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«Elles se fichent de l’argent» : ce que les Américains ne comprennent pas à la drague à la française

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Bien qu’ayant prêté aux moqueries, le flop du streamer américain Clavicular auprès des Françaises, en juin dernier, a mis en lumière les différences culturelles entre la France et les États-Unis en matière de séduction. Les explications d’une coach en problématiques amoureuses.


Clavicular ne gardera pas un merveilleux souvenir de son premier — et sans doute dernier — week-end passé à Paris à l’occasion de la Fête de la musique, le 21 juin 2026. L’influenceur américain, masculiniste revendiqué et expert autoproclamé de la drague, pensait naïvement multiplier les conquêtes dans la Ville Lumière. Il a, à la place, enchaîné les râteaux. Ses techniques de séduction, uniquement basées sur son physique gonflé aux stéroïdes et des petites phrases d’accroche ringardes du style «Tu as de très beaux yeux, tu sais», n’ont pas fait mouche auprès des Françaises.


Surprenant ? 

Pas vraiment. Dans l’Hexagone, la séduction est perçue comme un art, qu’il faut savoir maîtriser au risque de se brûler les ailes. «Nous avons toute une histoire de galanterie et de civisme», rappelle Florence Escaravage, coach spécialisée sur les problématiques amoureuses et fondatrice de la méthode Love Intelligence, qui aide les célibataires mais aussi les couples à mieux comprendre leurs schémas relationnels. Selon elle, les Françaises ont avant tout besoin de se sentir en confiance pour laisser un homme les aborder : «Un type un peu beau qui vient nous parler, ça va surtout créer de la méfiance et de la défiance. On va plutôt être intéressées par quelqu’un qui va avoir une forme d’humour, qui peut aussi être spirituel dans son approche».


La drague de rue «quasi impossible» en France

La drague de rue, que pratique le masculiniste Clavicular partout où il va, comme un challenge, ne fonctionne pas en France. «C’est quasi impossible, souligne Florence Escaravage. Ça peut arriver, mais c’est très rare. Même si vous êtes assis à un bar et qu’il y a une fille assise à la table d’à côté, il va falloir ramer pour réussir à la séduire.» À Paris, la majorité des femmes veulent qu’on les laisse tranquilles dans la rue. Selon une étude du Centre Haubertine Auclert, organisme dédié à l’égalité femmes-hommes en France, 40% des jeunes femmes de 20 à 25 ans en Île-de-France se plaignent de la drague jugée importune. Dans les vidéos de Clavicular tournées à Miami, les Américaines semblent étonnamment beaucoup plus réceptives.


«Normalement, aux États-Unis, c’est quand même assez difficile aussi de draguer dans la rue, surtout dans les grandes villes», nuance l’experte qui intervient régulièrement sur France 2, dans l’émission «Ça commence aujourd’hui». «Les Américains ont quand même eu vingt ans d’avance par rapport à nous sur les questions de consentement et de harcèlement», rappelle-t-elle. Outre-Atlantique, l’expression «harcèlement sexuel» est effectivement entrée dans le débat public dès les années 1970 grâce à des militantes féministes qui cherchaient dénoncer et faire reconnaître comme un problème social et politique les comportements sexistes et les avances inappropriés subis par les femmes dans le monde du travail.

En 1986, la Cour suprême a fini par reconnaître le harcèlement sexuel comme une «discrimination sexuelle illégale» créant un « environnement de travail hostile». En France, il a fallu attendre la loi du 2 novembre 1992 pour que le harcèlement sexuel soit reconnu comme un délit. Vingt-cinq ans plus tard, en 2017, le mouvement MeToo a profondément bouleversé les codes de la séduction, en faisant du consentement un pilier, aussi bien chez nous qu’outre-Atlantique. La drague est devenue plus saine et plus respectueuse, et donc beaucoup moins pratiquée dans la rue.

Humour vs «forme physique»

Selon Florence Escaravage, les approches spontanées dans l’espace public restent acceptées dans certains pays du sud de l’Europe. «En Italie, les femmes s’attendent à recevoir des compliments quand elles sortent de chez elles bien habillées et apprêtées, et peuvent même trouver ça vexant de ne pas en avoir», estime-t-elle. En France, la séduction reposerait davantage sur l’humour et la finesse d’esprit. La beauté physique ne suffit pas, à elle seule, pour plaire, ce que Clavicular n’avait clairement pas anticipé en venant à Paris. Et pour cause, le jeune homme vit dans une tout autre réalité ; celle du «looksmaxxing», tendance masculiniste prônant l’optimisation de l’apparence physique pour séduire les femmes... et les dominer. L’Américain originaire du New Jersey s’est filmé à plusieurs reprises en train de se frapper les pommettes et la mâchoire avec un marteau. Cette pratique extrêmement dangereuse a un nom, le «bonesmashing»; et fait des ravages auprès de certains jeunes souhaitant redessiner leurs traits de visage afin de les rendre «plus masculins».

«En France, ces attributs physiques — la mâchoire carrée et les biceps saillants — peuvent même repousser certaines femmes», affirme Florence Escaravage. «On le voit bien sur les applis de rencontre : les hommes qui mettent en avant leurs muscles et se prennent en photo à la salle de sport ont moins de succès, les utilisatrices swipent quasi systématiquement à gauche», souligne-t-elle.

Ici aussi, on en revient au climat de confiance : ces clichés ne rassureraient pas la gent féminine car ils enverraient cette information : «Je vais plaire grâce à mon physique». «Alors que les femmes cherchent bien évidemment d’autres qualités», assure la fondatrice de Love Intelligence. Aux États-Unis, la forme physique est davantage valorisée car elle est associée à la discipline et à la performance.

Un rapport à l’argent différent

Dans des témoignages partagés sur les réseaux sociaux, plusieurs Américains qui ont essayé — sans succès — de séduire des Françaises ont remarqué que ces dernières n’étaient pas impressionnées par leur situation financière. «Elles se fichent totalement de l’argent. Ça ne sert à rien de leur parler de ça», assure l’un d’entre eux dans une vidéo partagée le 23 juin 2026, sur son compte TikTok bitcoincapitalist .

«On va effectivement trouver ça lourd, voire limite plouc. (...) Aux États-Unis, ils sont totalement décomplexés par rapport à l’argent. Nous, on ne parle pas salaire, on ne parle pas propriété», explique Florence Escaravage. L’experte conseille aux Américains d’être plus subtils dans leur approche et de faire preuve de davantage d’humour pour séduire les Françaises.

Solene Delinger



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