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Politique

Charles Blé Goudé « Il faut qu’on comprenne que la politique, ce n’est pas la guerre »

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L’opposition ivoirienne apparaît aujourd’hui fragmentée. Quel est votre regard sur cette situation ?

C’est une mauvaise lecture. Pourquoi ? On aurait voulu qu’on soit dans un système à deux blocs, un parti au pouvoir et en face, un seul parti ou un parti autour duquel tourne un bloc.

Là où les gens parlent d’opposition, moi je parlerai plutôt de partis dans l’opposition. Je vais prendre un exemple. Nous sommes dans un système de pluralisme politique. On s’est battus dans ce pays pour ça, afin qu’on puisse aborder des sujets différemment, peut-être avec le même fond sur les questions d’intérêt national.

Chaque parti est créé pour conquérir, gérer et conserver le pouvoir. Il peut arriver des moments où on peut s’accorder autour d’un sujet, notamment la commission électorale qu’on aimerait voir être une commission réellement indépendante. De manière momentanée, de manière circonstancielle, on peut donc se retrouver pour poser ce problème national. On parlera donc d’alliance de circonstance. Tout comme on peut être très proche dans la durée. Pourquoi ? Parce qu’on partage la même idéologie. Ça ne veut pas dire qu’on fait tout ensemble, à tout moment. Mais il y a des sujets qui nous rapprochent, vu notre idéologie qui est notre lien commun. On parlera d’alliance idéologique.

Est-ce le cas des fronts qu’on a connus ?

Les fronts qu’on a connus, ce sont des fronts qui peuvent être qualifiés de circonstanciels pour avoir été des fronts de circonstance, notamment le Front républicain qui rassemblait deux partis politiques d’idéologies différentes, à savoir le Front populaire ivoirien (Fpi) à l’époque et le Rassemblement des républicains (Rdr). Vous verrez que plus tard, ils se sont séparés.

Malheureusement, on ne sait pas se séparer en Côte d’Ivoire. On croit toujours qu’il est bon de se séparer sur fond de crise. Prenez la France, est-ce qu’on peut dire que l’opposition française est divisée ? Je ne crois pas. Pourtant, en France, vous avez l’extrême gauche, la gauche radicale qui est tenue par La France insoumise, la gauche socialiste qui est pour l’économie de marché, mais une économie de marché régulée, la gauche écologiste qui milite pour l’écologie, ça c’est l’opposition de Gauche. Vous avez l’opposition de Droite symbolisée par l’extrême droite, notamment le Rassemblement national, la Droite républicaine symbolisée par les Républicains eux-mêmes.

Ces deux blocs sont de l’opposition. Est-ce que vous entendez la France dire que l’opposition est divisée ? Chez nous, le problème qu’on a, c’est que, sans le dire, j’ai l’impression que ceux qui se sont battus pour le multipartisme regrettent le parti unique, à les entendre s’exprimer. On a l’impression qu’on a la nostalgie du parti unique. Pourquoi s’était-on battus ?

Je veux donc qu’on ne confonde pas les choses. Nous sommes des partis dans l’opposition, mais je plaide pour que des sujets d’intérêt national puissent nous permettre de nous regrouper par moments, mais après, qu’on accepte que chacun reparte dans sa case. Ce n’est pas une division.

C’est donc, dans la nature de l’opposition de faire chambres à part ?

C’est une exigence de l’expression plurielle, à savoir que chaque partie mène ses activités, que chaque parti vive sa vie politique, que chaque parti fasse la conquête de sa part de marché, on peut le dire ainsi, pour que le maximum des concitoyens adhère à sa vision. Mais, par moments, quand cela est nécessaire, nous pouvons nous retrouver.

Parfois, il y a des séparations qui étonnent, comme celles qui vous concerne. On vous a vu très proche de l’ancien Président Laurent Gbagbo, hier. Aujourd’hui, on peut s’étonner quand même que chacun, de son côté, fasse sa propre aventure. N’y a-t-il pas eu, queque part aussi, quelques malentendus sur le plan personnel ?

Je me suis promis de ne plus revenir sur ce sujet. Les problèmes politiques ont besoin de solutions politiques. Parce que les problèmes de personnes sont difficiles à gérer. Il faut éviter de les instrumentaliser. Toute séparation est un deuil, en ce sens qu’elle provoque un manque chez des gens qui, hier, étaient ensemble et qui ne le sont plus. Il faut savoir faire la part des choses. Est-ce que nous défendons le même combat ? Est-ce que nous pensons toujours que le peuple doit être au centre de nos différentes politiques ? Cela nous lie et c’est ce qui est l’essentiel. Le reste peut se régler avec le temps. Il ne faut pas toujours les dramatiser, les instrumentaliser.

