LUCARNE SUR LA DIASPORA
Nous vous proposons des portraits d’Ivoiriens de la diaspora qui s'illustrent aux quatre coins du monde, dans divers domaines d'activités.
Enseignant à l'Alabama State University des États-Unis, le Dr Mohamed Balla Keita, né à d’Abidjan-Cocody, originaire de Korhogo, est devenu, en douze ans, le mentor de plus de 2 000 étudiants.
Il vit à Montgomery, en Alabama, là où Martin Luther King et Rosa Park ont écrit des pages marquantes de l’histoire des droits civiques aux Etats-Unis. Le Dr Mohamed Balla Keita y enseigne les sciences politiques. Et tous les jours, il apprend à la diaspora ivoirienne comment réussir aux USA sans jamais oublier d'où l'on vient. De Cocody à la Bibliothèque du Congrès américain, Mohamed Balla Keita a accompli un parcours d'excellence à l'ivoirienne.
Originaire de Korhogo, né à Abidjan, grandi à Cocody et bachelier du Lycée classique, il quitte la Côte d'Ivoire avec une certitude : l'éducation est la clé. Une conviction qui le mène jusqu'à la prestigieuse Library of Congress à Washington DC pour son doctorat. Sa thèse ? L'histoire politique de la Côte d'Ivoire, de 1936 à 2011. Ce travail, considéré par les experts américains comme un ouvrage de référence,a été publié, en 2013, par la maison d'édition américaine Edwin Mellen Press.
Pour le Dr Keita, la réussite n'a de sens que si elle est partagée. « Ce que l'on possède prend encore plus de valeur quand on peut le partager avec quelqu'un d'autre », dit-il.
Son acte le plus fort
Son acte le plus fort, ce n'est pas pour la communauté ivoirienne qu’il l’a accompli, c’est d’abord pour l'histoire afro-américaine, avant qu’il n’en fasse un levier pour la Côte d'Ivoire. En effet, l’Alabama State University où il enseigne est un lieu mythique : c'est là que s'est organisé le Civil Rights Movement de Martin Luther King l’un des acteur politique les plus important pour la lutte des droits des hommes et femmes noirs aux Etats Unis et dans le monde et Rosa Parks, qui a refusé de céder sa place dans le bus pendant la ségrégation des noirs et des blancs au Etats Unis ont écrit des pages marquantes de l'histoire des droits civiques aux États-Unis.
En 2021, le Dr Mohamed Balla Keita obtient du gouvernement fédéral américain un don de près d'un million de dollars pour réhabiliter la bibliothèque où Martin Luther King venait écrire sa thèse. Cet exploit lui ouvre les portes du président de l'université. Il en profite pour défendre son idée folle : construire des campus satellites de l’Alabama State University en Afrique. « Établir des liens entre les États-Unis et la Côte d'Ivoire par des universités permettra des échanges et surtout, on pourrait ouvrir des portes pour les étudiants et les générations futures, éviter aux familles les dépenses exorbitantes pour aller à l'étranger. » Sa plus grande fierté c’est d’avoir, en douze ans, accompagné plus de 2 000 étudiants jusqu'au diplôme universitaire aux États-Unis.
« Aider quelqu'un, ce n'est pas forcément lui donner de l'argent. Parfois, c'est lui donner une direction »
L’engagement de Mohamed Balla Keita est né de ses recherches. « Mon éducation, mon parcours et ma formation m’ont naturellement amené à vouloir aider et accompagner les autres ». Son quotidien, raconte-il, ce n’est pas de faire de la politique. C'est payer le rapatriement quand il y a un décès dans la communauté. C'est aider un étudiant bloqué pour son inscription universitaire. C'est corriger une dissertation à 2 h du matin. Et c'est surtout parler. À travers sa chaîne YouTube, il distille motivation et conseils à des milliers d'Ivoiriens. « Aider quelqu'un, ce n'est pas forcément lui donner de l'argent. Parfois, c'est lui donner une direction ».
La difficulté que personne ne voit à Abidjan
Mohamed Balla Keita casse le mythe du rêve américain. Pour lui, la plus grande souffrance des Ivoiriens aux USA est invisible depuis Abidjan : se construire de zéro. « Il faut trouver sa place, travailler, se loger, se former, apprendre les codes du pays et parfois même surmonter la barrière de la langue.» Et surtout, ajoute-t-il, « épargner, parce que l'objectif, ce n'est pas seulement de réussir à vivre à l'étranger. Il faut aussi pouvoir construire quelque chose et, si on le souhaite, pouvoir un jour revenir au pays dans de bonnes conditions. » Le défi, résume-t-il : bâtir une fondation solide aux USA pour pouvoir investir en Côte d'Ivoire.
“ Mettre les compétences de la diaspora au service de notre pays ”
Pour cet expert en sciences politiques, il faut dépasser le débat sur les transferts d’argent de la diaspora vers l'Afrique. « Bien sûr, l'argent envoyé au pays est important. Mais je pense que la diaspora peut apporter beaucoup plus. Beaucoup des compétences de la diaspora sont aujourd'hui utilisées dans les pays où nous vivons. Pourquoi ne pas aussi les mettre au service de notre pays d'origine ? L'argent peut aider une personne aujourd'hui, mais transmettre le savoir peut changer une vie pour longtemps. »
Et quand on lui demande ce que veut dire : être Ivoirien de la diaspora, il répond : « Être Ivoirien de la diaspora, c'est vivre loin du pays, mais ne jamais être loin de ce que l'on peut faire pour les autres. C'est faire en sorte qu'un Ivoirien, un Africain ou simplement un être humain qui croise notre route puisse repartir avec quelque chose de positif et se souvienne un jour de l'impact positif que nous avons pu avoir dans sa vie. »
Marina Menzan





