Yopougon, 7 août 2026. Bien avant le début de la cérémonie, le Boulevard de la Solidarité ne dort déjà plus. Sous un soleil encore clément, les trottoirs se remplissent progressivement. Des familles entières, des groupes de jeunes, des personnes âgées, des enfants hissés sur les épaules de leurs parents... Tous veulent être aux premières loges pour assister à un rendez-vous inédit : le défilé officiel du 66ᵉ anniversaire de l'Indépendance de la Côte d'Ivoire, organisé pour la première fois dans la plus grande commune du pays.
Les drapeaux orange, blanc et vert flottent au-dessus de la foule. Les vendeurs ambulants slaloment entre les spectateurs avec des bouteilles d'eau fraîche, des éventails et de petits drapeaux. Les conversations vont bon train, chacun commentant les préparatifs ou cherchant la meilleure place pour apercevoir les troupes. Puis, soudain, les sirènes se taisent. Les premières notes de la musique militaire s'élèvent. Les regards convergent vers le boulevard. Le défilé peut commencer.
Le silence laisse rapidement place aux applaudissements lorsque les contingents étrangers font leur entrée. Le Gabon ouvre la marche, suivi de la Guinée, du Bénin et de l'Inde. Alignements impeccables, pas synchronisés, uniformes soigneusement repassés : chaque délégation avance avec assurance sous les regards attentifs d'un public qui salue le passage de ces armées venues partager ce moment avec la Côte d'Ivoire.
« Saloni ! Saloni ! »
Mais c'est le contingent indien qui va provoquer la scène la plus inattendue de la matinée. À peine les militaires apparaissent-ils que plusieurs voix fusent dans la foule : « Saloni ! Saloni ! » Très vite, l'appel est repris par d'autres spectateurs. Les rires éclatent, les applaudissements redoublent. En quelques secondes, le célèbre feuilleton indien, qui a longtemps réuni des familles ivoiriennes devant leurs écrans, s'invite au cœur du cérémonial militaire.
Le contraste est saisissant. D'un côté, les soldats poursuivent leur progression avec une discipline imperturbable ; de l'autre, le public exprime son affection avec une spontanéité bon enfant. Des téléphones s’élèvent pour immortaliser la scène, tandis que des sourires se dessinent sur de nombreux visages. Pendant quelques instants, le protocole cède la place à une émotion simple : celle d'un peuple qui accueille ses invités avec chaleur, en puisant dans un souvenir partagé de sa culture populaire.
Lorsque les derniers contingents étrangers quittent l'avenue, les regards se tournent vers les Forces de Défense et de Sécurité ivoiriennes. Sous la tribune officielle où prend place le Président de la République, Alassane Ouattara, les premières unités s'engagent sur le Boulevard de la Solidarité.
Le rythme des bottes résonne sur l'asphalte. Les commandements claquent. Les rangs avancent avec une précision presque mécanique. Armée de terre, armée de l'air, marine nationale, gendarmerie, police nationale, sapeurs-pompiers militaires et unités spécialisées se succèdent dans une parfaite harmonie.
Puis viennent les véhicules militaires. Blindés, véhicules tactiques, camions spécialisés et autres équipements défilent lentement sous les acclamations. Les chiffres donnent la mesure de cette démonstration : 5 423 personnels et 534 engins sont mobilisés pour cette parade exceptionnelle.
Les enfants ouvrent de grands yeux devant ces impressionnantes machines, certains les montrant du doigt avec émerveillement. Les parents, eux, tentent de saisir la meilleure image sur leurs téléphones, pendant que les applaudissements accompagnent le passage de chaque colonne.
Cette démonstration de discipline et de moyens s'inscrit dans le thème retenu cette année : « Forces de Défense et de Sécurité au service de la paix, de l'unité et du développement. » Au-delà de l'exercice militaire, le message est clair : mettre en lumière le rôle des forces ivoiriennes dans la protection des populations et la consolidation de la stabilité du pays.
Pour la première fois, au cœur de Yopougon
À chaque passage de troupe, les applaudissements repartent de plus belle. Des enfants agitent frénétiquement leurs petits drapeaux, des jeunes filment en direct sur les réseaux sociaux, tandis que des anciens suivent le défilé avec une émotion discrète. Beaucoup évoquent la fierté de voir, pour la première fois, la fête nationale se vivre au cœur de Yopougon.
Le Boulevard de la Solidarité devient alors bien plus qu'un simple axe routier. Le temps d'une matinée, il se transforme en un espace de communion où se rencontrent les institutions de la République, les populations et les délégations étrangères. Une scène où la rigueur militaire côtoie les éclats de rire, où les saluts réglementaires répondent aux acclamations populaires.
Lorsque s'achève le défilé militaire, personne ne quitte encore les lieux. Les regards restent tournés vers l'avenue où le défilé civil prend le relais, offrant une autre image de la nation : celle de sa diversité, de sa créativité et de sa vitalité culturelle.
Pour cette 66ᵉ célébration de l'Indépendance, Yopougon n'a pas seulement accueilli un défilé. La commune a vécu une journée historique. Entre le martèlement des bottes, les applaudissements nourris, les drapeaux agités par des milliers de mains et l'inoubliable « Saloni ! Saloni ! » lancé au passage du contingent indien, la plus grande commune de Côte d'Ivoire a donné à la fête nationale un visage profondément populaire. Un visage où la solennité de la République s'est harmonieusement mêlée à la chaleur de ses citoyens.
Juliana N’gbesso





