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Orpaillage illégal : le cri d’alarme et les propositions d’un économiste

Publié le :

Marcellin ALLE KOFFI

A la source de la crise de l’orpaillage illégal dans les pays d’Afrique subsaharienne notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, se trouve la combinaison de deux réalités politico-économiques qui tirent la demande de l’or sur le marché mondial; l’une internationale et l’autre nationale et sous-régionale. La réalité internationale est la flambée historique des prix de l’or depuis 2024, expliquée par des mécanismes macroéconomiques et tensions géopolitiques mondiales, sans oublier les conséquences économiques de la pandémie de la COVID-19. 

Ainsi, depuis 2020, le prix international de l’or a connu une hausse fulgurante de 1.524 dollars l’once à 2.790 dollars l’once en 2024, puis à 5.590 dollars l’once en Janvier 2026; soit une progression astronomique de 266,7% de 2020 à 2026. L’autre réalité, nationale et sous-régionale, est la pauvreté des masses, notamment rurales, exploitée par des agents économiques à capacité de financement (les “debouts” et “suspendus” de la République généralement tapis dans l’ombre). Dans le cas de la Côte d’Ivoire, ces masses pauvres qui opèrent la ruée vers l’or sont constituées de 35% de nationaux Ivoiriens et de 65% d’étrangers en majorité Ouest-Africains, d’où l’aspect sous-régional du phénomène (par ordre d’importance, Burkinabés, Maliens, Guinéens, Nigériens, Nigérians, Ghanéens, Togolais, et Chinois en minorité, intervenant dans le financement, la fourniture de logistique et de machines lourdes), selon les chiffres du Conseil National de Sécurité. En fonction des zones touchées par l’orpaillage illégal qui sont analysées, ces chiffres d’orpailleurs illégaux étrangers peuvent évoluer d’après les estimations locales entre 70% et 95%.

Au niveau des mécanismes macroéconomiques et tensions géopolitiques mondiales qui expliquent la hausse spectaculaire des cours internationaux de l’or (et ce n’est pas la première fois), on peut citer l’émergence des pays comme la Chine, la Russie, et l’Inde qui veulent se défaire de la puissance hégémonique américaine par la dédollarisation de leurs économies et même de l’économie mondiale tout court. Cette volonté est mise en pratique par une tendance générale des pays émergents notamment à travers leurs banques centrales qui achètent massivement l’or comme valeur refuge au détriment des réserves en dollars, face aux tensions géopolitiques actuelles (conflits en Ukraine et USA-Iran au Moyen-Orient). Pour rappel, l’or est l’actif de sécurité par excellence devant les monnaies papier qui peuvent subir des dépréciations dans les périodes défavorables du cycle économique. L’institution compétente en matière d’or, le Conseil Mondial de l’Or (World Gold Council), fournit les données historiques et récentes de la demande mondiale de l’or, entre 45% et 50% de la demande pour la joaillerie, 40 % à 50% pour le secteur financier, et 5% à 10% pour l’industrie.

Comme mécanismes macroéconomiques, on peut citer aussi les craintes inflationistes liées aux politiques fiscales américaines et au coût élevé de l’énergie qui accentuent la ruée vers l’or comme valeur refuge; sans compter le fait que l’offre de l’or est limitée face à une demande exponentielle, par ordre décroissant, joaillière, financière, et industrielle. La conséquence de toutes ces évolutions macroéconomiques et de fragmentation géoéconomique mondiale est une forte demande de l’or et la flambée subséquente de son prix. Et où trouve t-on l’or? Eh bien, généralement en Afrique subsaharienne, notamment au Ghana et en Côte d’Ivoire qui détiennent respectivement 5,6% et 1,8% de la production mondiale (La production mondiale de l’or se chiffre à 3.300 tonnes par an, et le Ghana en est le premier producteur Africain).

