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L'enquête du jeudi. Côte d'Ivoire - Travailleurs indépendants du numérique (1/3) : Depuis Abidjan, ils proposent leurs services à des clients internationaux

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Neuf profils, une même réalité : aucun n'a de statut juridique reconnu en Côte d'Ivoire. Depuis Yopougon, Abobo, Cocody ou Angré, des développeurs, graphistes, monteurs vidéo, rédacteurs et traducteurs facturent chaque mois des clients établis aux États-Unis, au Canada, en France ou en Belgique, parfois pour plusieurs centaines de milliers de francs CFA. Notre enquête présente, en trois volets, leurs revenus, le fonctionnement des plateformes qui les emploient, et l'absence de cadre social ou fiscal adapté à leur activité.

Zamblé Philippe facture ses missions de développement web entre 150 000 et 400 000 francs CFA, payées en dollars par des clients basés aux États-Unis et au Canada. Il travaille depuis sa chambre, à Yopougon, sans contrat de travail ni numéro de contribuable, l'identifiant que la Direction générale des impôts attribue à toute personne tenue de déclarer ses revenus. L'an dernier, un client a refusé de payer une prestation déjà livrée. Il n'avait personne à appeler à Abidjan. Son parcours de freelance (travailleur indépendant) du numérique n'est pas isolé.

Selon le ministère de la Promotion de la jeunesse, de l'insertion professionnelle et du service civique, le chômage des jeunes ivoiriens reste deux fois supérieur à la moyenne nationale, dans un pays où les jeunes représentent 35,5 % de la population, d'après un rapport conjoint de l'Organisation internationale du travail et de l'Union internationale des télécommunications.

Asseman Rodrigue, 27 ans, a choisi la rédaction web depuis Abobo. « Je rédige des articles de blog, des fiches-produits et des contenus pour des sites étrangers », explique-t-il. Il facture chaque texte entre 5 000 et 15 000 francs CFA. Tanhan Jean, 25 ans, a découvert le secteur par un ami déjà inscrit sur Fiverr, un site qui met en relation freelances et clients du monde entier. « Je ne savais même pas que des Ivoiriens travaillaient pour des clients américains depuis leur téléphone », raconte-t-il. Il s'est lancé dans le montage vidéo, sans formation préalable. Fatou Sy Savané, 31 ans, graphiste, travaille depuis un espace de coworking à Angré, un bureau partagé loué à la journée ou au mois, pour des clients nord-américains réguliers, entre 30 000 et 150 000 francs CFA par projet. Awa Diané, 26 ans, rédige depuis Yopougon pour des clients francophones en France et en Belgique, entre 8 000 et 15 000 francs CFA l'article. « Je ne sais même pas à qui je devrais déclarer ça, ni si ça vaut le coup », résume-t-elle.

Sans statut juridique

Ibrahim Diaby, 29 ans, développeur à Cocody, facture jusqu'à deux millions de francs CFA sur ses projets les plus complexes, payés via Payoneer, un service qui permet de recevoir de l'argent depuis l'étranger puis de le retirer sur un compte ivoirien. Koffi Kouassi, 24 ans, monte des vidéos depuis Abobo, entre 20 000 et 100 000 francs CFA par commande. Sinnin Kouadio, 28 ans, gère les réseaux sociaux de plusieurs petites entreprises étrangères depuis Marcory, facturées entre 50 000 et 200 000 francs CFA par mois et par client. Pauline Traoré, 26 ans, traductrice freelance depuis Cocody, travaille pour des cabinets juridiques et des agences de communication en Europe, à des tarifs variables selon la longueur et la technicité des documents. Neuf profils, autant de spécialités. Aucun de ces travailleurs indépendants numériques n'a de statut juridique reconnu en Côte d'Ivoire.

Doutchin Diarra



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