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Pollution, dégradation des sols… Abou Bamba tire la sonnette d’alarme sur l’orpaillage illégal

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Chef de la délégation ivoirienne à la Cop17 sur la désertification, qui s'est tenue du 17 au 28 août, à Oulan-Bator, en Mongolie, le ministre Abou Bamba revient avec de nombreux acquis, notamment sur la restauration des sols et des eaux dégradées par l'exploitation minière illégale.

Vous venez de prendre part à la Cop17, en Mongolie, portant sur la lutte contre la désertification dans le monde. Que retenez-vous de ces 10 jours de travaux ?

Nous repartons avec une certaine satisfaction quant à la nature des thèmes abordés et avec certains acquis du groupe africain, notamment en ce qui concerne la question du genre, la dégradation des sols, tout ce qui est parcours de pâturage pour les animaux.

Dans l’ensemble, on peut dire que le groupe africain est heureux des aboutissements de cette Cop17 de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.


Êtes-vous soulagé d’avoir lancé cette coalition africaine contre l’orpaillage illégal à cette Cop17 ? Quelles sont les

motivations ?

Soulagé, mais surtout satisfait d’avoir lancé cette coalition qui n’est autre que le fruit des instructions de Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire, sur la question de l’orpaillage. Nous nous sommes dit qu’il s’agissait d’un phénomène transfrontalier que la Côte d’lvoire à elle toute seule ne pouvait pas résoudre.

Donc nous avons mis des moyens sur le terrain, on a augmenté les ressources, on a augmenté les effectifs du Groupement spécial de Lutte contre l’orpaillage Illégal en Côte d’Ivoire (Gs-Loi), les Ivoiriens observent tous les jours qu’il y a des résultats sur le terrain. Le Chef de l’État, Alassane Ouattara, a voulu aller à une dimension au-dessus, justement pour coaliser l’ensemble des pays africains. Ceci pour apporter une réponse politique, une réponse opérationnelle forte au phénomène d’orpaillage dont les répercussions sur l’environnement, le développement socio-économique, les populations sont particulièrement préoccupantes et alarmantes. De notre point de vue, il s’agit de la plus grave crise environnementale que la Côte d’lvoire n’ait jamais traversée. Et nous nous réjouissons que le Chef de l’État et le gouvernement aient réagi immédiatement pour régler ce problème.


Comment expliquez-vous cette forte mobilisation du groupe africain pour cette initiative ivoirienne ?


L’adhésion des pays africain est également un motif de satisfaction. Vous l’avez observé, les quatre grands foyers d’extraction minière illégale, que ce soit en Afrique de l’Ouest, en Afrique australe, en Afrique de l’Est et éventuellement en Afrique centrale, ont tous abondé dans le sens du Chef de l’Etat et du gouvernement ivoirien en disant que c’était la calamité environnementale du moment. Et on n’a pas fini de découvrir les impacts dans les années à venir. L’ensemble des pays qui ont pris la parole ont félicité effectivement l’initiative, la démarche politique de la Côte d’lvoire et ils se sont engagés avec notre pays pour mettre fin à ce fléau sur tout le continent et voir aussi dans quelle mesure, restaurer et réhabiliter les écosystèmes dégradés par ce phénomène. C’est fondamental. L’état dans lequel nos cours d’eau, nos forêts, nos sols sont aujourd’hui avec les grandes fosses qui ont été créées, la contamination de nos cours d’eau, ne doit plus continuer. Il est donc impératif pour nous en tant que gouvernement d’amorcer dès que possible le processus de réhabilitation et de restauration de ces écosystèmes dégradés. Car ces écosystèmes jouent un rôle particulièrement important dans le développement socio-économique de nos pays, notamment pour ce qui concerne l’irrigation, l’agriculture, la pisciculture, la pêche, l’adduction en eau potable. On constate avec beaucoup de regrets que certaines zones de notre pays ont des difficultés en matière d’approvisionnement en eau potable, mais bientôt lorsque nous aurons réhabilité et restauré les cours d’eau dégradés, ce ne seront que des mauvais souvenirs. Et la troisième satisfaction que nous avons aussi, c’est l’adhésion des bailleurs de fonds et des partenaires au développement qui littéralement nous ont marqué Ieur accord pour soutenir cette initiative et financer, notamment la prochaine étape qui va être une réunion importante, la première réunion de la coalition qui aura lieu à Abidjan, avec un financement de la Convention des Nations Unies sur la désertification et du Programme des Nations Unies pour l’environnement. Donc après, le Fonds vert climat, dont le siège sera en Côte d’lvoire, est une autre victoire climatique, une autre victoire environnementale du Président Ouattara.