Voilà succintement présenté le tableau sur la base duquel les orpailleurs illégaux, financiers et travailleurs sur sites, s’enrichissent pendant que le peuple de Côte d’Ivoire trinque à l’eau devenue laiteuse, infectée du cyanure que les orpailleurs utilisent pour séparer l’or du reste du minerai à partir des tonnes de boue collectées.

Quelles sont les conséquences de cette activité clandestine et illégale sur le peuple de Côte d’Ivoire? Elles sont multiformes: conséquences économiques y compris pertes de recettes fiscales pour l’Etat et impact négatif sur l’offre de travail agricole notamment cacaoyère, impact négatif sur l’éducation scolaire en milieu rural, conséquences écologiques graves et détérioration de l’environement, menace sur la sécurité et l’offre d’eau potable, et conséquences sanitaires potentielles à moyen et long terme notamment sur les riverains des sites d’orpaillage illégal.

En termes de conséquences économiques, il est regrettable que l’orpaillage illégal soustrait des recettes intérieures à un pays dont l’un des défis majeurs est la mobilisation des ressources domestiques; surtout à un moment de flambée du prix international de l’or où le pays aurait pu bénéficier entièrement des “gold windfalls”, les profits exceptionnels de l’or. En 2012 déjà, sous la conduite du Ministre des Mines, du Pétrole et de l’Energie de l’époque, le Gouvernement ivoirien avait pris la décision, à juste titre, d’augmenter les taxes sur les profits exceptionnels de l’or. En matière de mobilisation des ressources domestiques, selon les derniers chiffres du FMI, la Côte d’Ivoire, bien qu’étant la plus grande économie de l’UEMOA, se contentait à fin 2025 d’un modeste taux de pression fiscale de 14,7% (recettes fiscales exprimées en pourcentage du PIB), contre 18,9% pour le Sénégal, et une norme des critères de convergence de UEMOA fixée à 20%. En comparaison internationale, le taux de pression fiscale de pays pairs ou que nous ambitionnons de rattraper sont Ghana (14%), Nigéria (6-8%), Ethiopie (7,5%), Rwanda (15,7-16%), Thailande (17,1%), Malaisie (13%), et Corée du Sud (25,3%).

S’agissant de l’offre de travail agricole, il est reporté que les planteurs de cacao peinent depuis quelques années à trouver des manoeuvres, et cela malgré la hausse des prix payés aux producteurs, operée par le Gouvernement ivoirien. Déjà, certains cadres propriétaires de plantations vivrières ou de cultures pérennes sont obligés d’aller chercher de la main d’oeuvre au Togo et au Ghana. Certainement que la réduction de la force de travail dans les champs, due à la ruée des jeunes ruraux vers l’or de l’orpaillage illégal, est un des facteurs qui expliquent la forte hausse des prix des denrées alimentaires sur les marchés ivoiriens, causant la “cherté de la vie”, au coté d’autres facteurs endogènes et exogènes (Cf. mon article dans Le Point Afrique Afrique : le moment opportun pour assurer sa sécurité alimentaire ?).

L’attrait exercé par l’orpaillage illégal sur les jeunes ruraux est en effet plus fort que celui du cacao qui n’est pas toujours bien payé et dont le revenu obéit à une saisonnalité. Cette évolution est inquiétante pour la Côte d’Ivoire dont l’économie est historiquement et stratégiquement tirée par le cacao. Avec 40% des parts du marché mondial, 6 millions de personnes vivant du secteur, l’importance macroéconomique du cacao est démontrée par trois indicateurs clés que sont sa contribution d’environ 10% au PIB, sa part de 10% dans les recettes fiscales à travers le Droit Unique de Sortie (DUS) sur les exportations, et la contribution du secteur à l’emploi, directement et indirectement, par l’absorption de plus de 20% de la population active de la Côte d’Ivoire. Des solutions doivent vite être trouvées pour démanteler les réseaux et mettre fin à l’orpaillage illégal qui porte ainsi atteinte aux intérêts économiques de notre pays.

