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Côte d’Ivoire. Protection mystique des biens privés : les fétiches sont-ils efficaces ?

Publié le :

Fétiche sur un tas de briques à Alépé.

Sur un tas de briques dans un quartier en construction à Alépé, dans la région de La Mé, au Sud de la Côte d’Ivoire, est posé un fétiche composé de plusieurs objets hors d’usage, principalement des chaussures. Avec sur un bois planté, un fanion de couleur rouge. Souvent, ce sont de vieilles lampes tempête ou des coquilles d’escargots qui sont accrochées sur des arbres fruitiers ou même plantées dans des plantations. Ces fétiches sont utilisés pour protéger des biens privés. Mais sur le terrain, le recours à ce moyen de dissuader ou de faire passer de vie à trépas des éventuels voleurs est diversement appréciée.

S. Colette, enseignante :Je place des fétiches juste pour intimider

« Je place des fétiches sur mes bananiers juste pour intimider ou effrayer les éventuels voleurs. Et depuis que j’utilise ces fétiches, mes régimes de bananes ne sont plus volés. Mais, je sais qu’il y a des gens qui l’utilisent pour faire du mal. Ce sont les paroles prononcées avant de les placer qui peuvent agir ».

B. Bénié, opérateur économique :Ces fétiches n’ont aucun effet

« En réalité, tous ces fétiches que nous voyons ça et là n’ont aucun effet. C’est une question de foi. C’est aussi psychologique sinon ils ne font rien du tout. Dans mon village par exemple, il y avait beaucoup des manguiers dans la cour d’un monsieur. Sur chaque manguier, il avait placé des fétiches. Mais à son absence, nous cueillions les mangues et nous les mangions à volonté. Personne n’a trouvé la mort ».

B. Eunice, ménagère :J’ai vraiment peur des fétiches

« J’ai vraiment peur des fétiches. C’est pourquoi je conseille à mes enfants de ne jamais s’approcher d’un arbre fruitier sur lequel se trouvent des fétiches ni même jouer dans un tas de sable où il y en a. Dans certains villages, certaines personnes sont mystiquement mortes. De bouche à oreille, nous avons appris que c’est parce qu’elles ont volé dans des plantations où il y avait des fétiches ».

L. Bertin, guide religieux :Tout est permis mais tout n’est pas utile

« On ne peut pas s’opposer à la manière de voir des gens. Chacun est libre de faire ce qu’il veut. Qu’ils sachent cependant que tout est permis mais tout n’est pas utile. Pour moi, ce sont les incrédules qui ne croient pas à l’œuvre de Dieu ».

En définitive, l’usage des fétiches pour protéger des biens privés continue de susciter débats et interrogations à Alépé. Entre croyances ancestrales, quête de sécurité et perceptions divergentes, cette pratique reste toujours ancrée dans certaines habitudes sociales et a même de beaux jours encore devant elle.

Tanoa Josiane

Correspondant régional


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