publicité

Societe

L’Enquête du jeudi: Cancer du sein en Côte d’Ivoire : entre espoir de guérison et vies brisées, un combat qui continue

Publié le :

Chaque année, des milliers de femmes apprennent qu’elles sont atteintes d’un cancer du sein. Certaines parviennent à surmonter la maladie après des mois de traitements éprouvants. D’autres, en revanche, succombent à la maladie, laissant derrière elles des familles endeuillées. En Côte d’Ivoire, où environ 5 000 cas seraient détectés chaque année, selon des chiffres communiqués par le gouvernement en octobre 2026, le cancer du sein demeure un problème majeur de santé publique. Derrière les campagnes de sensibilisation d’Octobre rose, des femmes et leurs proches continuent de mener un combat souvent éprouvant.

À l’échelle mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 2,3 millions de femmes ont reçu un diagnostic de cancer du sein en 2022 et quelque 670 000 personnes en sont décédées. Ce cancer demeure le plus fréquent chez les femmes dans la majorité des pays.

En Côte d’Ivoire, les estimations du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), établies pour 2022, faisaient état de 3 869 nouveaux cas et de 2 092 décès. Ces chiffres illustrent le poids de cette maladie dans le pays.

Mais les statistiques ne racontent pas tout. Derrière chaque diagnostic, il y a une femme, une famille, des projets parfois interrompus et un quotidien bouleversé.

« Les voir souffrir sans pouvoir agir »

Pour certaines familles, le cancer du sein laisse des blessures difficiles à refermer. Parmi les cinq femmes interrogées dans le cadre de cette enquête, plusieurs ont perdu une proche qu’elles ont accompagnée jusqu’à ses derniers instants. Évoquer ces souvenirs reste une épreuve. Au fil des entretiens, les voix se brisent, les larmes coulent et les mains tremblent.

Kouassi Marie Esther peine notamment à contenir son émotion lorsqu’elle revient sur les derniers moments passés auprès d’une malade. Comme les autres femmes endeuillées, elle garde en mémoire la dégradation progressive de l’état de santé de sa proche, les moments où celle-ci retrouvait un peu de lucidité, puis ceux où elle ne réagissait presque plus.

Ces images douloureuses semblent encore présentes, malgré le temps écoulé. Pour ces femmes qui ont accompagné leurs proches jusqu’à la fin, la souffrance ne s’est pas arrêtée avec leur disparition. Le souvenir de leur impuissance face à la maladie continue de les hanter.

Le soutien psychologique, une étape importante

Pour Prince Tra Bi, psychologue clinicien, l’annonce d’un cancer du sein constitue souvent un choc pour la patiente. Dans l’imaginaire collectif, cette maladie reste fortement associée à la mort. « Les représentations du cancer dans la société sont fortement négatives », explique-t-il.

Selon lui, certaines femmes peuvent alors se décourager, refuser de prendre leurs médicaments ou se détourner de leurs activités quotidiennes. D’autres, au contraire, s’investissent davantage dans leur prise en charge.

Les transformations physiques liées à la maladie et aux traitements peuvent également fragiliser l’équilibre psychologique. La perte des cheveux ou l’ablation d’un sein peuvent bouleverser l’image que la femme a d’elle-même. « Elle peut perdre son sein qui est un symbole de la féminité et maternité », souligne le spécialiste.

Cette épreuve peut conduire certaines patientes à redéfinir leur rapport à leur corps et à leur féminité.

Le psychologue insiste sur la nécessité d’un accompagnement dès l’annonce du diagnostic et tout au long du parcours de soins. « Le soutien psychologique devrait occuper une place très importante », affirme-t-il. Cet accompagnement ne concerne pas uniquement les patientes. Les proches peuvent également en bénéficier afin de mieux comprendre la maladie et de soutenir la personne atteinte.

Même après la fin des traitements, les difficultés psychologiques peuvent persister. La peur d’une récidive, notamment, peut modifier les habitudes et peser sur le quotidien. Pour Prince Tra Bi, retrouver un sentiment de sécurité demande du temps. « C’est un long processus, mais il est bénéfique », précise-t-il.

