L'Institut Français d'Abidjan a accueilli, le mercredi 15 avril 2026, deux pièces du catalogue MASA : cinquante minutes, puis quarante-cinq. Du Burundi à la Côte d'Ivoire, deux compagnies, deux histoires de corps abîmés et de paroles arrachées.
À 14 h 30, la salle se fait attentive. Trois silhouettes, figées dans la pénombre. Progressivement, la lumière les révèle. Un chant en langue du pays monte en off. Sur une tablette côté cour, un homme est couché. Son nom, Lamine, l'appelle. Il se réveille, reste immobile, le regard perdu comme s'il cherchait à remonter le temps.
« Et si je les tuais tous, Madame ? », texte et mise en scène d'Aristide Tarnagda (Burkina Faso), porté par la compagnie burundaise Inâ Culture, sous la direction de Roberto Michael Molisho, ne raconte pas une histoire linéaire. Elle porte une parole. Celle de Lamine, homme brisé par l'exil et les rêves fracassés, qui interpelle une conductrice à un feu rouge pour ne pas sombrer. Deux escabeaux, une tablette, trois corps : la scénographie dépouillée concentre toute l'énergie sur le jeu.
« Bons acteurs avec une profondeur de jeu doublée d'énergie », témoigne Kim Scora, étudiant en master Théâtre, qui relève toutefois que les douches lumineuses insuffisamment réglées laissaient les visages dans l'ombre.
Sa chose
À 16 h 30, le plateau change de visage. Un homme entre. Visage blanchi de poudre, costume impeccable, chaussettes blanches et souliers noirs. Caesar, interprété par Konan Kouassi, salue le public, le remercie d'être venu voir son spectacle. Puis il crie un nom : Saardjie. Une femme enchaînée apparaît. Il la présente comme « sa chose », la traîne sur scène, lui ordonne de faire le pitre. Ouonmane Yasmine Jessica incarne cette femme réduite à l'état d'objet avec une précision qui glace : le public, sensible, murmure de colère et d’indignation face à la brutalité.
« Saardjie, la Vénus oblitérée », texte et mise en scène de Damey Maho, compagnie Gué-Zo (Côte d'Ivoire), rejoue l'histoire vraie de Saartjie Baartman. Née vers 1789 au Cap, cette femme khoïsan fut exhibée à Londres puis à Paris sous le surnom de « Vénus hottentote ». Elle mourut à 26 ans en 1815. Son corps fut disséqué et conservé au Muséum national d'histoire naturelle de Paris. La tragédie-comédie de Damey Maho oscille entre le grotesque du bourreau et la résistance de Saardjie. Il fallut attendre 2002 pour que ses restes soient restitués à l'Afrique du Sud, où elle reçut des funérailles nationales.
Dans la salle, Mme Dibéki, commerçante, n'a pas caché son trouble. « C'est magnifique. La brutalité de Caesar m'a touchée. On dirait la réalité », confie-t-elle, avant d'ajouter : « Je me demande si je pourrai trouver le sommeil cette nuit ».
Le MASA 2026 a posé, dans ces représentations, la question de ce que l'Afrique fait de ses blessures.
Doutchin Diarra
GENERATED_OK
-
Consultez notre charte des commentaires
COMMENTAIRES
publicitéPLUS D'ARTICLES
-
68e session du Conseil international du sucre au Kenya: la Côte d’Ivoire confirme son rôle moteur dans la durabilité de l’économie sucrière mondiale
-
Côte d’Ivoire. La disponibilité de l'eau au cœur de la célébration de la « Journée de l’Afrique »
-
Gabon : un ancien international retrouvé mort
-
Côte d'Ivoire. Agriculture : cap sur un nouveau programme d'investissement
-
Côte d’Ivoire : Le gouvernement aux côtés des déguerpis de Koumassi Campement
-
Côte d’Ivoire. « Une jeune fille instruite deviendra une femme agissante » (Dominique Ouattara)
-
Côte d’Ivoire - Bénin. Coopération bilatérale et sécurité régionale au menu de la rencontre entre Wadagni et Ouattara
-
Côte d’Ivoire. Communication institutionnelle : vers une synergie renforcée entre les structures agricoles
-
Côte d’Ivoire. Protection de l'enfance : Onze brigades speciales anti-traite installées
-
Côte d’Ivoire. Autoroute du nord : La BOAD accorde 30 milliards de FCFA pour le prolongement
-
Côte d’Ivoire. La gestion des déchets ne sera pas confiée aux maires
-
Côte d’Ivoire - Vendeurs ambulants : Gagner son pain en risquant sa vie
-
Madagascar :Ministère de l’injustice ?
-
Côte d’Ivoire. Déguerpissement : il n’y a plus de « Zimbabwé » à Abidjan
-
Côte d’Ivoire. Abidjan sous les ordures : Amédé Kouakou menace les opérateurs
-
Côte d’Ivoire. L’influenceur Apoutchou National et Lionel PCS condamnés à 3 et 5 ans de prison pour blanchiment de capitaux
-
Côte d’Ivoire. Gouvernance du numérique : Abidjan au cœur des règles
-
Arsenal : La réaction incroyable des supporters avec le maillot de Gabriel après son penalty manqué
-
Coupe du monde de football : 40 billets à gagner
-
Côte d’Ivoire- Éducation : Les filles dépassent les garçons d'une courte tête au CEPE
-
Kibarou . A la conquête des touristes chinois
-
Usa: Marche arrière sur la nouvelle règle pour les demandes de résidence permanente
-
Exemption de visa bientôt entre Abidjan et Yaoundé
-
Côte d’Ivoire : Dominique Ouattara alloue des fonds supplémentaires pour l’autonomisation des femmes
-
Côte d’Ivoire. Bruno Koné poursuit la réforme de la Chambre d'Agriculture
-
Côte d’Ivoire. Cybercriminalité : Détournement sur mobile money
-
Côte d’Ivoire - États Unis : Nialé Kaba et Ibrahima Touré conviennent des axes prioritaires
-
Face aux bombes russes : l’Ukraine pleure ses morts et refuse de plier, quatre ans après
-
Côte d’Ivoire.Foncier rural à Facobly : le temps de la certification
-
Coupe du monde 2026: “Des régimes étrangers se livrent à des manœuvres d’intimidation aux États-Unis”
-





