« L’indice des normes de masculinité en Côte d’Ivoire s’établit à 57/100. Et 96% des personnes interrogées en Côte d'Ivoire estiment que le rôle le plus important d'un homme est de subvenir aux besoins financiers de sa famille ». C’est ce que révèle entre autres le rapport de l’Enquête nationale sur les Normes de Masculinité en Côte d’Ivoire (EMASCI) publié par le Centre de développement de l'Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE) et la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD). Ledit rapport a été présenté au cours d’une cérémonie le 30 juin 2026 à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody.
Intitulé « Masculinité et égalité femmes-hommes : Perspectives de la Côte d'Ivoire et du Sénégal », ce rapport indique que la Côte d’Ivoire est le premier pays pour lequel l’indice des normes de masculinité a été calculé sur des données nationales représentatives. La notion de masculinité se réfère aux rôles, comportements et attributs associés à l’être masculin et considérés comme des normes pour les garçons et les hommes dans une société donnée. L’indice varie de 0 à 100. Le nombre 0 indique qu’il n’y a aucune adhésion aux normes restrictives de masculinité. Quant au nombre 100, il traduit l’adhésion totale à ces normes. Selon le rapport de l’enquête EMASCI, la Côte d’Ivoire a 57/100 comme indice des normes de masculinité. L’enquête a été fait auprès de 1 530 ménages dans les 33 régions en ce qui concerne la Côte d’Ivoire. Côte d'Ivoire. Elle a couvert 8 zones linguistiques et s’est déroulée de septembre à octobre 2025. Au Sénégal l’enquête était basée sur des données qualitatives issues d'entretiens approfondis et d'ateliers participatifs. Dans les deux pays, une même tendance se confirme. « Les normes de masculinité s'organisent autour du rôle de principal pourvoyeur financier, de l'exercice de l'autorité et du contrôle, avec des conséquences directes sur l'égalité des chances entre les femmes et les hommes », selon le rapport.
Une fracture générationnelle préoccupante
Ainsi en Côte d’Ivoire, l’enquête a révélé que 96% des personnes interrogées estiment que l’homme doit seul, « subvenir aux besoins financiers de sa famille ». Plus de 90 % des hommes déclarent ressentir un stress chronique à l'idée de ne pas pouvoir assumer ce rôle. L’on note une disparité entre les régions du pays au niveau des normes de masculinité. Le Nord enregistre un score d'environ 65, contre 53 pour Abidjan et le Sud. Il ressort également du rapport une « fracture générationnelle particulièrement préoccupante », selon le communiqué de la direction de la Communication de la CUEFPOD. Les jeunes hommes de 15 à 24 ans affichent les niveaux d'adhésion aux normes restrictives les plus élevés, alors que les jeunes femmes du même âge sont les plus progressistes. Ce sont donc des tensions intragénérationnelles qui pourraient faire surface dans les dix à vingt prochaines années si elle n'est pas adressée par « des politiques ciblées ». L'étude établit également un lien direct entre adhésion aux normes restrictives et perpétration de violences. Il ressort qu’en Côte d'Ivoire, environ 30 % des femmes et 20 % des hommes ont subi des violences conjugales au moins une fois.
Valorisation des compétences féminines et promotion d'une masculinité positive
Prenant la parole lors de cette cérémonie de lancement du rapport EMASCI, Mme Euphrasie Kouassi Yao, titulaire de la CUEFPOD et présidente du Groupe technique consultatif (GTC)s’est dite confiante quant aux résultats de l’étude. « J'ai foi que les résultats de l'étude sur la masculinité, avec les statistiques qui les accompagnent, nous permettront à toutes et à tous de voir, de toucher du doigt les problèmes, et d'apporter des solutions concrètes et mesurables à nos actions futures », a-t-elle dit. Cette étude sur la masculinité, a-t-elle poursuivi, rappelle que « La valorisation des compétences féminines et la promotion d'une masculinité positive doivent aller ensemble. ». Investir dans l'une sans transformer l'autre limiterait l'impact recherché.
Hyeshin Park, représentant l’OCDE à cette cérémonie a déclaré que « la Côte d'Ivoire est pionnière ». Elle est le premier pays à disposer de données quantitatives représentatives au niveau national sur les normes de la masculinité. Elle espère que bien d’autres pays suivront les pas de la Côte d’Ivoire.
La ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant Mme Nassénéba Touré, présidente de la cérémonie était représentée par son directeur de Cabinet M. Moussa Diarrasouba. Des représentants de bien d’autres ministères technique et des représentation diplomatiques notamment le Sénégal, ont également pris part à la cérémonie.
Diomandé Karamoko