Les crises de recomposition de la famille politique issue de la Refondation vous semblent-elles normales ou c’est la conséquence logique de la perte du pouvoir ?

Non, on peut perdre un pouvoir dans des circonstances démocratiques. Soit parce que son mandat est arrivé à terme, selon la Constitution. Donc il y a la succession. Parce que là, on peut succéder à l’autre sans l’humilier, sans le rabaisser, sans qu’il parte au cimetière, en exil ou sans qu’il soit en prison.

Or, tel n’a pas été le cas. Nous avons perdu le pouvoir, avec notre leader Laurent Gbagbo, dans des circonstances très dramatiques. Ce sont des circonstances de guerre. Nous nous sommes dispersés, comme des oiseaux dont l’arbre a été abattu par un bûcheron.

La Côte d’Ivoire elle-même a été dispersée. Les partis dont vous parlez, qui tournent autour de l’idéologie du président Laurent Gbagbo, font partie de la Côte d’Ivoire. Ce sont des parties prenantes de la Côte d’Ivoire. Ils ne sont pas en dehors de la Côte d’Ivoire, ne vivent pas en dehors du pays. La Côte d’Ivoire a été secouée par une crise meurtrière. C’est tout à fait normal donc que les entités qui la composent subissent les conséquences de cette crise. Certains sont allés au Ghana ou ont vécu dans des circonstances particulières qui les ont impactés.

D’autres sont allés au Liberia, au Togo au Bénin, pour ceux qui sont en Afrique, les autres en Europe, d’autres encore en prison. Quand on se retrouve, on ne peut retrouver le même monde. On ne peut plus retrouver des gens qui sont dans la même vision. La chose la plus importante, c’est comment on prend de la hauteur par rapport à tout cela pour revenir aux fondamentaux, avec le peuple au centre de ce qu’on fait. À savoir tout ce qui est social : le panier de la ménagère, la santé, l’éducation de nos enfants. Quelle économie voulons-vous porter ? Qu’est-ce que nous voulons faire de différent par rapport à ceux qui sont en ce moment en charge de la gestion de la Côte d’Ivoire ? Tels sont, pour moi, les sujets les plus importants. Pour le reste, c’est humain, nous avons quitté le pouvoir dans des circonstances de guerre et chacun devrait même avoir droit à un psychologue.

Pensez-vous que chacun a sa part de responsabilité dans la survenue de cette crise ?

Oui, bien entendu. On ne se bat pas seul. On se bat parce qu’il y a un adversaire en face et chacun croit avoir raison. Et quand on sort d’un tel drame, le plus important, ce n’est pas de chercher des boucs émissaires. C’est d’abord la remise en cause. Ensuite, la recherche de solutions qui découlent d’un diagnostic qu’on fait et surtout les solutions que l’on trouve pour se projeter. Comment nous transformons notre douleur en avenir et qu’on ne passe pas tout notre temps à pleurer, à pleunicher sur notre passé, en cherchant toujours qui a raison, qui a tort. Il faut rechercher les causes et les traiter de manière sociétale. Telle est mon approche de la situation.

Depuis quelque temps, des discussions sont envisagées, sur le plan politique, avec les partis de l’opposition, à propos de la prochaine formule électorale. Vous proposez un Haut conseil des élections. De quoi va-t-il s’agir ?

Je note d’abord que finalement, nous nous accordons tous sur le même constat que la défunte Commission électorale indépendante n’a pas été à la hauteur des espérances. Elle a plutôt provoqué et approfondi le fossé, le manque de confiance. Il y a eu des crises au niveau électoral. C’est cette confiance entre les différents acteurs eux-mêmes d’abord, ensuite entre les acteurs et la commission ou l’organe électoral et entre le peuple et l’organe.

Avez-vous déjà des pistes ? Ne serait-ce que pour la désignation de l’autorité qui sera chargée de piloter ces élections ?

Nous avons demandé un appel à candidatures avec des critères de choix, avec un profil dont il faut divulguer le contenu. À partir de là, les Ivoiriens qui se sentent capables de remplir ses critères constitueront un dossier qu’ils déposeront devant une commission qu’on aura nommée. Nous préférons devant l’Assemblée nationale. Et les séances de dépouillement seront publiques pour garantir la transparence.

Si les circonstances, le profil, les critères de choix et le mode de fonctionnement sont connus de tous, on ne pourra pas accuser tel ou tel d’avoir manœuvrer en sa faveur. Il ne faut surtout pas chercher à mettre en place une commission qui soit contrôlée, que ce soit par l’opposition ou le parti au pouvoir. Il faut donner à notre pays, une institution, un organe électoral crédible. Des gens nous disent que ce n’est pas possible, parce que personne n’est neutre en Côte d’Ivoire. On ne cherche pas forcément quelqu’un de neutre. Chacun a toujours une opinion. Mais nous voulons des gens capables de prendre du recul, de la hauteur et mettre la République et la vie des citoyens au centre pour que, quand cette classe politique quitte, elle lègue à la génération future un organe, une institution crédible et solide.

