Tout commence par le mariage. C’est une union entre deux êtres, par amour, par intérêt ou par force. Et l’on vit alors à deux. Quand il s’agit d’un mariage monogamique. Avec des hauts et des bas. Les deux protagonistes mûrissent, changent, évoluent en même temps que le monde autour d’eux. Et leur union aussi. Parfois le couple se raffermie, parfois il se délite. Et quelques fois arrive un moment où le couple doit se séparer. Soit parce que c’est la volonté de l’un, soit c’est d’un commun accord. C’est le divorce. Qui peut se faire soit à l’amiable, soit en contentieux. Dans le premier cas, les deux anciens partenaires s’asseyent, discutent et s’entendent sur les modalités de la séparation. Tu prends ceci, je prends cela, je garde les enfants, tu paies la pension, etc. Lorsque cela se passe au contentieux, cela prend parfois une forme violente, l’on se lance des noms d’oiseaux, on échange quelques fois des coups, et l’on se quitte fâchés. Quand il s’agit d’un homme et d’une femme, dans le monde moderne, cela se termine au tribunal et c’est un juge qui tranche. Dans les sociétés traditionnelles, cela se passe en fonction des coutumes de la société en question. Mais il arrive parfois que le mariage soit de fait. Il a été fait sans respect d’aucune loi ou coutume. C’est ce que l’on appelle le concubinage. Le divorce se passe alors selon le bon vouloir des deux partenaires.
Dans la société internationale, il y eut des mariages forcés entre pays colonisés et pays colonisateurs. Dans les années soixante, il y eut une sorte de divorce entre ces pays, suivie d’une sorte de concubinage. Cela dura quelques décennies. Puis il y eut ici et là des grincements de dents, des suspicions, des accusations d’infidélités, de violences physiques et psychologiques, et des ruptures.
Les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) ont choisi la rupture contentieuse avec leur amant, la France. Avec eux, ce ne sont pas seulement des noms d’oiseaux qui ont volé, mais aussi les assiettes, les verres, les cuillères, les meubles, tout y est passé. Aujourd’hui les anciens amants ne se parlent plus.
La France qui était polygame en réalité avait d’autres concubines sur le continent, dans la même région. Celles-là comprirent elles aussi qu’il était temps de rompre également. Parce que les temps avaient changé, elles aussi, les enfants avaient grandi et comprenaient difficilement que leurs amis assument leur majorité alors qu’eux étaient toujours sous la coupole de leur père. Mais ces concubines-là choisirent de rompre en douceur, par entente mutuelle. C’est ce qui se passa avec un pays comme la Côte d’Ivoire. Ou le Bénin. Il y a séparation, certes, mais l’ancien amant est resté joignable et il peut donner un coup de main à l’ancienne compagne en cas de nécessité. Comme ce fut le cas lorsque le Bénin fut confronté à la tentative de coup d’Etat d’un certain colonel Tigri. Un ex avec qui on a toujours de bonnes relations et qui peut toujours rendre service, c’est quand même mieux qu’un ex que l’on hait et que l’on passe son temps à insulter. Surtout que les retours de flammes ne sont pas impossibles.
Ainsi l’on apprend que les Etats de l’AES sont en train de renouer avec les Etats unis, et au nom de cette reprise, on s’est abstenu dans le Sahel de condamner la guerre entre les Etats Unis et l’Iran. Il ne faut pas qu’un mot mal placé énerve le grand blond de la Maison Blanche que l’on dit très susceptible. N’est-ce pas ce que l’on appelle la realpolitik ? Alors, si l’on renoue avec le Grand Satan, serait-il incongru de penser que l’on pourrait à terme renouer avec le Petit Satan et les Minuscules Satan ? Surtout lorsque c’est l’un des Tout-petits Satan qui permet d’avoir de l’électricité et du carburant ? En Afrique centrale le Tchad avait fermé les bases militaires françaises. La Centrafrique avait, elle aussi, annoncé qu’elle préférait désormais la Vodka au Cognac. Le président du Tchad est allé récemment à Canosa, pardon, à l’Elysée, semble-t-il pour dire que la rupture avec la France était juste une blague, et le président Touadera de Centrafrique a recommencé à boire du vin de Bordeaux. Realpolitik, realpolitik. Dans les relations internationales, il ne faut jamais dire jamais.
Et en fin de compte, je crois qu’une rupture en douce, sans trop de bruit, vaut mieux qu’une séparation bruyante suivie d’une réconciliation qui ressemble à une reddition.
Venance Konan