Une victoire à saluer, certes, mais le mal n’est pas encore résolu au niveau local et la Côte d’lvoire se projette déjà... Qu’en dites-vous ?


On n’a pas encore résolu le mal, mais en ce moment, on est en passe de le résoudre. Le gouvernement n’est pas dans l’immobilisme face à la situation. Vous avez constaté, c’est tous les jours que les effectifs des forces armées se déploient et qu’on déloge des orpailleurs, qu’on détruit des sites. C’est déjà un début. L’autre raison pour laquelle nous avons lancé cette coalition de pays africains, c’est de pouvoir justement partager des expériences, mutualiser les moyens et faire de telle sorte que lorsque l’orpaillage se déroule en amont sur le fleuve, la lagune Abi ou bien Tando au Ghana ou encore avec le Liberia sur le fleuve Cavally, sur la base d’une collaboration, d’une coordination de nos efforts, les répercussions en aval en Côte d’lvoire ne se fassent pas ressentir. Il en est de même avec des pays qui se trouvent au nord de la Côte d’lvoire où des fleuves prennent leurs sources. Donc cette plateforme de collaboration, de mise en réseau des systèmes de renseignements et de moyens de lutte est indispensable. La Côte d’lvoire toute seule ne peut pas résoudre ce problème, ce n’est pas possible.


N’est-ce pas une initiative de trop ?


Ce n’est pas une initiative de trop. Les réactions de tous les pays qui se sont exprimés étaient effectivement en faveur de cette initiative. Ils ont même indiqué qu’il aurait fallu le faire plus tôt, donc c’est quelque chose qui méritait d’être créé. Et puis c’est la nature des problèmes que cette initiative cherche à solutionner. Des problèmes qui touchent même, on va dire, au fin fond de la personnalité humaine. On observe aujourd’hui des enfants qui naissent avec des malformations; des maladies et de nouveaux cancers qui apparaissent. L’eau est polluée, la production agricole est en baisse, les enfants quittent l’école pour aller à la mine, la prostitution reprend du terrain, les armes circulent sur les sites et on a toutes sortes de vice. On observe tout cela aux alentours de ces mines, il faut forcément y mettre fin. Le fait que le problème touche les populations au plus profond d’elles-mêmes, dans leur intégrité physique, me fait dire que nous sommes sur le bon chemin et que nous allons réussir.


À combien chiffrez-vous les coûts de réhabilitation, de restauration et de dépollution des sites dégradés ?


Au niveau du ministère en charge de l’Environnement, depuis 2015, nous avons fait un rapport sur l’orpaillage illégal en Côte d’lvoire. Nous avions proposé effectivement certaines solutions. La lutte contre l’orpaillage doit être intégrée, ce n’est pas l’apanage d’un ou deux ministères. Cette lutte concerne 19 ministères. Nous avons un plan après les déguerpissements, après la destruction effectivement du matériel de production. Il s’agit de commencer la dépollution, la restauration et la réhabilitation des sites dégradés. Et c’est ce qui va se faire dans tous les sites détruits, tous les sites démantelés par les forces de défense et de sécurité. Le ministère en charge de l’Environnement a son rôle à ce niveau, à savoir la restauration, la réhabilitation et la remise en service effectivement de ces matrices de production.


A-t-on une idée du coût des réparations ?


Les coûts sont très élevés. Pour dépolluer 1 km d’un cours d’eau, il faut compter à peu près 500 millions de francs Cfa. Et ce, en fonction du niveau de dégradation ou de pollution.