Pensez-vous qu’on puisse trouver des personnalités sans attache, ni tâche politique ?

C’est cela même qui doit être la première condition : n’avoir aucun lien ou n’avoir jamais eu de lien avec un parti politique. Il ne suffit pas de changer de maillot pour que des vars viennent vous rattraper après. Je pense que on peut y arriver.

On constate qu’il y a d’importantes transformations au niveau des infrastructures, de l’enseignement supérieur... Parmi tous ces changements, quels sont ceux qui vous marquent le plus ?

Le développement se constate. Premièrement, par les transformations infrastructurelles, mais aussi par les réformes sociales.

Quand on fait la lecture du tableau de développement de notre pays, on relève les constructions infrastructurelles. Je pense que c’est cela que vous faites allusion.

Absolument...

Je suis de ceux qui disent que ces ponts qui sont construits, ces routes qui sont construites, ne sont pas les infrastructures de Monsieur Alasssane Ouattara ou du Rhdp.

Ce sont des infrastructures qui appartiennent à la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui et qui vont appartenir à la Côte d’Ivoire de demain. Chaque président de la République est élu dans des circonstance données, gouverne dans des circonstances données et part dans des circonstances données.

Ces circonstances-là, c’est vrai qu’on peut les comparer, mais elles sont singulières. Le Président Houphouët-Boigny a pris la tête de la Côte d’Ivoire dans des circonstances différentes des circonstances dans lesquelles le Bédié a pris la Côte d’Ivoire. Le Président Guéï a pris la tête de la Côte d’Ivoire dans des circonstances différentes de celles de ses prédécesseurs.

C’est la même chose pour le Président Gbagbo. C’est la même chose pour le Président Ouattara. Cette comparaison systématique ne me paraît pas correcte. Du fait que les circonstances diffèrent. Pour moi, chacun vient, il fait ce qu’il peut, dans les circonstances données, il part et lègue. Celui qui vient améliore.

Dans notre pays aujourd’hui, nous le constatons, des ponts et des routes sortent de terre, des universités aussi sortent de terre, des écoles... C’est à saluer dans un premier temps. Celui qui ne les voit pas, c’est qu’il ressemble à quelqu’un qui fait semblant de dormir.

On ne peut pas réveiller quelqu’un qui fait semblant de dormir. Ça, je le vois, mais je ne limite pas le développement uniquement à cela, ni aux chiffres. Ce que je souhaite, à présent, c’est que le social soit prononcé, que la santé, l’éducation, le panier de la ménagère se voient améliorés et que ce ne soit pas les autorités qui témoignent. Et que ce ne soient pas les revues, au niveau international, qui témoignent. Et que ce ne sont pas des cabinets de communication qui témoignent.

Comment, justement, à propos du pouvoir régalien de l’État, garantir la protection de l’environnement, tout en garantissant en même temps la gestion durable du foncier et du cadre de vie ?

La loi. Le cadre de vie, le foncier, tout cela là répond à une vision d’urbanisation. Tout cela répond à une politique définie dans un cadre légal. Celui qui sort de ce cadre, il fait face à la loi.

Il faut éviter les petits arrangements.

Les Ivoiriens qui ont le sens de l’humour disent que Brou Jacques est le descendant de Komé Bakary. Ce monsieur Brou Jacques à lui seul, est propriétaire de 34 hectares en plein Abidjan.

Sous quel régime ? Ce n’est pas sous le régime Rhdp qu’il a obtenu ces 34 hectares. C’est sous les anciens régimes. Ça veut dire que rien ne change. Cela appelle au sens de la responsabilité de nos dirigeants, qu’ils soient les dirigeants d’aujourd’hui ou les dirigeants d’hier.

Qui, hier, avait eu cette audace de lui dire non, tu n’as pas droit à cela ? C’est pour cela que je dis, il faut que l’État prenne ses responsabilités. Il faut encadrer et le foncier et la politique d’urbanisation.

Le jour où je viendrai au pouvoir, je changerai tout cela. Je vous le dis.

Peut-on savoir ce que le séjour à La Haye vous a apporté, sur les plans politique et humain ?

Ceux qui m’y ont amené, ce n’était pas pour que cela m’apporte quelque chose. C’était pour que je disparaisse, et politiquement et physiquement, parce que je vous rappelle que je n’étais pas en vacances, j’étais en prison. Vous parlez donc d’un séjour carcéral, de perte de liberté, de perte d’identité presque, parce que je ne m’appelais plus monsieur Charles Blé Goudé, j’étais le dossier Blé Goudé.

