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Culture

Quelle histoire !

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Il y a du côté d’Assinie les îles Ehotilé, et sur l’une d’elles se trouvent deux fûts de canon français datant, m’avait-on dit, de l’époque du roi français Louis XIV. Lorsque je les visitais il y a quelques années, ils étaient en train de s’enfoncer dans la vase. L’un d’eux y était déjà presqu’entièrement enfoncé. À ma connaissance ces deux fûts de canon n’ont toujours pas encore été retirés de la vase. Combien cela coûterait à la Côte d’Ivoire d’aller tirer ces deux fûts de canon de la boue ? Pas grand’chose. Quel est l’intérêt de les sortir de la boue ? C’est parce qu’ils témoignent d’une partie de notre histoire, celle concernant notre rencontre avec la France à une certaine époque. Pour ce que je sais, nos premières rencontres avec les Français se déroulèrent à Assinie, d’où d’ailleurs un prince, Aniaba, fut envoyé au roi Louis XIV qui l’éleva, le fit baptiser par le célèbre évêque Bossuet et en fit un officier de son armée avant qu’il ne revienne dans son pays où l’on perdit se traces. Il n’y a nulle trace de cette histoire à Assinie ou dans les environs, ou ailleurs dans ce pays. A part peut-être ces deux fûts de canon. Et pourtant, cette histoire aurait pu être une bonne source de revenus pour la région d’Assinie si l’on avait su comment développer un tourisme mémoriel autour d’Aniaba et de nos échanges avec la France de cette époque. Dans la même région, il y a le village d’Elima où furent créées la première école de Côte d’Ivoire et la première plantation de café. C’est toujours à Elima que fut construite la première maison de type européen dans notre pays. Il existe encore des traces de cette école, de cette plantation, et cette maison est toujours là. Ailleurs on aurait développé un tourisme mémoriel autour de tout cela afin d’attirer des touristes et générer des ressources. Mais nous sommes la Côte d’Ivoire. Pourquoi aller chercher des ressources ailleurs, dès lors que l’on a le café, le cacao, les orpailleurs et bientôt beaucoup de pétrole ? Et puis, est-ce qu’Assinie ne se suffit pas à elle-même comme cela ?

Une autre histoire dont on trouve encore des traces à Sassandra, Jacqueville et dans plusieurs autres localités est celle de la traite des Noirs. Oui, chez nous aussi il y eut commerce d’esclaves et certains lieux en ont gardé la mémoire. Il y a notamment à Sassandra une maison par où transitèrent les futurs esclaves. On pourrait en conserver la mémoire comme on l’a fait ailleurs, au Sénégal ou au Bénin par exemple. Il y a aussi l’histoire du peuple Baoulé dont on dit que son nom lui fut donné lorsque sa première reine sacrifia son fils pour lui permettre de franchir le fleuve Comoé. L’on peut dire que ce peuple est né à cet endroit et au moment où eut lieu le sacrifice. Cet endroit pourrait être retrouvé et devenir un lieu de pèlerinage pour tout le peuple Baoulé. Et l’on pourrait y construire un musée par exemple. Ou un parc d’attraction pour faire revivre ce moment fondateur des Baoulé. Mais il se trouve que les Baoulé sont champions dans la culture du café et du cacao. Pourquoi aller chercher des revenus avec l’histoire des Baoulé ? Ou celle de l’esclavage ? C’est quelle histoire ça ?

Nous avons plusieurs endroits chargés d’histoires, tels que Kong, Kouto, Samatiguila, Man, Yamoussoukro, Tabou, Grand Bassam… qui possèdent des sites ou des monuments magnifiques, mais il est évident que nous ne savons pas comment en tirer profit. Quand je pense à tout cela, je vois en même temps l’Afrique du sud avec tous ses monuments et musées consacrés à Nelson Mandela, le mémorial dédié aux Afrikaners, les monuments qui commémorent les grandes dates et batailles de l’histoire du pays. Nous avons eu nous aussi notre grand homme qui s’appelle Félix Houphouët-Boigny, le premier président de ce pays que nous appelons tous le « père de la nation », celui qui fit abolir le travail forcé et donna l’indépendance à ce pays. Il est en train de tomber dans l’oubli, parce que nous n’avons pas été fichus de transformer son domicile en musée ou de lui en construire un. Nous n’avons pas été fichus de lui construire une statue digne de lui, même dans son village où il est enterré, d’organiser des visites sur les lieux où il a vécu ! Je pense aussi au Bénin. Notre histoire est aussi riche d’évènements que nous pourrions commémorer. Dites-moi, cela nous ruinerait vraiment de mettre en valeur nos richesses culturelles et historiques, ainsi que les grands personnages qui ont façonné notre histoire ?

Venance Konan





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