La Côtière est cette route d’environ 400 kilomètres qui relie Abidjan à la frontière du Liberia, permettant de desservir les villes de Dabou, Grand-Lahou, Fresco, Sassandra, San Pedro, Grand Béréby et Tabou, toutes situées sur la côte de l’océan Atlantique. Construite dans les années 90, elle s’était considérablement détériorée, rendant la circulation presque impossible en voiture de ville. Mais elle vient d’être réhabilitée et l’on peut de nouveau découvrir de magnifiques villes et sites sur tout le littoral. Mondafrique l’a empruntée pour vous.
Au sortir de Jacqueville, au carrefour de la petite ville de Songon, prendre sur la gauche pour Dabou, qui se trouve à une soixantaine de kilomètres d’Abidjan. On y accède en traversant le pont construit en 1932 et baptisé pont Eiffel, car il porte effectivement la signature du célèbre constructeur de la Tour parisienne du même nom. Mais la ville ne présente aucun attrait particulier. Elle fut un comptoir colonial français, et ces derniers y construisirent un fort, aujourd’hui en ruine, après sa conquête par le capitaine Faidherbe.
Les sorciers de la CAN
Le village d’Akradio dans les environs de Dabou est célèbre pour ses sorciers à qui l’on attribue les première et dernière victoires de l’équipe nationale de football lors des Coupes d’Afrique des nations (CAN) de 1992 et 2023. Lors de ces compétitions, des personnes se présentant comme des sorciers avaient annoncé la victoire de la Côte d’Ivoire. Il se trouve aussi que le ministre des Sports nommé quelque temps seulement avant la dernière CAN, qui semblait, à ce moment-là, plutôt mal engagée pour les Éléphants, est originaire de ce village.
Les échecs suivants seraient dus au fait que les sorciers n’auraient pas été payés le prix convenu. Apparemment, les compétences de ces sorciers ne vont pas au-delà des CAN, puisque l’équipe de football de la région n’est même pas en troisième division.
Une vilaine statue
Prendre à nouveau à gauche après la sortie de la ville pour emprunter la magnifique Côtière. Après environ 70 kilomètres, on atteint ce que l’on appelle en Côte d’Ivoire un « corridor », qui est l’endroit, à l’entrée des villes, où les policiers ont érigé un barrage. Prendre à nouveau à gauche et au bout d’environ huit kilomètres, on longe à droite une très belle forêt et l’on voit à sa gauche une vilaine statue censée représenter Félix Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d’Ivoire.
On est à Grand Lahou. Ou plutôt dans la nouvelle ville de Grand Lahou, car, en réalité, il y a deux Grand Lahou : l’ancienne ville, qui a été totalement engloutie dans la mer par l’érosion côtière à l’exception de l’église catholique confinée sur une étroite bande de terre entre la lagune, le fleuve Bandaman et la mer, et la nouvelle ville reconstruite en 1973 beaucoup plus en profondeur dans les terres, à une vingtaine de kilomètres de la côte. La nouvelle ville ne présente aucun attrait particulier.
Une méchante route et des cités englouties
Il faut emprunter une route, assez méchante par endroits, pour atteindre le village de Braffédon, là où le fleuve Bandama et la lagune Tagba rencontrent la mer, pour découvrir, de l’autre côté des « trois eaux », l’étroite bande de terre sur laquelle se trouvait l’ancien village de Braffedon, qui fut lui-aussi évacué à cause de l’érosion côtière, et l’ancien Grand-Lahou, appelé Lahou Kpanda.
Des pinasses colorées servent de moyens de transport public pour se rendre dans les villages situés sur les îles qui parsèment la lagune près de la langue de terre où se trouvait l’ancienne ville. Grand-Lahou fut aussi un grand comptoir colonial allemand, avec de belles maisons de style allemand, et plus tard, après l’indépendance du pays, la cité fut dotée de toutes les infrastructures d’une ville moderne et érigée en sous-préfecture. C’est là que commença l’évangélisation des populations de l’ouest de la Côte d’Ivoire. La cité fut aussi dans le passé, hélas, un grand port du commerce des esclaves. Tout cela a été englouti par la mer.