Vous voyez la gravité ! Je deviens, du coup, un dossier, un dossier international. Quand on me transférait du Ghana en Côte d’Ivoire, là, je n’étais pas un dossier, j’étais un colis. Un colis gênant. C’est cela que nous avons traversé.


Maintenant, il me fallait trouver les ressources nécessaires pour pouvoir survivre d’abord à cela. Et quand je survis à cela, quand je sors de prison, il faut que je ne puisse pas perdre le Nord. Que je sois là avec, au complet, mes facultés. Je rends grâce à Dieu, parce que je suis devant vous et vous le voyez bien, je n’ai pas perdu mes facultés.

Le Blé Goudé transféré à la Cpi en 2014 est-il le même aujourd’hui, 12 ans après ?

Pour moi chaque étape était un enseignement. Pour paraphraser Nelson Mandela, la prison n’est pas qu’un lieu d’enfermement, c’est un lieu de remise en cause. C’est un lieu de bilan. C’est un lieu de réflexion. C’est un lieu de projection.

Quand je sors de là, évidemment, mes amis avec qui j’ai fait l’université, mes amis avec qui j’ai battu le pavé ici, qui pour certains n’ont que l’expérience de l’exil, pour d’autres n’ont que l’expérience de la prison à la Maca, et moi qui ai eu ces trois expériences, l’exil, la prison en Côte d’Ivoire, en isolement, la prison à l’international et l’expérience de l’homme acquitté mais maintenu presqu’en prison, quand je reviens, je ne peux plus être le même homme.

Le regard que j’ai, c’est qu’il faut qu’on tourne la page de la crise qu’on a connue.

Le regard que j’ai, c’est qu’il faut qu’on puisse se rassembler de nouveau. Le regard que j’ai, c’est qu’il faut que notre diversité ne soit pas un problème pour nous. Il faut que ce soit un atout pour la Côte d’Ivoire. Il faut qu’on puisse accepter que nous pouvons bâtir la Côte d’Ivoire dans le respect de nos différends et de nos différences.

Tout combat politique n’est pas physique. Il faut accepter l’autre avec ses différences. Quand je le dis ainsi, on dit que Blé Goudé a changé. J’ai une fois demandé à un qui me disait cela. Est-ce que toi, tu es le même que tu as été quand tu avais 15 ans ?

Chaque difficulté est un enseignement. Aujourd’hui, mon regard, c’est qu’il faut qu’on se donne des règles. Il faut qu’on comprenne que la politique, ce n’est pas la guerre.

Il faut qu’on comprenne que ceux qui dirigent ce monde, ce sont ceux qui ont été patients, parce qu’ils ont confiance dans leurs idées. Moi, j’ai confiance dans mes idées. Et quand je dis que je dirigerai la Côte d’Ivoire un jour, ce n’est pas parce que je serai le plus fort physiquement que quelqu’un d’autre, mais c’est parce que je proposerai aux Ivoiriens un projet qui peut les convaincre, avec des règles, des circonstances qui vont me permettre d’exprimer mon projet et puis qu’on aille à des élections. Malheureusement, je ne suis ni électeur ni éligible. Parce que condamné à 20 années de prison pour des faits pour lesquels j’ai déjà été acquitté.


Si vous aviez quelques mots à dire au pouvoir, par rapport à cette situation, que seraient-ils ?

D’abord, il faut accepter les critiques. Notre pays a connu une crise.

On ne l’a certainement pas choisie. D’autres pays comme le Rwanda ont connu cette crise.

Deuxièmement, on peut conserver un pouvoir pas par l’oppression, pas par les emprisonnements, pas par le bâillonnement. On peut conserver un pouvoir sur la base des résultats qu’on réalise pendant qu’on est pouvoir.

Troisièmement, j’estime qu’il y a une injustice qu’il faut réparer en ce qui me concerne.

Mes compagnons qui étaient en première ligne, notamment le président Laurent Gbgabo, pour ses 20 ans, est gracié, son compte est dégelé. Son ancienne épouse, Simone Ehivet Gbgabo, son compte est dégelé, elle est amnistiée. L’ancien commandant de la garde républicaine, le général Dogbo Blé, est gracié, ses comptes sont dégelés. Moi Charles Blé Goudé, je ne suis ni gracié ni amnistié, mon compte est gelé. Même mon assistante qui a 86 000 francs Cfa dans son compte, parce qu’elle était mon assistante au moment des faits, son compte est encore gelé, au moment où je vous parle.

Ce n’est pas normal. Il faut me libérer politiquement pour que je puisse participer au débat politique dans mon pays. Je pense qu’avec ce que les dirigeants du Rhdp ont vécu quand ils étaient dans l’opposition, ils sont bien placés pour se remettre en cause.

Vous vous croyez libéré judiciairement, mais politiquement détenu ?

Je suis judiciairement libéré, mais politiquement détenu, enchaîné.



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