publicité

Societe

Côte d'Ivoire. « L’ instabilité du réseau électrique freine l'attractivité industrielle » (Diabaté Gabriel Djibril)

Publié le :

Pour M. Diabaté Djibril l'industrie de pointe exige un signal de courant stable, sans bruit (Photo : D.D.)

L’instabilité du réseau électrique ivoirien est aujourd'hui le principal frein à l'attractivité industrielle du pays, en dépit d'une capacité de production qui fait de la Côte d'Ivoire le premier exportateur net d'électricité de la sous-région ouest-africaine. C'est le constat fait par Diabaté Gabriel Djibril, ingénieur ivoirien en électricité et automatisme établi aux États-Unis, de passage à Abidjan, lors d'un entretien accordé à Lebanco.net le mercredi 8 avril 2026. Il documente le coût réel de ces instabilités : une entreprise étrangère, dont l'implantation aurait engendré 8 000 emplois directs, a renoncé à s'installer en Côte d'Ivoire, invoquant les fluctuations du réseau, et a opté pour l'Asie.

L'ingénieur, qui milite depuis trente ans pour le développement industriel de son pays, pose un diagnostic précis : ce que l'industrie de pointe exige, ce n'est pas seulement du courant, c'est un signal stable, sans « bruit », dans un spectre de tolérance extrêmement étroit. Les équipements de haute technologie, automates, robots, machines-outils à commande numérique, sont conçus pour des environnements où la tension et la fréquence ne varient pas au-delà de seuils précis. En dehors de ces marges, les systèmes s'arrêtent ou s'endommagent. « Une micro-coupure de quelques millisecondes peut anéantir une ligne de production entière ou endommager des machines de haute précision extrêmement coûteuses », prévient-il, citant en référence le modèle vietnamien, où la stabilité du signal a été érigée en priorité nationale. Le Vietnam est aujourd'hui le deuxième exportateur mondial de téléphones mobiles, une position construite sur deux décennies de réforme structurelle de son réseau électrique.

Diabaté Gabriel Djibril récuse toute lecture qui ferait de ces lacunes un déficit de compétences locales. « Le problème n'est pas humain, il est purement technique », affirme-t-il. Les instabilités observées relèvent de la configuration et de l'optimisation des flux face à une urbanisation rapide. Sur les solutions, l'ingénieur est lapidaire : « la science est universelle. Les solutions existent et ont été éprouvées. » Un constat que les autorités ivoiriennes ont traduit en actes : en début d'année 2026, le directeur général de CI-Énergies a annoncé un plan d'urgence de 700 milliards de francs CFA pour renforcer la production et la qualité de la distribution à Abidjan et à l'intérieur du pays.

L'enjeu est également spatial. La concentration des activités industrielles dans le corridor Abidjan–San Pedro contraste avec le potentiel productif des régions intérieures. Bouaké, capitale économique du Centre, et Korhogo, au Nord, disposent d'atouts fonciers, logistiques et humains. Mais sans garantie de continuité électrique, aucun investisseur en équipements sensibles ne s'y engagera. « Un industriel ne s'installera pas à Bouaké, Korhogo ou San Pedro s'il n'a pas la certitude que ses équipements de pointe seront protégés », dit l'ingénieur.

Son message aux décideurs est direct : « L'électricité est le système nerveux de l'industrie. Si les nerfs tremblent, le corps ne peut pas travailler, peu importe sa force physique ou sa volonté. »

Doutchin Diarra

ENCADRÉ : Le secteur électrique ivoirien en chiffres

Avec une capacité installée d'environ 3 000 mégawatts en 2024, la Côte d'Ivoire est le premier exportateur net d'électricité d'Afrique de l'Ouest. Elle alimente le Mali, le Burkina Faso, le Liberia, la Guinée et le Togo, dans le cadre du Système d'échanges d'énergie électrique ouest-africain (EEEOA). Le taux d'accès national à l'électricité atteignait 80,2 % en 2023, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), contre 33 % en 2011. Le secteur est géré en concession par la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE), sous tutelle de CI-Énergies, l'organe public de gestion du secteur. Le gouvernement vise 5 128 MW de capacité installée à l'horizon 2030.

D. D.




GENERATED_OK



publicité

FIL INFO

10 avril 2026

Hommage à Mahamane Hamèye Cissé : Le Mali pleure un monument de la presse libre

10 avril 2026

80 ans du Pdci-Rda : Tidjane Thiam magnifie l’héritage, le Rhdp marque sa présence

10 avril 2026

À l’approche des pourparlers, Trump demande à Netanyahu de “se calmer”

10 avril 2026

Forum urbain africain : à Nairobi, le Gabon s’affirme comme un acteur structurant de la ville intelligente

10 avril 2026

Plus de 40 000 déplacés à la suite des combats entre l'AFC/M23 et les Wazalendo à la limite du Nord et Sud-Kivu



Fanico

‎Daouda Coulibaly 31 mars 2026
Non à l'exposition publique des plaques d'immatriculation
Claude Sahy 26 mars 2026
Avec Alassane Ouattara, les résultats concrets d’un diplomate exceptionnel
Gbi de Fer 22 février 2026
Gbi de Fer : « Raymonde Goudou, je t’avais prévenue »
Mandiaye Gaye 12 janvier 2026
À propos de la révision de la constitution et la réforme des institutions.


publicité
publicité