Avec les élections législatives partielles du weekend dernier, nous avons définitivement bouclé le cycle des élections. En principe les prochaines, qui seront les municipales et régionales, n’auront lieu que dans deux ans. Si le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) a perdu ces deux dernières élections, l’équilibre des forces politiques reste cependant le même à l’Assemblée nationale. Nous avons toujours un RHDP largement majoritaire, un Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) réduit à sa plus simple expression et un Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) fantomatique qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Le PDCI n’est d’ailleurs pas sorti de la tourmente, puisque son président refuse toujours de rentrer au pays, et cela commence sérieusement à irriter plusieurs militants de ce parti qui réclament à voix de plus en plus haute son remplacement. Sans compter que sa propre négligence dans l’affaire de sa nationalité française et son refus de désigner quelqu’un d’autre comme candidat à l’élection présidentielle ont privé la PDCI de participer à cet important rendez-vous, ce qui n’a pas été du goût de plusieurs autres militants. Continuera-t-il de diriger son parti depuis l’Europe ou les Etats Unis ? Sous quel prétexte d’ailleurs ? Aucune poursuite n’est engagée contre lui, ni aucun mandat d’arrêt émis à son encontre, à notre connaissance. Lorsque l’on sait les dangers, parfois mortels, que des leaders tels que Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ont affronté dans ce pays tout au long de leurs carrières politiques, on peut s’interroger sur les réelles motivations du président du PDCI. Croyait-il qu’après avoir passé plus de vingt ans à renier la Côte d’ivoire, il lui suffirait de revenir au pays pour qu’on le conduise à la présidence de la République sous les acclamations ? Et parce qu’il n’a pas obtenu ce qu’il voulait, il est allé bouder sans son coin en Europe où il se sent à l’évidence beaucoup mieux qu’en Côte d’Ivoire ?
Je crois que si le PDCI veut vraiment compter sur la scène politique ivoirienne et avoir des chances raisonnables d’exercer un jour à nouveau le pouvoir, il devrait être réaliste, abandonner cette histoire de descendance ou d’ethnie d’Houphouët-Boigny, et se donner un président qui serait un vrai homme ou une vraie femme politique, qui connaitrait vraiment son parti et son pays, et qui aurait vraiment envie de se donner à son parti. Ce genre d’homme et de femme existe bien au PDCI. Il est vrai qu’avec son pedigree, Thiam semblait être l’homme parfait pour diriger le parti d’Houphouët-Boigny et Konan Bédié : descendant d’Houphouët-Boigny, parcours de premier de la classe, excellente carrière dans le milieu de la haute finance internationale, très important carnet d’adresse, compte en banque très conséquent. Sauf que tout cela ne donne pas forcément un bon homme politique. En matière de politique, en Côte d’Ivoire tout le monde reconnaît que le génie était Houphouët-Boigny, celui que le général de Gaulle qualifiait de cerveau politique de premier ordre. Mais il n’avait pour tout « bagage intellectuel », comme on dit chez nous, qu’un diplôme de « médecin africain ». De même, lorsque l’on regarde le CV d’Henri Konan Bédié, il cochait toutes les cases pour succéder à Houphouët-Boigny et faire avancer le pays. Mais nous avons vu comment son règne a divisé la Côte d’Ivoire, comment il a perdu le pouvoir et comment il n’a plus jamais pu le reconquérir jusqu’à sa mort. Alors, le PDCI devrait courageusement reconnaître qu’il s’est trompé, que l’erreur est humaine, et changer de cheval. Sinon il ira de crise en crise en perdant chaque jour du terrain sans que des victoires telles que celle de Toumodi n’arrivent à compenser le recul.
Au niveau du PPA-CI je crois qu’il n’y a rien à dire. Gbagbo a créé son parti pour sa femme et lui. Pour ne pas s’ennuyer. Et pour se faire désirer, il avait annoncé qu’il quitterait la présidence de son parti après son congrès. Et comme il fallait s’y attendre, son parti l’a supplié de rester et il a accédé à cette requête. Pour ne pas faillir à sa réputation, il a joué au trublion lors de l’élection présidentielle, a conduit certaines personnes à se faire arrêter, ce qui lui donne l’occasion de jouer son rôle favori, celui du persécuté, qui se bat de toutes ses forces pour faire libérer ses compagnons persécutés comme lui. Ça l’occupe, vu qu’il a refusé à son parti d’avoir une chance de siéger à l’Assemblée et jouer un rôle dans le pays. Sinon, pour ce qui est de la politique nationale, le PPA-CI s’est mis hors-jeu. Ses militants finiront par s’en aller un à un, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Gbagbo, sa femme et un petit carré d’obligés.
Venance Konan






