Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l'Azawad (FLA) ont frappé simultanément Bamako, Kati, Kidal, Gao, Mopti, Sévaré et Bourem. À Kati, où se situe le camp Soundiata Keïta, principale base militaire du pays, un attentat au véhicule piégé a détruit la résidence du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, tué dans cet attentat. À Bamako, des combats ont éclaté dans les rues et aux abords de l'aéroport international. Des analystes décrivent une « vaste offensive coordonnée à un niveau inédit depuis 2012, lorsque le gouvernement a perdu la moitié du pays ».
Dans son communiqué de revendication, le JNIM affirme avoir pris Kidal « après une opération réussie menée contre l'armée malienne et les mercenaires du corps russe avec la participation de nos partenaires du FLA ». L'alliance affichée entre les deux groupes, longtemps antagonistes, constitue une rupture stratégique. Pour Me Oumar Konaré, avocat au barreau du Mali, le précédent remonte à 2012 : « une telle coopération a déjà existé entre ces deux groupes armés lorsqu'ils s'emparaient du nord du Mali. » Leurs objectifs divergent pourtant profondément : autonomie territoriale pour le FLA, instauration de la charia sur l'ensemble du territoire pour le JNIM, une contradiction qui, historiquement, a provoqué leur rupture après chaque victoire commune.
Le 25 avril, le JNIM a affirmé contrôler « la totalité de la ville de Mopti » et « la plupart des bastions de l'armée à Sévaré et à Gao ». Les Forces armées maliennes (FAMA) et les forces russes de l'Africa Corps se sont retrouvées assiégées dans leurs camps à Kidal et à Gao, dès le premier jour des combats. Le lendemain, un accord a permis aux soldats russes de se retirer. Les FAMA ont, par ailleurs, indiqué dans un communiqué du 25 avril que « les attaques ont fait 16 blessés, civils et militaires confondus, pris en charge par les structures médicales, les opérations de ratissage continuent » et que « la situation est sous contrôle ».
Un fléau
La CEDEAO a présenté ses condoléances aux familles des victimes et appelé « tous les États, forces de sécurité et mécanismes régionaux à s'unir dans un effort coordonné » contre ce qu'elle désigne comme un « fléau ». Le ministère russe des Affaires étrangères a condamné, dans la nuit du 25 avril, des « actions des terroristes » qu'il juge représenter une menace directe contre la stabilité du Mali.
Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a aussi condamné fermement les actes de violence, exprimé sa solidarité avec le peuple malien et appelé à une réponse internationale coordonnée face au terrorisme.
Deux jours avant l'offensive, le Conseil national de transition malien avait adopté à l'unanimité quatre projets de loi scellant l'intégration juridique du pays au sein de la Confédération de l'Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont membres depuis janvier 2025. Quelques semaines plus tôt, Bamako avait également décidé de ne plus reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD), rompant avec une position diplomatique vieille de soixante ans, une décision qui, selon Me Oumar Konaré, a encore davantage tendu les relations avec l'Algérie.
La bataille de Tinzaouaten, en juillet 2024, avait déjà infligé aux FAMA et à leurs alliés russes, une défaite sévère face aux mêmes groupes (Fondation méditerranéenne d'études stratégiques). Le 25 avril 2026 marque leur retour en force sur sept fronts à la fois.
Doutchin Diarra
ENCADRÉ
QUI SONT LES DEUX GROUPES ?
Le JNIM : jihadistes affiliés à Al-Qaïda
Fondé le 1ᵉʳ mars 2017, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) est né de la fusion d'Ansar Dine, de la Katiba Macina, d'Al-Mourabitoune et de la branche sahélienne d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Son chef, Iyad Ag Ghali, Touareg malien né en 1958 dans la région de Kidal, a prêté allégeance à Al-Qaïda. Le groupe a progressivement étendu ses opérations du Mali au Burkina Faso, au Niger, au Bénin et au Togo. Objectif déclaré : instaurer la charia sur l'ensemble du territoire malien.
Le FLA : indépendantistes touareg
Créé le 30 novembre 2024 à Tinzaouatène, le Front de libération de l'Azawad (FLA) regroupe d'anciens mouvements séparatistes : le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), le Haut Conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA), des factions du Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) et du Groupe d'autodéfense touareg imghad et alliés (GATIA). Tous réclament l'indépendance de l'Azawad, nom donné au nord du Mali. Son porte-parole est Mohamed Elmaouloud Ramadane.
Selon Seidik Abba, journaliste et spécialiste du Sahel, « il faut placer la création du FLA dans le contexte de la rupture de l'accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d'Alger ».
D. D.





