Tablettes de chocolat, barres chocolatées, œufs de Pâques, pâtes à tartiner… À l’approche de Pâques, le chocolat se décline sous toutes ses formes dans les centres commerciaux d’Abidjan. Petit bémol, des prix souvent hors de portée de l’Ivoirien moyen, et le chocolat ne fait toujours pas partie des ses habitudes alimentaires, malgré la place historique de premier producteur mondial de cacao qu’occupe le pays.
Édouard Kouadio, informaticien, se souvient que son grand-père possédait un champ de cacao. Pourtant, celui-ci n’avait jamais goûté au chocolat. « Avec mes cousins, nous lui en avons fait manger pour la première fois. Nous lui avons expliqué que le cacao qu’il produisait servait à fabriquer du chocolat. Il était surpris. Il disait ne pas savoir que son cacao pouvait être transformé en un tel produit », raconte-t-il.
Le constat a de quoi surprendre. Le chocolat ne fait pas partie des habitudes alimentaires en Côte d’Ivoire, alors même que le pays est le premier producteur mondial de cacao, matière première essentielle à sa fabrication. « Enfant, je n’avais pas l’habitude de manger du chocolat. Mes parents ne m’en achetaient pas, et je pense que c’est le cas de beaucoup d’Ivoiriens. Aujourd’hui encore, j’en consomme, mais très rarement », poursuit Édouard Kouadio. À cela s’ajoute la question du coût, souvent jugé élevé. « Je mange rarement du chocolat, mais si les prix étaient plus accessibles, j’en consommerais davantage », confie Yasmine, étudiante en comptabilité.
Une culture imposée
Pour comprendre pourquoi le chocolat ne fait pas partie des habitudes de consommation des Ivoiriens, il faut remonter dans le passé. Pour la petite histoire, le cacao est un arbre originaire d’Amérique, introduit en Côte d’Ivoire durant la période coloniale. Selon des informations rapportées par « Le Monde diplomatique », les populations locales privilégiaient les cultures vivrières et s’intéressaient peu à celle du cacao. Elles s’y sont finalement mises sous la contrainte des autorités coloniales.
Résultat ? des générations de cultivateurs ont produit du cacao sans en maîtriser les usages ni les débouchés. « Le cacao nous a été présenté comme une culture d’exportation. Les Ivoiriens ne l’ont pas perçu comme une matière qu’ils pouvaient transformer pour obtenir un produit comme le chocolat. Nous sommes restés dans une position de producteurs, et non de consommateurs », explique Fulbert Koffi, chocolatier ivoirien.
Il y a quelques années, ce dernier a fondé le Chocoladrome, un espace dédié à la dégustation de chocolat et de produits dérivés du cacao. « Nous avons lancé notre premier chocolat le 20 décembre 2020. C’est surtout par activisme que je suis arrivé à la chocolaterie. Depuis longtemps, je défends la transformation et la valorisation de nos produits locaux », souligne-t-il.
Pour séduire une clientèle locale, l’entrepreneur mise sur des saveurs inspirées du terroir ivoirien. Chocolat au baobab, au néré, à la mangue ou encore au gingembre….. autant de saveurs différentes choisies pour conquérir le marché local.
Des ateliers pour démocratiser le chocolat
En Côte d’Ivoire, l’intérêt pour la transformation du cacao se fait ressentir. De plus en plus d’acteurs ivoiriens s’y engagent et les initiatives se multiplient pour favoriser l’appropriation du chocolat. Parmi ces initiatives, figurent Les ateliers de chocolat organisés à Grand-Bassam, par Choco+, une unité de production de chocolat noir. L’objectif visé est d’initier le public à la fabrication artisanale du chocolat. « Pendant environ quatre heures, les participants visitent d’abord une plantation de cacao. Ensuite, ils apprennent à fabriquer du chocolat avec des ustensiles du quotidien et repartent avec leurs propres créations », explique Kouamé André, responsable commercial de Choco+.
Mais, ces ateliers attirent encore peu de participants locaux. D’après le responsable commercial, environ 25 % des participants sont ivoiriens, le reste étant constitué de touristes. « L’Ivoirien considère que ce n’est pas une priorité de participer à ce genre d’atelier. Malgré nos campagnes sponsorisées sur les réseaux sociaux, l’engagement reste faible », regrette-t-il.
De Lima Soro





