Plus de 115 000 demandeurs d'asile, venus du Burkina Faso, du Mali, de la Guinée et du Ghana, mettent à rude épreuve les capacités d'accueil de la Côte d’Ivoire. Réuni le jeudi 12 février 2026 au Palais présidentiel, le Conseil national de Sécurité en a fait le constat. Le Président président Alassane Ouattara a donné des instructions en vue de renforcer la sécurité aux frontières du Nord, tout en maintenant le cap sur l'engagement humanitaire. Dans un communiqué, la Présidence souligne que cette situation reflète le rôle singulier de la Côte d'Ivoire, devenue un îlot de stabilité dans une région secouée par les crises.
L'ampleur de cette vague migratoire représente un défi sans précédent pour Abidjan. « Le nombre total de demandeurs d'asile dépasse désormais les 115 000 personnes », indique le communiqué officiel. Cette augmentation soudaine s'explique par la détérioration continue de la sécurité chez les voisins, particulièrement au Burkina Faso et au Mali, où des groupes armés contrôlent de vastes territoires. La Guinée, elle, peine à retrouver un équilibre politique depuis le coup d'État de 2021.
Pour donc faire face à cet afflux de personnes désespérées, le gouvernement ivoirien avance sur deux fronts. D'un côté, il maintient et renforce l'aide humanitaire, en ligne avec ses engagements internationaux. « L'enregistrement biométrique des réfugiés se poursuit, avec le soutien de nos partenaires », précise ledit communiqué. Cette aide ne profite pas seulement aux nouveaux arrivants ; elle bénéficie aussi aux communautés locales qui les accueillent. Une approche saluée par le Haut Commissariat aux Réfugiés, qui y voit un modèle de solidarité régionale.
De l'autre côté, le Président Ouattara a ordonné « un renforcement significatif des moyens sécuritaires aux frontières nord. » Le Chef d'État-Major général des Armées, récemment promu Général d'Armée, a reçu pour mission d'y déployer des effectifs supplémentaires. Une décision qui tombe à point nommé, alors que la menace terroriste continue de progresser vers le sud, comme l'ont montré les incursions armées dans le nord du pays entre 2020 et 2021.
Un contexte sécuritaire globalement amélioré
Mais un obstacle de taille entrave ces efforts : le manque criant de couverture du réseau internet dans ces zones frontalières. « Cela limite l'efficacité de notre dispositif sécuritaire », reconnaît le Conseil. Pour y remédier, le Premier Ministre devra accélérer le Programme national de Connectivité rurale, qui vise à apporter internet dans les zones isolées. Le Président a même évoqué des solutions satellitaires, une technologie déjà testée avec succès ailleurs au Sahel.
Cette gestion de crise s'inscrit dans un contexte sécuritaire globalement amélioré. Selon les chiffres présentés, l'indice de sécurité est passé de 3,6 en 2012 à 1,53 en 2025, soit une baisse de 77,5%. Le Président a d'ailleurs félicité les forces de sécurité pour leur rôle lors des élections de 2025, saluant leur « posture dissuasive ». Le nouveau Vice-Premier Ministre en charge de la Défense incarne cette volonté de maintenir le pays comme un havre de stabilité.
Reste la question épineuse du retour des réfugiés. Après une expérience concluante avec le Ghana, pour le retour de milliers de réfugiés ivoiriens de la crise post-électorale 2010-2011, Abidjan aimerait lancer des programmes similaires avec d'autres pays, ce qui demandera une coordination étroite avec Ouagadougou, Bamako et Conakry. En attendant, la Côte d'Ivoire doit naviguer entre fermeté sécuritaire et solidarité humaine : un équilibre délicat, pour un pays qui sait que sa propre stabilité dépend aussi de celle de ses voisins.
Doutchin Diarra






