Devant les institutions de Bretton Woods réunies à Washington, le ministre ivoirien des Mines, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a chiffré le pillage aurifère et réclamé, le 16 avril 2026, un mécanisme mondial de certification de l'or. En jeu : 435 tonnes annuelles qui s'évaporent des circuits formels sur le continent africain, rapporte Afrik Soir.
Le chiffre frappe. Chaque année, 142 tonnes d'or quittent la Côte d'Ivoire sans jamais figurer dans aucun registre officiel. Converti en argent, ce flux clandestin représente 4 600 milliards de francs CFA de manque à gagner pour un pays qui ambitionne de faire du secteur minier un pilier de son développement. Au siège de la Banque mondiale, face aux représentants du G7, des pays producteurs et acheteurs d'or et au World Gold Council, Sangafowa-Coulibaly a été direct : « Il faut éviter que l'or illégal continue d'alimenter la vulnérabilité de nos communautés. »
Sa proposition centrale : un mécanisme global de certification inspiré du Processus de Kimberley, le dispositif international créé en 2003 pour enrayer le commerce des diamants de guerre. L'objectif est identique, tracer chaque gramme d'or depuis le site d'extraction jusqu'au marché final, pour assécher les circuits qui contournent les États. Le World Gold Council (organisation mondiale de l'industrie aurifère), présent à Washington, reconnaît que la traçabilité reste le maillon faible de la chaîne aurifère mondiale. L'orpaillage artisanal en est le point le plus vulnérable : il représente près de 20 % de la production mondiale.
Mercure et cyanure
Le ministre ivoirien a aussi pointé une menace moins visible mais aussi grave : la circulation incontrôlée de mercure et de cyanure, deux substances massivement utilisées dans l'orpaillage clandestin. Interdites dans de nombreux pays, elles continuent d'alimenter des réseaux parallèles, empoisonnant sols, cours d'eau et populations riveraines. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) estime que l'orpaillage artisanal est aujourd'hui la première source mondiale de pollution au mercure, devant l'industrie charbonnière.
Face à l'ampleur transfrontalière du phénomène, Abidjan plaide pour un cadre international associant États, institutions financières et secteur privé, complété par un renforcement de la coopération au sein de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). La répression seule ne suffit pas : le ministre défend une formalisation progressive de l'orpaillage artisanal, l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), pour transformer une activité subie en levier d'emploi et de revenus fiscaux. En Côte d'Ivoire, plus de 7 000 sites illégaux ont déjà été démantelés ; le Programme national de rationalisation de l'orpaillage est en déploiement.
Selon une étude de l'ONG suisse Swissaid publiée en 2024, au moins 435 tonnes d'or ont été exportées en contrebande du continent africain en une seule année, soit l'équivalent de 31 milliards de dollars. La majorité transite vers Dubaï, qualifiée de « plaque tournante internationale du commerce de l'or », avant d'être légalement réexportée vers d'autres pays, sans que son origine africaine soit jamais mentionnée. Tant que l'aval de la chaîne ne sera pas régulé, aucune action en amont ne suffira.
Doutchin Diarra
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