton de chinchard est passé de 18 000 à 35 000 F CFA, le carton de sosso de 19 000 à 46 000 F CFA. »

Pour calmer cette fronde, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Kalil Konaté, a conclu un accord avec les importateurs, grossistes, demi-grossistes et détaillants en vue d’une baisse de 2 500 à 5 000 F CFA sur les cartons de 20 kg des deux espèces de poissons que sont le chinchard et le maquereau, qui restent les variétés les plus consommées par les ménages ivoiriens.

Sur les marchés, la réalité est tout autre

« Officiellement, au niveau des grossistes et des importateurs, le prix du carton de 20 kg est passé de 33 000 à 30 500 F CFA, soit une réduction de 2 500 F CFA. Au niveau des commerçants (demi-grossistes), l’Interprofession de la filière pêche a ajusté les marges intermédiaires pour ramener le prix du carton de chinchard à 31 500 F CFA au lieu de 36 500 F CFA, soit une baisse de 5 000 F CFA », confirme Adams Wuny, président des commerçants du marché de Bingerville. Sur le marché, la réalité est tout autre.

Il est exactement 12 heures lorsque nous faisons notre entrée au marché central de Bingerville, le samedi 31 octobre 2026. Le soleil est au zénith, mais cette chaleur ne semble pas décourager les commerçants installés derrière leurs étals, qui hèlent les clients.

Les mains plongées dans le poisson congelé, une vendeuse qui souhaite garder l’anonymat nous interpelle. Elle fait partie des femmes qui fournissent du poisson aux ménagères de Bingerville. « Moi, je ne prends pas le poisson au port, je l’achète chez les grossistes pour le revendre », explique-t-elle avant de poursuivre : « Avant, je prenais le carton à 35 000 F CFA. Cette semaine, je l’ai pris à 33 000 F CFA. Le prix a diminué de 2 000 F CFA, mais ce prix ne nous arrange toujours pas. On vend à perte et les clients se plaignent », se défend-elle.

La baisse annoncée à la télévision n’est pas ressentie

Pour Fanta Coulibaly, une autre détaillante installée un peu plus loin dans le marché, la baisse annoncée à la télévision n’est pas perceptible. « J’achète le poisson aujourd’hui à 33 000 F CFA. Je dois ensuite le transporter, payer la glace pour le conserver et le revendre aux clients, qui, eux aussi, se plaignent du coût élevé du poisson », relève-t-elle.

La cherté du poisson met à rude épreuve le pouvoir d’achat des ménages. En effet, sur les étals du marché de Bingerville, il n’existe pas encore de tarif uniforme au kilogramme. « Depuis un an maintenant, je paie le kilo de chinchard à 2 000 F CFA. On parle de réduction, mais nous, les consommateurs, nous ne la ressentons pas dans nos paniers. Les prix sont les mêmes et les condiments sont aussi vendus en très petites quantités, tout en coûtant cher », déclare Aka Ruth, ménagère, avant de s’interroger : « Comment allons-nous nous en sortir ? »

La baisse annoncée est une goutte d’eau face à l’explosion des prix

Pourquoi le prix du kilogramme reste-t-il le même malgré la baisse du prix du carton ? Interrogé, Habib Koné, grossiste au marché de Bingerville, explique que la réduction du prix du carton de poisson est une goutte d’eau face à l’explosion des prix. « Quand un carton qui coûtait 18 000 F CFA passe à 46 000 F CFA, retirer 2 000 ou 2 500 F CFA laisse subsister une augmentation de plus de 70 %. Et la mesure ne concerne que deux espèces de poissons, le chinchard et le maquereau. Les autres variétés de poissons restent chères », dénonce-t-il.

Selon des analyses économiques locales, le problème est structurel. La Côte d’Ivoire importe plus de 80 % du poisson qu’elle consomme, soit plus de 700 000 tonnes, pour une valeur de plus de 500 milliards de francs CFA.

Pour garantir l’application des nouveaux tarifs sur les marchés, une commission de suivi et un observatoire des prix et des marges ont été mis en place. Le Conseil national de lutte contre la vie chère (CNLVC) annonce des contrôles et rappelle le numéro vert 1343 pour dénoncer le non-respect des prix officiels.

Nathalie Kouassi


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