En ce qui concerne l’impact négatif sur l’éducation scolaire en milieu rural, les jeunes en âge d’aller à l’école et même mineurs sont employés comme travailleurs sur les sites d’orpaillage illégal. Le drame de la course à l’argent en vitesse qui affecte déjà une partie de notre jeunesse trouve aussi un canal avec l’orpaillage illégal, du fait de l’illusion monétaire qu’il crée en milieu rural chez les jeunes et parents inconscients qui les y encouragent comme source d’enrichissement rapide. Malheuresement, le chômage de masse des jeunes diplômés dans le pays convainc la jeunesse que “ya rien dans école”!

S’agissant des graves conséquences écologiques et la détérioration de l’environement, à travers vidéos et témoignages sur les réseaux sociaux, tous les Ivoiriens, indépendamment de leurs affiliations politiques, tribales et réligieuses, constatent fatalement que “les eaux du pays ont changé de couleur”, passant du clair au laiteux, et ceci d’Assinie à San-Pédro, en passant par Dabou. Certaines des eaux à Assinie sont polluées depuis les zones d’orpaillage illégal au Sud du Ghana. Nos compatriotes qui se rendent les weekends à Assinie-Essankro constatent avec amertume que les eaux sont polluées et les populations ne peuvent plus vivre de la pêche, leur activité traditionnelle. Il y a donc baisse ou extinction de la faune aquatique et menace sur la sécurité alimentaire notamment pour les populations locales.

Si nous échouons dans la lutte contre l’orpaillage illégal, les enfants qui naissent maintenant vont penser dans quelques années que l’eau de la lagune est de couleur laiteuse. C’est l’histoire célèbre de ce jeune Ivoirien né en France que sa mère emmène pour la première fois en vacances à Abidjan. Quand elle lui montre un poulet qui déambule dans la cour, l’enfant lui demande: mais comment, Maman, le poulet se trouve dans des conserves au Supermarché, non? Et Maman de lui rétorquer: mon fils, c’est comme cela que le poulet présente naturellement et on le tue pour qu’il se retrouve en vente au Supermarché. Que nous nous apprêtons à avoir de telles discussions avec nos enfants et petits-enfants dans quelques années si nous ne faisons rien pour leur garantir la jouissance du même environnement dont nous avons hérité de nos parents.

En ce qui concerne la sécurité et l’offre d’eau potable, la menace est plus que jamais sérieuse sur la fourniture des ménages par la SODECI. Par manque de source d’eau à traiter, on signale la fermeture de la station de traitement d’eau construite récemment à coup de milliards dans la Région de la Mé. Les conséquences se font déja sentir, et les coupures d’eau, récurrentes déjà dans les quartiers d’Abidjan que cette station est censée servir. Jusqu’à présent, les Ivoiriens se réveillaient le matin, ouvraient le robinet et l’eau jaillissait pour tous leurs besoins. Nous avons donc pris cela pour acquis, “We take it for granted!” comme disent les Américains; surtout que nous sommes issus de cultures où l’on voit aussi que “l’eau tombe du ciel”! Nous n’avons pas pris conscience que la SODECI récupérait l’eau de fleuves et lagunes autour de nous, la traitait et nous la servait dans les robinets de nos ménages, de la Riviéra à Abobo-Klouétcha. Maintenant que la ruée vers l’or des orpailleurs illégaux est en train de souiller les sources d’eau du pays, de Niédiékaha à Gnagbodougnoa et Djatolilié en passant par Dougounoukouakoukro, si le rythme de pollution de nos eaux n’est pas arrêté tout de suite, il faut craindre sérieusement des pénuries d’eau potable à grande échelle. On ne veut quand même pas se retrouver en train d’être livrés, à Abidjan, des citernes d’eau provenant d’autres pays!

