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Rencontre. Dans l’univers d’Obasanjo, l’ancien Président revenu à la terre

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À Abeokuta, dans le Sud-Ouest du Nigeria, mardi 16 décembre 2024 : il est 14 heures lorsque la délégation de l’Association des fonctionnaires internationaux ivoiriens (AF2I), accompagnée de l’Association des ivoiriens résidant au Nigeria, vient à la découverte d’un lieu emblématique, intimement lié au parcours de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, un enfant issu d’un milieu modeste, devenu chef de l’État.

La visite commence par la bibliothèque présidentielle, un vaste complexe qui réunit musée, centre d’archives et espaces de mémoire. Conçu comme un lieu de transmission, le site retrace les grandes étapes de la vie d’un homme dont le destin s’est confondu, à bien des égards, avec l’histoire contemporaine du Nigeria. Parmi les objets exposés, certains retiennent particulièrement l’attention des visiteurs. Une bicyclette, utilisée par le jeune Obasanjo pour se rendre à la ferme, symbolise une jeunesse marquée par le travail et la discipline. Plus loin, des véhicules militaires ayant servi durant la guerre civile nigériane de 1967 à 1970 rappellent une période sombre de l’histoire nationale, au cours de laquelle Obasanjo occupa des fonctions militaires de premier plan, jusqu’à la capitulation du Biafra le 15 janvier 1970.

La cellule dans laquelle Olousegun Obasanjo a été emprisonné.


De la prison à la présidence

Le parcours muséal se poursuit avec une série de véhicules liés à des moments clés de sa vie personnelle et politique : celui qui l’a conduit en prison, puis celui qui l’a ramené hors de prison après plusieurs années de détention. Cette succession d’images et d’objets illustre symboliquement un passage « de la prison à la présidence », mettant en évidence une trajectoire faite de résilience. D’autres pièces évoquent son retour sur la scène politique, notamment la voiture blindée utilisée lors de la campagne présidentielle de 2003 ou encore des équipements liés aux systèmes de communication du pays.

Une salle entière est consacrée à sa vie personnelle. La reconstitution de la cellule dans laquelle il fut détenu constitue l’un des espaces les plus marquants de la visite. Le toit délabré, le réchaud rudimentaire, le seau servant à la toilette : chaque détail plonge le visiteur dans la rudesse des conditions de détention. Le musée conserve également des lettres de personnalités internationales, parmi lesquelles la reine Elizabeth II et George Bush, ainsi que plusieurs distinctions honorifiques. Un buste en bronze, offert par le président Félix Houphouët-Boigny, rappelle aussi les liens entre dirigeants africains de cette génération.

À la mi-journée, changement de décor. La délégation se rend au marché d’Itoku au Nigéria, réputé pour être le marché de l’indigo d’Abeokuta. Contrairement à l’image souvent bruyante des marchés africains, celui-ci surprend par son calme et son organisation. Les allées sont bien aménagées, les étals ordonnés, donnant parfois l’impression d’un centre commercial à ciel ouvert. Le marché est spécialisé dans la vente des pagne indigo, symbole du savoir-faire local. Les visiteurs observent, touchent, marchandent parfois, même si certains estiment que les prix ne sont pas toujours abordables, possiblement à cause de la barrière linguistique. Pour d’autres, comme David ou Romaric Essis, l’expérience reste positive : un marché vivant, créatif, où l’artisanat nigérian s’exprime pleinement.

« Vous êtes allé au sommet, mais vous êtes revenu à la terre »

Le moment fort de la journée reste toutefois la rencontre avec Olusegun Obasanjo lui-même. Autour de l’ancien président se réunissent plusieurs personnalités, dont le directeur général de l'Institut international d’agriculture tropicale (IITA) , Dr Simeon Ehui, le directeur de la planification stratégique et chef de cabinet, Dr Ibnou Dieng, la présidente de l’Association des fonctionnaires internationaux ivoiriens, Ursule Keïta Tapé, ainsi que des participants ivoiriens et nigérians. Les échanges, empreints de respect, portent sur le leadership, l’engagement et le sens du devoir.

Dans son intervention, Ursule Keïta Tapé salue un parcours qu’elle qualifie d’exemplaire : « Vous avez commencé modestement, avec une vision claire. Vous êtes allé au sommet, mais vous êtes revenu à la terre », souligne-t-elle. Le Président Obasanjo partage alors ses « 20 règles d’or », pour les jeunes leaders. Au nombre desdites règles il y a celle- ci : « Soyez humbles, mais pas soumis », ou encore celle qu’il juge la plus importante : « Ayez la crainte de Dieu et soyez pieux ». Un message fort, porté par une vie marquée par l’épreuve, l’emprisonnement, puis la rédemption politique.

Par-delà des frontières, cette rencontre souligne une réalité : « les peuples africains partagent une histoire, des valeurs et des aspirations communes » rappelle Mme Tapé. À Abeokuta, mémoire, quotidien et avenir se sont ainsi croisés, laissant aux visiteurs une leçon durable : celle qu’un destin, aussi brisé soit-il, peut toujours se reconstruire.

Claude Eboulé

Envoyée spéciale au Nigeria 


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