Face aux conflits, au terrorisme, au changement climatique et aux bouleversements technologiques, la Côte d’Ivoire appelle à restaurer la confiance entre les nations et à adapter les institutions internationales aux réalités du XXIᵉ siècle.
La Côte d’Ivoire a réaffirmé son attachement au multilatéralisme et au règlement pacifique des différends à l’occasion de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Dans son intervention, le pays a appelé à une refondation de la confiance dans les institutions internationales, alors que le monde traverse une période marquée par la multiplication des conflits, les tensions géopolitiques, le terrorisme, les crises humanitaires et les dérèglements climatiques.
Au nom du Président Alassane Ouattara, la délégation ivoirienne a d’abord adressé ses félicitations au nouveau président de l’Assemblée générale et rendu hommage au Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, saluant une décennie d’action à la tête de l’Organisation.
« Redynamiser le multilatéralisme »
Le constat dressé par Abidjan est celui d’un système international confronté à une crise de confiance. Les fractures géopolitiques et la multiplication des crises mettent à rude épreuve l’architecture internationale de paix et de sécurité.
Pour la Côte d’Ivoire, la réponse passe notamment par un retour au dialogue et par une diplomatie plus efficace. La confiance dans les institutions internationales doit, selon elle, reposer sur leur capacité à appliquer leurs principes de manière équitable à tous les États, quelle que soit leur puissance.
La Côte d’Ivoire estime également que les institutions internationales doivent mieux refléter les réalités politiques, démographiques et économiques du XXIᵉ siècle.
Conseil de sécurité : Abidjan réaffirme sa revendication pour l’Afrique
La réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies occupe une place importante dans le message ivoirien.
Abidjan renouvelle son soutien à une réforme permettant une représentation permanente de l’Afrique au sein de cet organe central de la gouvernance mondiale. Pour les autorités ivoiriennes, la représentativité et l’inclusivité des institutions internationales sont devenues des conditions essentielles de leur crédibilité.
La Côte d’Ivoire salue également les avancées liées au Pacte pour l’avenir et appelle à passer désormais de l’adoption des engagements à leur mise en œuvre concrète.
Proche-Orient, RDC, Soudan et Haïti : priorité au dialogue
Sur les crises internationales, la Côte d’Ivoire exprime sa préoccupation face à la reprise des hostilités au Proche et au Moyen-Orient ainsi qu’aux situations humanitaires en République démocratique du Congo et au Soudan.
Le message ivoirien est celui d’une priorité donnée au dialogue et aux mécanismes de médiation. Abidjan réaffirme son attachement au règlement pacifique des différends, conformément à la Charte des Nations Unies, et son soutien aux initiatives de médiation conduites par l’ONU, l’Union africaine et les organisations régionales.
La Côte d’Ivoire réaffirme par ailleurs sa solidarité avec Haïti et son soutien aux initiatives destinées à contribuer au rétablissement de la sécurité et au fonctionnement des institutions du pays.
Le Sahel face au terrorisme et aux fragilités structurelles
L’Afrique, et particulièrement le Sahel, occupe une place centrale dans l’intervention.
La Côte d’Ivoire souligne la persistance de l’extrémisme violent, de la criminalité transnationale organisée et des trafics illicites. Elle estime que ces menaces ne peuvent être durablement combattues par les seuls États concernés.
La coopération régionale et la solidarité internationale sont ainsi présentées comme indispensables. Mais la réponse sécuritaire doit également, selon Abidjan, s’accompagner d’actions sur les causes profondes des crises : pauvreté, chômage des jeunes, inégalités et marginalisation.
Cette approche place la prévention des conflits au cœur de la stratégie défendue par la Côte d’Ivoire.
Développement et financement : l’autre bataille du multilatéralisme
Pour Abidjan, la paix ne peut être durable sans développement inclusif.
À l’approche de 2030, la Côte d’Ivoire juge insuffisants les progrès réalisés vers les Objectifs de développement durable et appelle à une réforme de l’architecture financière internationale.
Le pays plaide notamment pour un accès plus équitable aux financements destinés aux infrastructures, à la santé, à l’éducation, à l’énergie, à l’industrialisation et à la création d’emplois pour les jeunes.
Le financement du développement apparaît ainsi comme un enjeu directement lié à la stabilité et à la paix internationales.
Climat : l’Afrique demande davantage de solidarité
Le changement climatique constitue un autre axe majeur du discours.
La Côte d’Ivoire rappelle la vulnérabilité particulière de l’Afrique face aux sécheresses, aux inondations, à la dégradation des terres et aux perturbations des systèmes alimentaires.
Abidjan appelle au respect des engagements internationaux en matière de financement climatique, d’adaptation et de transfert de technologies, considérant ces mécanismes comme indispensables pour permettre aux pays les plus vulnérables de faire face aux conséquences du changement climatique.
Intelligence artificielle : accompagner l’innovation tout en protégeant l’humain
La transformation technologique constitue également un enjeu de gouvernance mondiale.
La Côte d’Ivoire reconnaît le potentiel considérable de l’intelligence artificielle et de la révolution numérique, tout en alertant sur le risque d’un accroissement des fractures existantes si l’accès aux technologies et à leurs bénéfices demeure inégal.
Abidjan soutient ainsi les efforts visant à mettre en place une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle fondée sur l’innovation, mais également sur l’éthique, la sécurité, la dignité humaine et un partage plus équitable des bénéfices du progrès technologique.
Le Plan national de développement 2026-2030 comme déclinaison nationale
Sur le plan national, la Côte d’Ivoire inscrit cette vision internationale dans son Plan national de développement 2026-2030.
Le pays affirme poursuivre une stratégie destinée à renforcer et diversifier son économie, tout en préservant la paix et la stabilité. Cette trajectoire est présentée comme cohérente avec l’Agenda 2030 des Nations Unies et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
L’objectif affiché est de faire en sorte que la croissance économique génère davantage d’opportunités, de progrès social et de bien-être pour les populations.
« Restaurer la confiance entre les Nations »
En conclusion, le message ivoirien revient à son idée centrale : la restauration de la confiance.
À l’heure où l’ONU entre dans sa neuvième décennie, Abidjan appelle à privilégier le dialogue sur la confrontation, la coopération sur le repli et la solidarité sur l’indifférence.
La Côte d’Ivoire entend ainsi continuer à défendre une vision du multilatéralisme fondée sur la paix, le dialogue, le respect du droit international et une meilleure représentation des différentes composantes de la communauté internationale.
Pour Abidjan, l’enjeu dépasse la seule réforme des institutions : il s’agit de préserver la capacité collective des États à répondre aux crises actuelles et à construire un ordre international capable de répondre aux attentes des générations présentes et futures.
S.T.