S’agissant enfin des conséquences sanitaires potentielles à moyen et long terme, des menaces sérieuses pèsent, outre sur les travailleurs eux-mêmes, sur les riverains des sites d’orpaillage illégal. Le cyanure, composé chimique hautement toxique, cause des dommages à l’organisme notamment des travailleurs mineurs, par contact cutané, inhalation, ou ingestion pouvant entraîner la mort. Le phénomène de l’orpaillage illégal à grande échelle étant relativement récent, certaines conséquences sanitaires restent encore à se produire dans leur totalité. A long terme, pour les populations riveraines, l’environement massivement contaminé peut causer des troubles neurologiques, des risques pour les femmes enceintes et naturellement les bébés, et l’apparition future de maladies graves nouvelles. Ainsi, en République Démocratique du Congo, un récent reportage de France TV sur l’orpaillage illégal dans une zone d'exploitation de cobalt signalait l’apparition de nombreux cas de fente labiale communément appelée “bec de lièvre” sur les nouveaux nés.

Que faire devant cette crise de l’orpaillage illégal dont nous avons ainsi présenté la gravité des conséquences sur l’économie ivoirienne et la nation tout court? A la suite des actions menées par le Gouvernement et celles suggérées par l’opinion, nous tentons ici d’exposer nos propositions de solutions de citoyen Ivoirien. Mais, ne nous leurons pas; comme c’est connu en économie, il est plus facile d’anticiper le genre de phénomène qu’est l’orpaillage illégal que de le démanteler; car, le marché noir, quand il s’installe, il est plus difficile d’y mettre fin, compte tenu des profits qu’il procure aux acteurs et des intérets particuliers et droits acquis ainsi générés (“vested interests”).

De prime abord, le Gouvernement doit intensifier et propager sur tout le territoire national, ses modèles de lutte qui ont marché dans certaines régions, de même que s’inspirer des cas de lutte qui sont cités en exemples au niveau international. Ainsi, le Gouvernement peut définir un modèle type d’approche de la lutte contre l’orpaillage illégal. Ce qui a marché ailleurs comme l’opération “Téré Koula” (“nouveau soleil”, en langue Dioula) dans les régions du Poro et de la Bagoué peut être appliquée dans la région du Gbêkê, par exemple, en prenant en compte quelques réalités locales. Les ingrédients des modèles de réussite de la lutte, ici comme ailleurs, incluent une coopération efficace entre les services des Forces armées, de la Gendarmerie, des Douanes et des Eaux et Forêts, une asphyxie logistique des orpailleurs et des destructions systématiques et massives de motopompes, groupes électrogènes et de camps des orpailleurs dans les forêts et savanes de la Côte d’Ivoire. Nos forces de défense et de sécurité doivent gagner ce “dialogue drect”, “faha faha” avec les orpailleurs illégaux; comme hier, les corps armés français coalisés ont réussi à démantéler les “garimpeiros”, orpailleurs illégaux installés en Guyane française.

Là-bas aussi, les garimpeiros étaient des orpailleurs illégaux à plus de 95% étrangers et originaires du Brésil qui, poussés par la pauvreté dans la région Nord, transitaient notamment par les zones frontalières et le Suriname pour envahir les forêts du territoire de la Guyane française et s’investir dans l’activité d’orpaillage illégal. Cette autre ruée vers l’or a eu lieu en 1990 suite à la flambée progressive du prix international de l’or, passé de 35 dollars l’once en 1970 à des pics d’environ 800 dollars l’once dans les années 1980. Le tournant sur le marché a été causé par l’instabilité géopolitique mondiale liée au déclenchement de la crise du golfe suite à l’invasion du Koweit par l’Irak en Août 1990. Chaque fois que ce genre d’instabilité politico-économique survient, tout le monde se rue sur le métal jaune, actif de sécurité par excellence. L’activité de prédation économique des garimpeiros qui s’en est suivie a eu pour la France, des conséquences similaires à l’orpaillage illégal qui sévit aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Les autorités gouvernementales ivoiriennes seraient bien inspirées de prendre langue avec leurs homologues Français, et de façon spécifique, avec ceux des vivants qui ont été impliqués directement dans la lutte à succès contre les garimpeiros, pour réussir leur lutte similaire aujourd’hui en Côte d’Ivoire. En politique de développement, on parlerait du “latecomer advantage”, l’avantage de celui qui est arrivé en retard sur la route du développement, et peut ainsi, copier aisément les “success stories”, les modèles de succès des devanciers.

