Chauffeurs sous-payés, racket présumé des forces de l’ordre, problèmes de voirie, concurrence des motos-taxis, difficultés des compagnies de transport… Le transport urbain et interurbain restent confrontés à de nombreux défis en Côte d’Ivoire. À Anyama, commune située au Nord-Est du District autonome d’Abidjan, ces difficultés sont particulièrement visibles. Immersion dans un secteur indispensable au quotidien de milliers de personnes.
Mardi 11 août 2026. Il est 8 heures à la gare routière d’Anyama. La plateforme est déjà prise d’assaut par des voyageurs de tous âges et de toutes catégories : commerçants, ouvriers, employés, étudiants et autres travailleurs. Dans un long rang d’environ 100 mètres, chacun attend patiemment son tour pour monter à bord des minicars, communément appelés « gbaka », à destination d’Abobo ou d’Adjamé.
La gare accueille également les lignes en direction de Yopougon ainsi que les taxis communaux, communément appelés « wôrô-wôrô », qui desservent les différents quartiers de la commune.
« La plupart des habitants d’Anyama travaillent dans les autres communes », explique un voyageur rencontré sur place. Les commerçants se dirigent principalement vers Abobo et Adjamé, tandis que de nombreux ouvriers travaillent dans les zones industrielles de Yopougon ou dans les communes situées au sud d’Abidjan.
Mais derrière cette forte mobilité quotidienne apparaissent certaines difficultés dans le secteur du transport urbain.
Des règles de mobilité non respectées
À Anyama, les responsables du secteur ont instauré une règle qui s’impose aux transporteurs. À partir de 7 heures, les véhicules, notamment les gbaka, sont tenus de charger et de décharger leurs passagers à la gare routière entre 7 h et 18 h. En dehors de ces heures, les mini cars ont la possibilité d’embarquer des passagers ailleurs en ville.
Dès 5 heures, certains minicars embarquent déjà des passagers pour Abobo et Adjamé, à partir du centre-ville qui se trouve à environ deux kilomètres de la gare routière, sur le même axe. D’autres reviennent également d’Adjamé avec des voyageurs sans nécessairement entrer dans la gare avant la plage horaire indiquée.
« Si à 7 h, vous venez du centre-ville avec vos passagers pour Adjamé, vous pouvez poursuivre votre route », explique à ce sujet, Bamba B., chauffeur de gbaka.
En plus des horaires de travail, la réglementation des acteurs locaux concerne également les tarifs. Le trajet Anyama-Abobo est fixé à 300 francs CFA, tandis que ceux d’Anyama-Adjamé et d’Anyama-Yopougon coûtent 500 francs CFA. Tous les chauffeurs sont censés respecter ces tarifs, aussi bien aux heures de pointe qu’aux heures creuses. Une disposition appréciée par les usagers.
Mais cette réglementation semble être foulée au pieds dans le sens Adjamé-Anyama. Une commerçante rencontrée à Adjamé affirme qu’en fin de journée, les tarifs augmentent lorsque la demande devient importante. « De 500 francs CFA, ils font parfois 700 et même 800 francs CFA parce qu’ils voient beaucoup de passagers en attente », déplore-t-elle.
Une situation qui pose, au-delà du cas d’Anyama, la question de la régulation effective des tarifs dans le transport urbain et intercommunal. A l’origine de cette situation les conditions difficiles de vie des chauffeurs.
Des conditions de travail difficiles pour les chauffeurs
Derrière le volant, les conditions de travail ne sont pas toujours enviables. Selon plusieurs chauffeurs rencontrés, le conducteur de gbaka ne bénéficie pas nécessairement d’un salaire fixe. « C’est la journée du dimanche qui nous appartient. Si ça marche, c’est notre chance », témoigne Bakary, chauffeur. Le principe consiste, dans certains cas, à permettre au chauffeur de conserver les recettes réalisées le dimanche. Mais cette journée peut rapidement devenir une source de pertes lorsque le véhicule tombe en panne.
La situation est encore plus compliquée lorsque deux chauffeurs se partagent le même véhicule. Ils doivent alors se répartir les dimanches, généralement en raison de deux dimanches chacun.
À cette précarité s’ajoutent, selon les témoignages recueillis, les sommes que certains chauffeurs disent devoir verser lors des contrôles des forces de l’ordre et aux « gnambros » .
Le racket
« Nous pouvons perdre jusqu’à 10 000 francs CFA par jour », affirme Bakary, qui évoque des pratiques de racket. Ces prélèvements, lorsqu’ils surviennent, réduisent davantage les revenus des conducteurs et compliquent leur capacité à épargner ou à envisager l’acquisition de leur propre véhicule.
« Ce n’est pas impossible. Mais c’est avec beaucoup de courage qu’on peut parvenir à avoir notre propre véhicule », estime-t-il.
Les « gnambros », un sujet encore sensible
Autre sujet délicat : le rôle des « gnambros », ces jeunes qui interviennent dans la gestion et l’organisation du transport dans certaines gares routières. Sur cette question, les chauffeurs rencontrés se montrent particulièrement prudents. Peu souhaitent s’exprimer ouvertement. Certains évoquent des « implications à des niveaux élevés » dans le fonctionnement de ce système, sans toutefois vouloir donner davantage de détails.
Un silence révélateur de la sensibilité de la question et de la difficulté, pour certains acteurs du secteur, à parler librement de ce phénomène.
Diomandé Karamoko





