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L'enquête du jeudi. Côte d’Ivoire - Cours de vacances à Abidjan (2/2)- Les parents partagés entre présentiel, plateformes numériques et colonies de vacances

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À Abidjan, l'offre de formation et de soutien scolaire se multiplie, sans toujours répondre aux mêmes standards de qualité. (Photo d'illustration : relay)

La première partie de cette enquête a mis en évidence un marché des cours de vacances marqué par des tarifs allant de 2000 à 20 000 F CFA selon les établissements, et par une quasi-absence de contrôle sur le contenu réellement enseigné. Ce constat pousse logiquement les familles à arbitrer entre plusieurs options, du présentiel classique aux plateformes numériques, en passant par les dispositifs gratuits.

À Cocody, à Riviera et à Marcory, une partie des parents continue de privilégier les cours de vacances en présentiel. Sindé Maurice, professeur de lycée, explique ce choix par la discipline qu'impose un cadre scolaire structuré, ainsi que par l'encadrement direct et la socialisation que permet la présence physique des enfants dans un groupe. Pour cette catégorie de parents, l'enjeu dépasse donc la seule remise à niveau académique et englobe une dimension éducative plus large.

À l'inverse, d'autres familles font le choix du maintien à domicile, en s'appuyant sur des plateformes numériques telles que Mon École à la Maison ou LeGrattoir. Drissa Fondio, ingénieur télécoms, justifie cette option par la réduction des coûts qu'elle permet, par sa flexibilité dans l'organisation du temps familial et par le niveau de sécurité qu'elle offre, en évitant les déplacements et les regroupements. Cette logique se distingue nettement de celle du présentiel, puisqu'elle place la maîtrise du budget et du temps au-dessus de la socialisation.

Entre ces deux approches, les familles aisées ne tranchent pas nécessairement : elles combinent souvent présentiel et plateformes numériques, cumulant ainsi encadrement collectif et suivi individualisé. Les ménages plus modestes, eux, s'orientent davantage vers les solutions gratuites, à l'image des cours municipaux gratuits organisés à Treichville en partenariat avec l'Inspection de l'enseignement préscolaire et primaire, ou des colonies de vacances quand les moyens le permettent. Ces dispositifs restent toutefois perçus comme une alternative ponctuelle, et non comme un véritable substitut aux cours traditionnels, faute de capacité d'accueil suffisante pour couvrir l'ensemble de la demande.

Colonie de vacances plutôt que cours de vacances

Ces arbitrages financiers recoupent des divergences plus larges sur l'utilité même du dispositif. Mené Pélagie, éducatrice, défend le principe des cours de vacances : les trois mois de grandes vacances laissent, selon elle, le temps nécessaire pour consolider les acquis en un mois de cours intensif. Zana Soro, enseignant de français dans le privé, nuance ce point de vue en mettant en cause la rétribution proposée aux professeurs mobilisés, comprise entre 15 000 et 20 000 FCFA en fin de session, qu'il juge insuffisante au regard de la charge de travail.

Séri Simplice, ingénieur en bâtiment, va plus loin en contestant l'approche elle-même : pour lui, un enfant ayant suivi neuf mois de cours théoriques a davantage besoin de repos et de jeu que d'un mois de cours supplémentaire pour aborder la rentrée dans de bonnes conditions. Fousseni Koné, opérateur économique à Adjamé, a fait un choix cohérent avec cette position, puisqu'il inscrit ses enfants en colonie de vacances plutôt qu'en cours de vacances, afin de privilégier le jeu et la découverte.

Entre présentiel payant, plateformes numériques et solutions gratuites, l'offre de vacances scolaires à Abidjan ne repose sur aucun cadre commun. Chaque famille compose avec son budget, ses priorités éducatives et son accès aux alternatives numériques ou municipales. Le secteur des loisirs pour mineurs vient, de son côté, d'entrer dans un cycle de régularisation. Ce dispositif est piloté par le ministère du Tourisme et des loisirs, avec des sanctions prévues pour les structures non déclarées. Les cours de vacances scolaires restent, eux, hors de ce périmètre. Ils affichent des tarifs disparates et un encadrement pédagogique que l'inspection elle-même dit ne pas pouvoir garantir. La question de leur rattachement à un dispositif de contrôle comparable reste sans réponse officielle. Le ministère de l'Éducation nationale, de l'alphabétisation et de l’enseignement technique n'a pas encore tranché ce point à ce jour.

Doutchin Diarra



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