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Côte d'Ivoire. Les terres de culture s’épuisent sous l’effet des fertilisants

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Les sols ivoiriens s'épuisent sous l'effet des produits censés les rendre fertiles. Pauline Zéi, directrice de l'Institut africain pour le Développement économique et social (INADES)-Formation Côte d'Ivoire et ingénieure agronome, tire la sonnette d'alarme dans un entretien accordé à l'Agence ivoirienne de Presse (AIP) le jeudi 24 avril 2026, à l'occasion de la Journée internationale de la Terre nourricière célébrée le 22 avril.

Des études menées à Korhogo, Bouaké, Daloa et Abidjan révèleraient des dépassements des seuils réglementaires de résidus de pesticides dans les sols, les eaux et les produits agricoles. Les producteurs sont les premiers touchés — souvent sans équipement de protection, parfois victimes d'intoxications graves. Les femmes, très présentes dans l'agriculture vivrière, sont particulièrement vulnérables. « Par ruissellement, ces substances contaminent les ressources en eau, aggravant les impacts environnementaux », précise l'experte. À long terme, la dégradation des sols comprime les rendements, accélère le déclin des pollinisateurs et fait peser une menace directe sur la sécurité alimentaire.

À ces dégâts s'ajoute l'orpaillage clandestin. Destruction des terres agricoles, déforestation, pollution des cours d'eau : « cette activité compromet les moyens de subsistance des populations rurales et accentue les risques pour la santé humaine », résume Pauline Zéi.

Un frein structurel aggrave le tableau : l'absence d'une plateforme nationale centralisée pour consolider les données de pollution. « Plusieurs études existent, mais il manque un dispositif national pour regrouper les informations », reconnaît l'experte. Premier producteur mondial de cacao selon l'Organisation internationale du cacao (ICCO), la Côte d'Ivoire dépend directement de la santé de ses sols pour maintenir cette position.

Face à ce diagnostic, l'INADES-Formation plaide pour une transition vers l'agroécologie. « Elle permet de concilier productivité, protection de l'environnement et santé publique », soutient Pauline Zéi. Agroforesterie, associations culturales, compost organique : les pratiques s'adaptent à chaque contexte et réduisent les coûts liés aux intrants. Dans certains cas, des espèces animales disparues sont revenues — signe mesurable d'une restauration en cours.

Depuis 2021, l'organisation déploie la campagne « Conscience alimentaire » pour encourager une alimentation durable. Pour 2026, un projet triennal entièrement dédié aux femmes et aux jeunes est annoncé, centré sur le fonio et le sorgho et couvrant l'ensemble de la chaîne de valeur. « La transition vers l'agroécologie demande un temps d'adaptation, mais à moyen et long terme, elle améliore la fertilité des sols et stabilise les rendements », conclut Pauline Zéi. Les assises nationales réclamées par les acteurs de la filière devront dire si ces pratiques alternatives trouveront un cadre institutionnel pour s'imposer à grande échelle.

Doutchin Diarra


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