Par exemple, le Bandama fait environ 1160 km à dépolluer. On a donc dépassé le milliard de dollars, c’est énormément d’argent qu’il faut. Et puis, il y a toutes les fosses, tous les trous qu’ils ont creusés dans notre pays. Il faut les reboucher, il faut les traiter. Cela demande aussi énormément de moyens. Mais avec les chercheurs ivoiriens, avec tous les hydrogéologues, tous les hydrologues, tous les agents des Eaux et Forêts, nous avons élaboré notre plan. Dans la partie pilote qui concerne le Boukani, Gontougou, l’Indénié Djuablin, dans un premier temps, nous estimons qu’avec la somme à peu près de 45 milliards de francs Cfa, on devrait pouvoir faire le travail juste dans cette partie de la Côte d’lvoire. Mais ce sont des moyens colossaux qui doivent être déployés et par le gouvernement et les bailleurs de fonds pour renverser cette situation.


Le concept vendu par cette coalition, c’est le concept d’un orpaillage responsable. Qu’entendez-vous par cette expression ?


Il faut se rendre compte que les 35% de des formations géologiques birimiennes d’Afrique de l’Ouest qui favorisent la minéralisation de l’or dans les roches se trouvent en Côte d’lvoire. Donc la Côte d’lvoire n’a pas l’intention de renoncer à cette bénédiction du ciel. Ce que l’on veut faire, c’est de pratiquer l’orpaillage mais de façon responsable. L’orpaillage qui tient compte effectivement de la nécessité de maintenir les matrices environnementales en état. Donc pour faire cela, nous allons, après avoir procédé à la dépollution, à la réhabilitation des sites dégradés, recenser les jeunes ivoiriens qui qui s’adonnent à cette pratique, afin de les former. Je vous parlais tantôt de 19 ministères. Les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle ont un rôle fondamental à jouer dans la formation de ces jeunes aux techniques et aux technologies de l’orpaillage, mais responsable, afin qu’on puisse profiter de cette manne financière potentielle sans détruire les matrices environnementales. C’est un élément fondamental des piliers de la coalition et du plan de riposte de la Côte d’lvoire.


Au niveau continental, à travers cette coalition, que sera l’après-Oulan-Bator ?


Concernant le budget, les moyens financiers dont on a besoin pour mettre en œuvre le plan d’action de la coalition, nous avons défini les lignes budgétaires en fonction des pays et de la nature, la dimension des problèmes auxquels ils sont confrontés. Nous allons mettre des montants.


La coalition vise aussi une harmonisation au niveau de la loi, de l’application de la loi, de la coordination et de la mise en réseau des services de renseignements et des services d’observation avec des satellites et tout ce qui est sciences d’observation de la Terre. Et ensuite, il y a une harmonisation aussi dans les moyens de lutte. Nous avons les échanges entre les États sur les meilleures pratiques et faire de telle sorte qu’on puisse démanteler ces réseaux transfrontaliers qui utilisent ces ressources pour le financement du terrorisme. Et on a naturellement, en termes de mesures concrètes, sollicité et obtenu le soutien de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de la Francophonie, du Fonds pour l’environnement mondial, afin de constituer un fonds d’appui effectivement au financement de nos activités. Ceci n’exclut pas naturellement les contributions domestiques des budgets nationaux parce qu’en priorité, il s’agit de nos pays.


Et je vous apprends que le Programme des Nations unies pour l’environnement va financer d’ici la fin de l’année à Abidjan une réunion de tous les pays qui ont adhéré à la coalition pour qu’on puisse évaluer de façon précise les besoins en financement et le soumettre aux bailleurs de fonds. On n’a pas d’autre choix que de réhabiliter, on n’a pas d’autre choix que d’arrêter cette activité. Parce qu’à un certain moment, cela inhibe les résultats en termes de développement socio-économique qu’on a acquis depuis près de 15 ans maintenant que le Président Ouattara est au pouvoir. Des maladies qui avaient disparu sont en train d’émerger. La prostitution, la dépravation des mœurs, effectivement, l’insécurité sur ces sites et dans tout le pays. Certaines valeurs comme le respect des chefs traditionnels, les chefs de terre sont en train de se perdre. Les taxes sur la vente de l’or échappent au contrôle de l’État. Nous avons obligation de rendre aux Ivoiriens la couleur des fleuves latins qu’ils ont connus. Nous avons donc bon espoir, nous sommes optimistes par rapport aux résultats à venir de cette coalition et du plan de riposte de la Côte d’lvoire, qui va être enrichie aussi avec le partage d’expériences avec les autres pays qui sont confrontés au même problème.


Entretien réalisé à Oulan-Bator par GERMAINE BONI




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