Il y a des lois de la nature qui sont immuables. On ne peut absolument pas les changer, même pas par sorcellerie. Par exemple, sur terre, si vous lancez un objet en l’air, il finira par retomber. De même, si vous semez du riz, vous récolterez toujours du riz. Jamais des mangues ou du maïs. Et, toujours de la même façon, si vous êtes un pays, et que vous laissez des gens polluer tous vos cours d’eau, petits ou grands sans exception, à savoir, marigots, rivières, fleuves, lacs, lagunes, mers, retenues d’eau, bassins versants, barrages, etc avec des poisons tels que le mercure ou le cyanure, il arrivera un jour où vous n’aurez plus que de l’eau empoisonnée, ou de puits et de pluie, à boire. Vous n’aurez plus de poissons, plus de caïmans, plus d’hippopotames, plus de crabes, plus de crevettes, plus de langoustes, bref, plus d’animaux aquatiques, et même plus de bêtes sauvages, plus de gibier, parce qu’à terre comme dans l’eau, ils boivent tous dans les cours d’eau, et ne savent pas encore creuser des puits. Il n’y aura plus de touristes évidemment. Quel touriste ira dans un pays où il ne peut pas se baigner, pêcher ou boire sans craindre de s’empoisonner ? Et qui viendra investir dans un tel pays, si ce ne sont des escrocs et des bandits ? Ce danger est celui qui menace la Côte d’Ivoire. Pas dans cent ans, mais MAINTENANT, si rien n’est fait pour arrêter cette folie de l’orpaillage. On dit que Jupiter rend fou celui qu’il veut perdre. Apparemment il a décidé de nous perdre. Au moment où nous découvrons tous, effarés, les conséquences de cet orpaillage sauvage sur nos cours d’eau, nos sols, nos forêts, nos enfants, notre économie, notre sécurité, nous continuons de publier des avis pour des enquêtes de commodo et incommodo concernant des demandes de permis d’exploitation d’or dans toutes les régions du pays. Pour accélérer la destruction de la Côte d’Ivoire ?
Je suis tombé sur un livre écrit par Georges Niangoran-Bouah intitulé « idéologie de l’or chez les Akan de Côte d’Ivoire et du Ghana ». On y lit ces lignes, à la page 124: « en pays akan, le premier conseil qu’un jeune, arrivé à l’âge adulte, reçoit de ses parents est de ne pas voler l’or, on lui dit à longueur de journée que ce métal est un fétiche dangereux et maléfique ; l’or tue par mort violente et son action s’exerce sur la progéniture du voleur et l’atteint. » Evidemment plus personne en pays akan ou ailleurs n’a en mémoire ces conseils. Ceux qui les connaissent doivent les trouver bien ridicules ou obscurantistes. Mais nous allons bientôt tous voir à quel point ce métal est un fétiche dangereux et maléfique pour qui ne sait pas comment l’exploiter et le manier. L’or va nous tuer et son action s’exercera sur nos progénitures. Il y a des lois de la nature qui ne mentent jamais.
Ma petite lueur d’espoir est venue du village de Kafolo où je me trouvais le weekend dernier. L’orpaillage sous toutes ses formes est totalement interdit dans la région. C’est l’assurance que m’ont donnée le chef du village Bamba Tiemoko et le chef de terre Bamba Abdoulaye. « Vous pouvez aller vérifier dans toute la zone entre Mapina et Kafolo, qui doit représenter environ 400000 hectares, vous ne verrez aucun trou d’orpailleur. Celui qui commence sait comment ça se terminera pour lui. Il finira en prison. Nous avons prévenu les autorités qu’il ne sert à rien de donner des permis à qui que ce soit. Parce que nous ne le laisserons pas faire un seul trou ici. » Les deux chefs reconnaissent qu’ils ont été conscientisés sur cette question par le député de Kong, Abdoulaye Diomandé, qui a commencé par leur poser ces deux simples questions : « Avez-vous vu un seul village dans ce pays où on a construit un centre de santé ou une école avec l’argent de l’or ? Pourquoi donc laisserez-vous des gens venir détruire vos terres pour rien ? » (Je pose à mon tour ces mêmes questions à tous les Ivoiriens.) Le député Diomandé m’a assuré que tous les jeunes de la région ont aussi compris le message et sont les premiers à jouer aux gendarmes pour empêcher l’orpaillage. Mais il est conscient que le travail de conscientisation doit se faire en permanence, parce que lorsque les jeunes du coin vont dans les régions voisines où l’orpaillage est pratiqué, et qu’ils voient les autres avec des motos ou des voitures, ils peuvent être tentés.
Vivement qu’une décision forte vienne de là d’où elle doit venir pour venir mettre fin à cette folie collective et suicidaire.
PS : Kafolo qui, à l’instar de Grand-Bassam avait connu des attaques terroristes il y a quelques années, est désormais l’un des endroits les plus sécurisés du pays et une route bitumée flambant neuve y conduit depuis Ferké ou Kong. Si l’ancien « Kafolo Lodge » est actuellement hors service, un nouvel hôtel très confortable vient de s’y ouvrir. Kafolo est l’une des portes d’entrée du parc national de la Comoé. Et les animaux ont commencé à y revenir.
Venance Konan