En Côte d’Ivoire, l’accès à cet accompagnement reste toutefois limité. Le spécialiste évoque notamment le manque de psychologues dans les structures de prise en charge et le coût des consultations. Il cite le Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO), où il a effectué un stage en 2022, comme un établissement disposant de psychologues formés à l’accompagnement des patients atteints de cancer et de leurs proches.

Des chances de survie encore inégales

Pourquoi certaines femmes survivent-elles au cancer du sein alors que d’autres en meurent ? La réponse ne dépend pas uniquement du moment où la maladie est découverte. Le type de cancer, son stade au diagnostic, les traitements disponibles et la rapidité de la prise en charge jouent également un rôle.

Une étude scientifique publiée dans The Lancet Global Health apporte un éclairage sur ces difficultés. Intitulée African Breast Cancer-Disparities in Outcomes (ABC-DO), elle a permis de suivre 2 153 femmes prises en charge dans huit hôpitaux de cinq pays d’Afrique subsaharienne : la Namibie, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Ouganda et la Zambie.

Les chercheurs ont constaté que la survie brute était de 51 % à trois ans, de 40 % à cinq ans et de 33 % à sept ans. Autrement dit, dans cette population étudiée, quatre femmes sur dix étaient encore en vie cinq ans après leur diagnostic.

Ces résultats ne constituent pas des statistiques propres à la Côte d’Ivoire. Ils illustrent néanmoins les difficultés auxquelles sont confrontées les patientes dans plusieurs pays africains.

Les chercheurs estiment qu’une détection plus précoce, associée à un accès effectif aux traitements, pourrait réduire sensiblement le nombre de décès.

« 85 femmes sur 100 sont encore en vie après cinq ans »

Si le cancer du sein continue d’emporter des vies, les progrès de la médecine permettent aujourd’hui à davantage de femmes de survivre à la maladie. En Côte d’Ivoire, les résultats enregistrés au Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO) illustrent notamment l’importance d’un diagnostic précoce.

Dans une interview publiée sur le site officiel du gouvernement ivoirien, la professeure Judith Didi-Kouko Coulibaly, directrice générale du CNRAO, explique que le cancer du sein peut être guéri lorsqu’il est détecté suffisamment tôt et correctement traité.

Selon les résultats qu’elle présente, sur 100 patientes atteintes d’un cancer du sein et suivies au CNRAO, 63 étaient encore en vie cinq ans après le diagnostic. Cette proportion atteignait 85 sur 100 parmi les femmes dont la maladie avait été détectée précocement. Avant l’ouverture du centre, la survie à cinq ans était estimée à 30 sur 100, selon les données qu’elle rapporte.

Ces résultats ne signifient pas que toutes les patientes encore en vie sont définitivement guéries. Ils témoignent toutefois des progrès réalisés dans leur prise en charge.

La directrice générale souligne également que les traitements disponibles en Côte d’Ivoire se sont diversifiés. Outre la chimiothérapie et la radiothérapie, certaines thérapies bénéficient de conventions permettant aux patientes prises en charge dans les hôpitaux publics d’accéder gratuitement aux médicaments concernés, lorsqu’ils leur sont prescrits et qu’ils entrent dans le cadre de ces dispositifs.

Au CNRAO, la prise en charge ne se limite pas aux traitements médicaux. Des groupes de parole, un accompagnement psychologique, des conseils nutritionnels et des soins socio-esthétiques sont également proposés aux patientes.

Ces dispositifs visent notamment à les aider à faire face aux changements physiques, à la fatigue et aux difficultés psychologiques provoqués par la maladie.

Des progrès, mais le diagnostic tardif reste un défi

En Côte d’Ivoire, les autorités sanitaires reconnaissent les difficultés liées à la découverte tardive de nombreux cancers du sein. En 2025, le professeur Innocent Adoubi, directeur-coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLCa), avait notamment évoqué la méconnaissance des signes d’alerte et les obstacles socio-économiques qui limitent les chances de survie.