Il faut une lutte acharnée de l’Etat ivoirien contre le phénomène de l’orpaillage illégal qui prend des proportions inquiétantes dans notre pays. Toute tiédeur de l’Etat dans cette lutte est interprétée par les réseaux d’orpailleurs comme une faiblesse à exploiter. Il faut donc démanteler ces réseaux jusqu'aux financiers. Ce n'est pas une affaire à politiser. Pour paraphraser la célèbre pensée de Martin Luther King, ou bien nous nous levons tous comme des êtres intelligents dont la communauté de destin est menacée par les graves conséquences de l’orpaillage illégal, ou bien nous périssons tous comme des idiots!

Dans une bonne stratégie de lutte de l’Etat, il faut combiner le bâton et la carotte en associant à la répression, des initiatives efficaces visant à donner une alternative aux populations rurales ivoiriennes, notamment un prix rémunérateur effectivement payé aux planteurs de cacao et d’anacarde. L’Etat doit prendre des mesures pour, sinon éliminer les intermédiaires de ces secteurs, mais garantir que ceux-ci ne spolient pas indûment le fruit du labeur de nos vaillants planteurs. Au delà de trouver les voies et moyens pour mieux remunérer les producteurs de ces produits de rente et leur assurer une meilleure vie, cela doit être vu désormais comme un moyen de les détourner de toutes actions visant à favoriser l’installation des orpailleurs illégaux sur leurs terres, souvent dans leurs plantations moins rentables, contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Par ailleurs, les politiques publiques de transformation de ces produits agricoles et de tous les produits agricoles (y compris les fruits et légumes), doivent être poursuivies et renforcées, afin de générer un effet à la hausse sur les prix aux producteurs dans les chaînes de valeur respectives. Au-delà des cultures traditionnelles du cacao et de l’anacarde, d’autres initiatives innovantes sont à imaginer par l’Etat pour intéresser les jeunes ruraux à d’autres types de cultures notamment vivrières (la demande des villes est forte dans ce domaine) et à des façons modernes de faire l’agriculture, y compris avec des techniques utilisant des machines agricoles et drones, pour rendre faire l’agriculture, “sexy” et “choco” pour les jeunes, y compris ceux sans emploi dans les villes qui retourneraient à la terre, comme le prônait en son temps, le Président Félix Houphouët-Boigny.

L’Etat a aussi besoin d’initier des campagnes de sensibilisation dans les zones rurales pour faire prendre conscience aux populations notamment aux chefs de villages, chefs de terre et présidents de jeunes, que quelques billets de banque qu’ils acceptent pour autoriser l’installation des orpailleurs illégaux sur leurs terres, mettent en danger toute la nation, et que cet argent ne va servir, ultimement, qu'à leurs soins de santé dans quelques années, s'ils ne sont pas morts avant.

En outre, étant donné la prééminence des travailleurs étrangers notamment en provenance de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) sur les sites d’orpaillage illégal, il y a un besoin urgent pour l’Etat ivoirien de renforcer ses contrôles aux frontières contre l’immigration clandestine; comme il le fait déjà pour prévenir les effets de contagion des activités terroristes dans le Sahel sur notre pays.

