Huit cents signalements d'amas d'ordures en une seule journée sur les réseaux sociaux. C'est le chiffre révélé par le ministre de l'Hydraulique, de l'assainissement et de la salubrité, Amédé Koffi Kouakou, lors de sa visite au siège de l'Agence nationale de gestion des déchets (ANAGED) le 10 juin 2026. Une centaine seulement ont été traités dans le délai de soixante douze heures, imposé aux opérateurs. Les 700 restants ont attendu. Abidjan produit plus de 5 000 tonnes de déchets par jour, selon UN-Habitat. La collecte effective n'en couvre que 3 000.
La saison des pluies aggrave tout. Les déchets non ramassés sont dispersés par les eaux et envahissent les caniveaux. Chaleur et humidité accélèrent leur décomposition. Les risques de choléra, de fièvre typhoïde et de maladies diarrhéiques progressent. « Chaque année, nous vivons les mêmes problèmes. Dès qu'il pleut fortement, les rues sont inondées et les maisons sont menacées », confie Mory Soro, un habitant de Yopougon
L'ANAGED, créée par le décret n° 2017-692 du 25 octobre 2017 et placée sous tutelle du ministère, n'est pas inactive. Depuis 2019, elle a doté en matériel de salubrité plusieurs communes du territoire national. En 2024, 83 communes ont été retenues pour recevoir des tracteurs, tricycles, débroussailleuses et équipements de protection. 65 d'entre elles avaient réceptionné leurs dotations à fin d'année. En février 2025, le ministre de la Salubrité a inauguré la station de traitement des boues de vidange d'Anyama-Yapokoi, d'une capacité de 300 m³ par jour. En février 2026, une troisième réunion du comité conjoint de coordination du projet de planification et d'amélioration de la gestion durable des déchets solides dans le grand Abidjan s'est tenue à Cocody, en présence de l'Agence japonaise de coopération internationale (JICA). Elle vise la réalisation d'un schéma directeur prenant en compte les réalités terrain de chaque commune. Le centre de valorisation et d'enfouissement technique (CVET) de Kossihouen, bâti sur 100 hectares, affiche une capacité de traitement d'un million deux cent cinquante mille tonnes de déchets par an, soit 90 % des déchets produits dans le District. À terme, le méthane produit par la décomposition des déchets devrait alimenter une unité de production d'énergie électrique.
Surveillance du BNETD et de l’ ANAGED
Sur le volet contrôle, les activités des opérateurs sont soumises à la surveillance permanente du BNETD et de l'ANAGED. En septembre 2024, le ministère a mis en place un Comité de suivi des contrats de partenariat public-privé (PPP) pour évaluer les performances des opérateurs. Les conventions de délégation de service public prévoient des sanctions pécuniaires en cas de manquement au cahier des charges. Mais aucune n'aurait été appliquée publiquement à ce jour. En décembre 2022, le ministre Bouaké Fofana avait menacé ECO EBURNIE de sanctions après une baisse de cadence sur Yopougon, Marcory, Treichville et Port-Bouët. L'opérateur s'était exécuté sans qu'une pénalité soit prononcée officiellement. En juin 2026, une nouvelle injonction formelle a été adressée aux opérateurs sous peine de sanctions administratives. Même scénario : reprise partielle, sans sanction documentée et publique.
163,5 milliards de francs CFA mobilisés
Selon le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2025-2027, les recettes affectées au Fonds de financement de la salubrité urbaine atteignent 151 milliards de francs CFA pour 2026. Auxquels s'ajoutent 12,5 milliards de francs CFA issus de la Taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM). Soit 163,5 milliards de francs CFA mobilisés pour une ville sous les ordures. Les habitants paient leur écot : 40 % de l'impôt foncier et la TEOM de 2 000 francs CFA sur les factures d'électricité sont reversés à l'ANAGED, selon Business & Actuality. La redevance prélevée directement sur les factures de la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE) ne génère pourtant qu'environ trois milliards de francs CFA par an, selon Connectionivoirienne. Une somme dérisoire face aux coûts logistiques réels. Ce déséquilibre structurel place l'ANAGED à la merci des arbitrages de la direction générale du Budget et du trésor public. Lorsque l'État retarde ses décaissements, l'effet domino est immédiat : l'ANAGED accumule des arriérés de paiement envers ses prestataires, selon une source interne citée par nordsud.info. L'ancien ministre du Commerce Jean-Louis Billon, le 8 juin 2026, a parlé d'« une vraie calamité ».
Doutchin Diarra





