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Politique

Tribune - Illusions d’arsenal au Burkina Faso : la guerre ne se gagne pas sur écran

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Des missiles fantômes, une alliance bien réelle, et un front qui s’effondre au sol : le décalage est total.

Depuis début 2026, des images virales ont annoncé l’arrivée de systèmes sol-air russes au Burkina Faso. En réalité, aucune livraison n’est confirmée. Derrière cette vitrine trompeuse, l’armée burkinabè continue de faire face, presque seule, à une guerre asymétrique qui s’intensifie. Promesses non tenues et stratégie mal adaptée : le partenariat avec Moscou peine à produire des effets concrets.


Le symbole était fort, presque trop beau pour être vrai. Un convoi de missiles S-300 ou Pantsir, censé traverser le Burkina Faso, relayé massivement sur les réseaux sociaux. Une armée qui changerait enfin de dimension, portée par son rapprochement avec la Russie. Sauf que la séquence est fausse : images générées par intelligence artificielle, absence totale de confirmation indépendante. L’illusion d’une montée en puissance.


Sur le terrain, la réalité est que depuis 2024, l’effort d’équipement s’est essentiellement concentré sur une poignée d’hélicoptères (Mi-35 et Mi-171Sh ) utiles pour l’appui et la surveillance, mais loin de répondre à la nature du conflit. La guerre que mène le Burkina Faso ne se joue pas que dans les airs, elle se gagne , ou se perd, au sol.


Engins explosifs improvisés, embuscades, attaques éclairs : en 2024, ces modes opératoires ont provoqué plus de 1 500 morts en 111 attaques. Une guerre d’usure, mobile, imprévisible, où la technologie lourde pèse peu face à la connaissance du terrain et à la dispersion des groupes armés. Le contraste entre l’arsenal affiché et les besoins opérationnels est saisissant.


Sur le papier, pourtant, le partenariat sécuritaire avec la Russie avait de quoi séduire : équipements modernes, montée en puissance rapide, reprise du contrôle sécuritaire. Dans les faits, le bilan reste maigre. Aucune livraison d’armes lourdes n’a suivi le sommet Russie-Afrique de 2023. La coopération se limite à des formations ponctuelles, sans effet structurant sur les capacités. Quant à la présence de l’Africa Corps, estimée entre 200 et 300 hommes, elle demeure marginale face à l’ampleur de la menace.


Pire : la situation sécuritaire s’est aggravée. Le Burkina Faso reste l’un des épicentres mondiaux du terrorisme, avec une explosion des violences depuis 2022. Les accusations visant les forces russes se multiplient : priorité donnée à la protection du régime et à l’exploitation des ressources minières, au détriment de la lutte antiterroriste. Un schéma déjà observé au Mali, où la présence de Wagner n’a pas endigué la progression djihadiste.


Pendant ce temps, la crise humanitaire s’enracine. En 2025, près d’un quart de la population dépend d’une aide d’urgence. Deux millions de déplacés internes, plus d’un million d’enfants en malnutrition aiguë, des millions de personnes en insécurité alimentaire : le front social s’effondre lui aussi.


Au fil des mois, le partenariat avec Moscou dessine un rapport déséquilibré. Peu d’équipements, peu de résultats sécuritaires, mais une influence croissante et un accès renforcé aux ressources. Les conséquences sont lourdes : attaques en hausse, finances publiques sous pression, calendrier politique repoussé au nom d’une stabilité qui tarde à venir.

Une question demeure : à force de miser sur une puissance affichée mais absente, le Burkina Faso ne s’est-il pas trompé de combat ?

Wakili Alafé



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