Dès son entrée en fonction, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a voulu remettre le pays “sur le pied de guerre”. La Maison-Blanche espère y parvenir en sollicitant les grandes industries civiles, en particulier le secteur automobile, comme durant la Seconde Guerre mondiale. Un objectif ambitieux, mais qui arrive bien tard, alors que la guerre au Moyen-Orient épuise les stocks de munitions.
La guerre contre l’Iran, que Donald Trump voulait courte et décisive, a viré à l’embrasement régional dont la conclusion ne semble guère visible à l’horizon, les négociations n’ayant débouché sur rien de durable. Cela n’arrange pas les États-Unis, et encore moins leurs alliés dans la région, confrontés aux frappes iraniennes. D’autant que les munitions s’épuisent, en particulier les missiles intercepteurs tirés par les systèmes de défense Patriot et THAAD.
“Nous disposons de quantités pratiquement illimitées de ces armes”, rassurait Donald Trump devant la presse le 11 mars dernier. “Les guerres peuvent durer éternellement.” Un optimisme démenti par les données brutes: la production mondiale d’intercepteurs Patriot n’était que de 620 unités en 2025. Or, les États-Unis et Israël, ainsi que les pays du Golfe confrontés aux projectiles iraniens, avaient tiré plus de 11.000 projectiles de tout type rien que durant les quinze premiers jours du conflit.
Les risques d’une guerre qui se prolonge
Même si les stocks américains sont supposés importants (les chiffres restent classifiés), le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, avertissait déjà le Conseil national de sécurité le 23 février dernier des difficultés à prolonger une opération contre l’Iran. Et détourner les munitions destinées à l’Ukraine ne peut marcher qu’un temps pour retarder la pénurie.
La Maison-Blanche travaille toutefois à une solution, selon le Wall Street Journal: encourager les acteurs privés qui ne sont pas liés au complexe militaro-industriel à se lancer dans la filière des munitions. Des discussions ont déjà eu lieu entre de hauts responsables de la Défense et des représentants de grandes firmes, dont Mary Barra, directrice générale de General Motors, et Jim Farley, PDG de Ford Motor. GE Aerospace et le constructeur de véhicules et de machines Oshkosh seraient également impliqués.
Cette sollicitation des géants américains de l’automobile rappelle l’époque de “l’arsenal de la démocratie”, l’immense complexe militaire créé par les États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale, où les chaînes d’assemblage d’entreprises telles que Ford avaient été converties pour produire des chars ou des avions, rappelle Géo.
Un nouvel “arsenal de la démocratie”
“Le ministère de la Défense s’engage à développer rapidement la base industrielle de défense en tirant parti de toutes les solutions et technologies commerciales disponibles afin de garantir à nos combattants un avantage décisif”, a souligné un responsable du Pentagone au Wall Street Journal mercredi dernier.
Dès novembre dernier, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, disait vouloir mettre le pays “sur le pied de guerre” en fournissant à l’armée des “véhicules, munitions et autres équipements militaires” à moindre coût, en mobilisant les grandes industries civiles.
De grandes déclarations qui tombaient bien avant que l’administration Trump ne se lance dans des aventures militaires, avec l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela, puis avec la campagne de bombardements contre l’Iran.
La participation du secteur automobile est particulièrement convoitée, car celui-ci dispose “d’atouts majeurs”, selon Foster Ferguson, ancien officier du corps des Marines spécialisé dans la logistique. “Il est rompu aux économies d’échelle, il maîtrise la réduction des coûts et il a l’habitude de produire en série des pièces complexes avec une grande exigence de qualité”, explique-t-il au média américain. Il ne fournirait toutefois pas des produits finis comme durant la Seconde Guerre mondiale, mais plutôt des composants bien précis.
Des pénuries dans le Golfe
Les États-Unis, dont les industries sont protégées par deux océans, ont pu s’ériger en “arsenal du monde libre” au siècle dernier, à partir du réarmement massif de 1941. Le pays a pu entièrement équiper de neuf sa propre armée tout en soutenant ses alliés britanniques, mais aussi soviétiques et chinois, dans leur guerre contre l’Allemagne et le Japon.
La production et la logistique ont toujours été des piliers de la puissance américaine. Si cet âge d’or fait rêver à la Maison-Blanche, il faut néanmoins souligner que ces déclarations interviennent au moment où l’Amérique est déjà empêtrée dans un conflit dont elle ne sait comment sortir. Et que les messages alarmistes sur les stocks de munitions, voire de produits de première nécessité, se multiplient au sein des unités déployées dans le Golfe.
Wall Street Journal