Aujourd’hui, de luxueuses résidences cachées au milieu de la végétation, ainsi que de nombreux hôtels, ont été construits au bord de la lagune et sur l’étroite bande de terre où se tenaient jadis les anciens villages et la ville transférés sur la terre ferme. Certains de ces hôtels sont sérieusement menacés par l’inexorable érosion côtière. L’un d’eux, récemment ouvert, a déjà vu la moitié de l’un de ses bungalows emportée par la mer.
Éléphants nains et campements de pêcheurs
En parcourant la lagune en pinasse, on peut voir la luxuriante végétation, la mangrove, les vestiges d’un ancien hôtel à l’abandon, des campements de pêcheurs sur ce qui reste de la terre et plusieurs îles de différentes tailles abritant des villages, ainsi que la très belle église catholique de l’ancien Grand-Lahou qui fut épargnée de la submersion non pas par un miracle divin, mais par des travaux qui permirent de dévier l’embouchure du fleuve Bandama.
On peut également visiter l’île Robinson et le parc national d’Azagny, l’un des huit parcs nationaux jusqu’ici bien préservé, à l’exceptionnelle canopée, où l’on peut encore voir des éléphants nains et des buffles. Le canal d’Azagny ainsi qu’une piste de terre relient Grand-Lahou à Jacqueville, en passant par le village de Toukouzou Hozalem du prédicateur Papa Nouveau. Grand-Lahou est assurément l’un des meilleurs endroits pour respirer de l’air pur et décompresser, en se fondant dans la nature.
Encadré : Nabil Zorkot, l’éternel voyageur
Né au Liban en 1961, Nabil Zorkot est venu à l’âge de 4 ans, avec sa mère, rejoindre son père commerçant, arrivé en Côte d’Ivoire peu après sa naissance à la recherche d’un mieux vivre. Après des études primaires et secondaires en Côte d’Ivoire, Nabil part faire des études de photographie et de cinéma au Canada pendant huit ans, avant de revenir s’établir à Abidjan comme photographe publicitaire, et de commencer à travailler dans le domaine de la production audio-visuelle.
Tous les chemins et tous les moyens de transport
Nabil Zorkot est un éternel voyageur qui sillonne inlassablement le pays par tous les moyens de transport possibles et par tous les chemins. Et de ses voyages, toujours effectués avec son matériel photographique, il a tiré de très beaux livres édités par la maison d’édition qu’il a créée, Profoto. Il a ainsi publié des livres sur les cuisines libanaise et ivoirienne, sur la beauté noire et surtout, sur le tourisme en Côte d’Ivoire, dont Lagunes de Côte d’Ivoire, La Côte d’Ivoire vue du ciel, préfacé par Yann Arthus-Bertrand, Visages et paysages de Côte d’Ivoire et Voyage en Côte d’Ivoire, tous ouvrages dont les images époustouflantes font mieux connaître et aimer le pays.
Nabil a découvert le village de Braffedon il y a une quinzaine d’années, en allant y pêcher avec des amis. Puis, en visitant la paisible localité, bien équipée en infrastructures modernes telles que l’eau potable et l’électricité, il a rencontré une population accueillante qui l’a séduit, au point qu’il a décidé d’y construire, il y a cinq ans, sa résidence secondaire : « Les Bougainvilliers », une villa noyée au milieu des fleurs, avec une magnifique vue sur l’eau et le paysage luxuriant situé au-delà, qu’il loue occasionnellement. Avis aux amateurs !
Le crève-cœur de Nabil Zorkot est la destruction de cette si belle nature qu’il aime tant, par toutes sortes d’activités, telles que la déforestation, l’orpaillage anarchique, ou les ordures et déchets plastiques jetés un peu partout sans traitement. Son combat est d’amener les Ivoiriens à prendre conscience du trésor qu’ils possèdent et qu’ils risquent de perdre à jamais, par inconscience ou par cupidité.
Venance Konan