Le pays a toutefois renforcé ses équipements de dépistage et de traitement. En mars 2026, le ministère de la Santé a réceptionné un camion de mammographie mobile d’une valeur de 211 millions de FCFA, destiné à rapprocher les examens des femmes vivant loin des structures spécialisées.

Le gouvernement a également annoncé, le 14 octobre 2026, plusieurs mesures visant à améliorer l’accès aux traitements, notamment des conventions permettant de réduire fortement le coût de certaines thérapies auparavant évaluées à plusieurs millions de francs CFA.

Ces avancées ne font cependant pas disparaître toutes les difficultés. Entre le diagnostic, les examens complémentaires, les traitements et le suivi médical, le parcours d’une patiente peut s’étendre sur plusieurs années.

La lutte au-delà d’Octobre rose

Chaque mois d’octobre, les campagnes de sensibilisation se multiplient. Des associations, des établissements de santé et des institutions encouragent les femmes à se faire examiner. Mais la lutte contre le cancer du sein ne peut se limiter à quelques semaines de mobilisation.

Pour celles qui suivent un traitement, comme pour les familles qui ont perdu une proche, la maladie ne s’arrête pas avec la fin d’Octobre rose.

Les témoignages recueillis rappellent que derrière les chiffres se trouvent des histoires différentes, faites de peur, d’espoir, de traitements et parfois de deuil. Ils soulignent surtout la nécessité de poursuivre les efforts de dépistage, d’accompagnement psychologique et d’accès aux soins tout au long de l’année.

Claude Eboulé


ENCADRÉ

Octobre rose : où se faire dépister en Côte d’Ivoire ?

Chaque année, le mois d’octobre est consacré à la sensibilisation au cancer du sein. En Côte d’Ivoire, cette mobilisation s’accompagne de campagnes de dépistage organisées par des établissements sanitaires, des associations et des institutions publiques ou privées.

Pour l’édition 2026, le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville, à Abidjan, organise, du 15 au 31 octobre, une campagne gratuite de dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus. Les consultations se déroulent de 8 h à 14 h 30, en collaboration avec la Fondation 1,2,3 Soleil et le Programme national de lutte contre le cancer.

D’autres initiatives ont également été menées dans la capitale économique. Le 9 octobre, plus de 250 femmes ont bénéficié d’un dépistage gratuit lors d’une activité organisée par l’Agence nationale du service universel des télécommunications/TIC (ANSUT), aux Deux-Plateaux.

Le gouvernement indique par ailleurs que des équipements de mammographie ont été déployés dans plusieurs hôpitaux du pays. Un dispositif mobile a également été acquis afin de rapprocher les examens des populations rurales.

Le dépistage vise à détecter un éventuel cancer avant l’apparition de symptômes. En cas de grosseur au sein, de modification inhabituelle de sa forme ou d’écoulement anormal du mamelon, une consultation médicale est recommandée sans attendre une campagne gratuite.

Les femmes sont invitées à se renseigner auprès des structures sanitaires de leur localité pour connaître les possibilités de dépistage et les conditions d’accès aux examens.

C. É.


GENERATED_OK



publicité

FIL INFO

29 octobre 2026

Washington prévient de possibles frappes en Iran après les élections de mi-mandat

29 octobre 2026

Ebola: réunion «urgente» des ministres africains de la Santé, plus de 10 000 cas confirmés

29 octobre 2026

Cour des comptes : la RDC clôture le Budget 2025 avec un excédent de plus de 400 milliards de CDF

29 octobre 2026

Russie-Afrique: Poutine appelle à un ordre mondial plus équitable

29 octobre 2026

Espagne : au moins 64 morts dans l'une des pires catastrophes ferroviaires du pays



Fanico

Michel Koffi 26 septembre 2026
Pleuvront sur lui tous les dythirambes.
Adrien Poussou 26 août 2026
Madagascar sur les traces de la Centrafrique
Nnenna Nwakanma 17 août 2026
La prise de parole sur les réseaux sociaux commence à coûter trop cher.
El Hadj Mamadou Traoré 13 août 2026
Ne jouons plus avec ces sujets relatifs à la sécurité et à la défense


publicité
publicité