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Kibarou . France-Afrique : vers la fin de l’aide publique au développement ?

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La coopération entre la France et l’Afrique change de visage et de réalité. La notion de pré carré, qui l'a longtemps caractérisée, au profit des pays francophones singulièrement, n’est plus de mise. Qu’on se le tienne pour dit. Désormais et plus que jamais, la France ira partout en Afrique sans tenir compte des barrières linguistiques. Les francophones n’ont qu’à bien se tenir donc. Car il est fini le facteur favorisant de la langue française et celui du statut d’ex-colonies françaises. C’est que Emmanuel Macron entend jouer à fond sur le multilatéralisme. En dépit de la mise à mal qu’inflige, au quotidien, les états d’âme de Donald Trump, à cette bien vieille disposition onusienne.

Et le choix du Kenya pour révéler ce changement de fond, dans la coopération franco-africaine n’est guère fortuit. Pays à l’économie la plus performante de l’Afrique australe, le Kenya également considéré comme la quatrième grande économie africaine, reste aussi ouvert sur ses voisins immédiats que sont l’Ouganda, la Tanzanie, l’Ethiopie, le Sud Soudan. Ceux-ci seront des marchés potentiels pour les multinationales françaises. Dans cette partie de l’Afrique, où se trouvent déjà représentées nombre de grandes entreprises mondiales, avec pour point d’ancrage le Kenya, ce sont plus de trois cent entreprises françaises qui sont allées à la séduction de ce marché régional. Ce qui révèle le caractère hautement économique que Macron entend dorénavant privilégier, au détriment du politique, dans la coopération franco-africaine. On a constaté la présence de plus de sept mille hommes d’affaires à ce sommet de Nairobi, qui aura été un cadre privilégié de business, pour plus de 15 000 milliards de francs CFA d’investissement attendus avec assurance.

Dans les ex-colonies françaises, comme dans les autres parties du continent, l’on a apprécié et cru à la véracité de la volonté de ce changement des rapports France-Afrique. Du moins nous l’espérons, au regard de la participation de plus de trente Chefs d’État du continent à ce sommet. Aussi appartiendra-t-il à chacun des États de l’espace francophone africain de reconsidérer sa coopération tous azimuts avec la France. En la ramenant, chacun, à la hauteur de ses intérêts économiques surtout. Par l’entremise de vrais partenariats gagnant-gagnant. Qui ne devront être assortis de discours évocateurs d’un certain passé sombre de la colonisation qu’on ne cesse de rappeler, pour réaffirmer une certaine souveraineté politique. Alors qu’au même moment, avec beaucoup de mièvreries, l’on tend politiquement une main demandeuse de différents types de soutiens et d’appuis divers, à d’autres puissances étrangères hors du continent.

A Nairobi, l’on n’a que très peu parler de politique véritable. Simplement parce que c’est l’action économique, aux profits équitablement partagés, qui devra désormais dominer les rapports avec la France. Aussi revient-il aux Etats africains d’afficher des opportunités d’investissement économique plus attractives. Plus incitatives, résolument tournées vers la création de richesses nouvelles, pour le bonheur de leurs populations. Dès lors, la traditionnelle aide publique au développement, devenue insuffisante en volume et en efficacité et toujours assujettie à des considérations ou préalables d’ordre politique, ne sera plus une composante essentielle, voire incontournable de la coopération franco-africaine. En tout cas, tout porte à le croire. Au regard du caractère éminemment économique du sommet de Nairobi qui, faut-il le souligner, marque un nouveau départ pour cette coopération à travers laquelle seuls les investissements seront privilégiés.

Ainsi, c’est aux Africains qu’il revient de penser et de définir, dans un esprit de partenariat équitable – disons-le avec insistance –,les types d’investissements économiques qu’ils veulent pour leurs peuples. Alors, sans complexe aucun et de conditionnalité servant une quelconque idéologie ou conviction politique, il leur appartient de s’approprier pleinement ce nouveau cadre de coopération.

Moussa Ben Touré


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