En plus de l’action nationale, il faut aussi une action internationale et concertée entre les Gouvernements ivoirien et ghanéen pour faire face à cette menace commune. S’ils entreprennent ces dernières années, des initiatives concertées pour mieux tirer parti de la production de cacao, ils doivent aussi conjuguer leurs efforts pour lutter contre l’orpaillage illégal qui menace la survie de leurs pays et populations respectifs; et en la matière, c’est la Côte d’Ivoire qui doit prendre l’initiative de l’action, étant donné que c’est elle qui subit les externalités négatives de l’orpaillage illégal s’opérant au sud du Ghana.

Au-delà de toutes ces propositons de politiques publiques qui tentent de répondre à un phénomène, espérons passager, parce que lié à une conjoncture favorable temporaire du prix international de l’or, la vraie question de long terme pour l’économie ivoirienne comme pour toutes les économies d’Afrique subsaharienne est l’impératif de transformation économique notamment par l’industrialisation massive. Comme le disait récemment Aliko Dangote, l’industriel Nigérian et homme le plus riche d’Afrique à la réunion du Caucus Africain à Banjul, “L’histoire économique nous enseigne qu’aucun pays au monde n’a connu la prospérite sans industrialisation.”(Cf. mon article dans Project Syndicate A Turning Point for African Industrialization by Koffi Alle - Project Syndicate.C’est la transformation économique et la diversification, par l’industrialisation, qui va sortir l’Afrique subsaharienne de tous les maux de la malédiction des ressources naturelles comme l’orpaillage illégal. C’est la transformation économique par l’industrialisation et la diversification de ses exportations vers plus de produits manufacturiers, qui vont sortir la Côte d’Ivoire des conséquences sur son économie, du yo-yo de la volatilité des prix internationaux du cacao et de la souffrance associée des planteurs Ivoiriens. Il est heureux que le Plan National de Développement 2026-2030 du Gouvernement ivoirien (PND 2026-2030) mette au coeur, l’ambition de transformation économique. Il faut maintenant “make it happen”, délivrer sur le terrain.

Toute la nation ivoirienne doit se lever comme un seul homme pour lutter contre l’orpaillage illégal. Le cyanure n'a pas de préférence entre les partisans RHDP, PDCI, PPA-CI ou non militants. C'est une menace nationale contre notre communauté de destin; et contre laquelle nous devons tous nous lever et avoir le même langage de tolérance zéro. Aucun orpailleur illégal ne doit tirer avantage de nos divisions politiques, notamnent ceux venus de l'étranger; nos batailles politiques “pour tout et sur tout” profite à tous ceux qui cherchent à s’enrichir sur notre dos, y compris illégalement. Pour assurer la pérénnite de notre nation, nous devons tous prendre l’engagement solennel que nul ne dira, “je me suis enrichi sur cetre terre divisée pendant que ses enfants s'évertuaient à gagner la bataille des arguments politiques et électorale pour le pouvoir d’Etat.” Cette nation est un don de Dieu, qu’on l’appelle Jéhovah ou Allah, pour nous tous et nous en détenons tous également le titre foncier collectif; et nous avons tous la responsabilité sacrée de la protéger et la faire prospérer pour la donner en héritage à nos enfants et petits-enfants, plus riche que celle que nous ont leguée nos pères fondateurs. Il n'y aura de tour au pouvoir d’Etat pour personne si la nation disparaît. Réveillons-nous!

NB: Les points de vue exprimés dans cet article sont uniquement ceux de l’auteur et n’engagent pas le FMI ni son Conseil d’Administration.

Marcellin ALLE KOFFI

Economiste diplomé de l’Université Félix Houphouët-Boigny et de Columbia University aux Etats-Unis

Conseiller Principal de l'Administrateur du FMI pour l'Afrique de l'Ouest

Membre du Conseil d’Administration du FMI depuis 2006

Ex-Conseiller Technique du Ministre de l’Economie et des Finances de la Côte d’Ivoire

Chevalier de l’Ordre National de la Côte d’Ivoire


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