Face à la dégradation des écosystèmes, à la disparition progressive de certaines espèces animales et végétales et à la pression de l’orpaillage illégal, la Côte d’Ivoire renforce son dispositif de protection de l’environnement. Entre création de nouvelles réserves naturelles, réorganisation des forêts classées et projets d’aires marines protégées, le pays entend préserver son patrimoine naturel tout en faisant des espaces protégés des leviers de développement durable.
La préservation de la biodiversité s’impose comme un enjeu majeur pour l’avenir de la Côte d’Ivoire. Conscient des menaces qui pèsent sur son patrimoine naturel, le gouvernement multiplie les initiatives pour renforcer la protection des écosystèmes et promouvoir une gestion durable des ressources naturelles.
Parmi les mesures récentes figure la création de la Réserve naturelle volontaire de la Société des caoutchoucs de Grand-Béréby (SOGB). Le décret portant création de cette aire protégée a été adopté en Conseil des ministres le 9 septembre 2026.
D’une superficie d’environ 4 000 hectares, cette réserve est constituée de seize îlots de forêts situés dans le complexe agro-industriel de la SOGB, dans la sous-préfecture de Grand-Béréby, département de San Pedro. Elle abrite notamment des espèces végétales endémiques d’Afrique de l’Ouest ainsi que des espèces remarquables de faune.
Cette initiative traduit la volonté des autorités de renforcer la conservation de la diversité biologique, y compris dans les espaces du domaine rural.
Orpaillage illégal : une menace au cœur des préoccupations
Au-delà de la création de nouvelles aires protégées, la lutte contre les activités qui dégradent les écosystèmes demeure une priorité. L’orpaillage illégal figure parmi les principales menaces identifiées par les autorités.
Le sujet a été examiné à plusieurs reprises lors des réunions du Conseil national de sécurité (CNS). Dans cette dynamique, des équipements ont été remis, le 30 septembre, au Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal, à la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention ainsi qu’aux autres forces engagées sur le terrain.
L’objectif affiché est de renforcer leurs capacités opérationnelles et de mieux lutter contre ce phénomène.
Le gouvernement entend également agir sur le plan judiciaire. Un projet de modification du Code pénal prévoit ainsi des sanctions plus sévères, qui pourraient être étendues aux commanditaires, aux receleurs, aux financiers et aux propriétaires des sites d’exploitation illégale.
Une biodiversité confrontée à de multiples menaces
L’urgence de ces mesures se comprend au regard de l'ampleur des pressions exercées sur le patrimoine naturel ivoirien.
Selon les données citées dans les travaux d’Aké-Assi (2002), entre 1960 et 2002, 26 espèces de plantes vasculaires ont disparu des forêts ivoiriennes, tandis que 70 autres étaient menacées d’extinction ou devenues rares. La faune n'est pas épargnée : 82 espèces sont classées dans les catégories menacées et plus de 60 espèces d’oiseaux sont également concernées.
Le recul des populations d’éléphants illustre particulièrement cette dégradation. Estimée à environ 100 000 individus dans les années 1960, leur population serait tombée à seulement 225 à 500 individus en 2024.
Les zones humides et les espaces côtiers subissent également des pressions importantes. Plus des deux tiers du littoral ivoirien seraient affectés par des phénomènes d’érosion côtière.
À ces difficultés s’ajoutent la perturbation des cycles biogéochimiques et le déclin des ressources halieutiques. Avec une production nationale de pêche estimée à 83 000 tonnes, le pays ne couvre qu’environ 12 % d’une demande annuelle évaluée à 700 000 tonnes. Cette situation entraîne un recours important aux importations, qui représentent près de 80 % de l’approvisionnement.
Quatorze décrets pour redéfinir les limites des forêts et agro-forêts
Pour inverser cette tendance, les autorités misent également sur une meilleure organisation des espaces naturels existants.
Le 23 septembre dernier, le Conseil des ministres a adopté quatorze décrets portant redéfinition des limites de cinq agro-forêts et de neuf forêts classées.
Cette démarche s’inscrit dans une politique de valorisation du patrimoine naturel et de consolidation du dispositif national de conservation.
« En agissant localement, nous contribuons à un effort global pour un avenir plus résilient, plus durable et plus prospère dans les 31 régions et les deux districts autonomes des 322 400 km² de notre grande nation », a déclaré le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba.
Cinq nouvelles aires marines protégées en perspective
La stratégie ivoirienne de conservation devrait également s'étendre davantage aux espaces marins et côtiers.
Dans le cadre de la prochaine phase du Programme cadre de gestion des aires protégées (PCGAP 2025-2039), le gouvernement prévoit la création de cinq aires marines protégées. Les sites concernés sont :
Le site transfrontalier Côte d’Ivoire-Libéria, dans la zone du Cavally ;
La forêt classée de Dassioko, dans la région du Gboklè ;
Le parc national d’Azagny ;
Le site transfrontalier Côte d’Ivoire-Ghana ;
Le site des îles Ehotilés.
À travers ces projets, les autorités ambitionnent de faire des aires protégées des espaces à haute valeur touristique. Il s’agit non seulement de préserver les ressources naturelles, mais aussi de générer des retombées économiques et d’améliorer les conditions de vie des populations riveraines.
Un engagement inscrit dans une dynamique internationale
Cette politique s'appuie également sur la coopération régionale et les engagements internationaux du pays.
En 2023, la Côte d’Ivoire a intégré le Réseau régional d’aires marines protégées en Afrique de l’Ouest (RAMPAO), renforçant ainsi sa participation aux initiatives régionales de conservation des écosystèmes marins et côtiers.
Le pays a, par ailleurs, engagé plusieurs réformes visant à consolider son cadre juridique et institutionnel de protection de l’environnement. Sa stratégie et son plan d’action nationaux pour la biodiversité ont également été actualisés afin de les aligner sur le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal.
À travers la création de réserves naturelles, la réorganisation des espaces forestiers, la lutte contre l’orpaillage illégal et le développement des aires marines protégées, la Côte d’Ivoire entend ainsi inscrire la conservation de son patrimoine naturel au cœur de son ambition de développement durable.
S.T.





