Dans le discours du 31 décembre 2025, le président a évoqué une probable révision de la Constitution et des réformes des institutions, mais cela de façon vague et sans aucune précision. Alors le Sénégal est précisément confronté actuellement à des questions sérieuses, fondamentales de justice, démocratie et libertés publiques relatives à la vie de la nation qui nécessitent la révision de la Constitution et les réformes de certaines institutions.
Comme l’a stipulé la Constitution, le président de la République doit nécessairement, soumettre au référendum les lois constitutionnelles qui constituent la colonne vertébrale de la Constitution et touchent aux fondamentaux de l’État de droit. À savoir, les lois relatives à la souveraineté, aux institutions et aux droits fondamentaux des citoyens. Mais également, les révisions constitutionnelles, comme la limitation du mandat présidentiel ou l’organisation des pouvoirs, afin d’assurer une large légitimité populaire. Oui, eu égard à l’importance capitale de ces questions, elles exigent de larges concertations de la nation qui vont, au-delà des limites de l’Assemblée nationale donc, à soumettre au peuple par référendum pour approbation. Autrement dit, les questions relatives à la révision de la Constitution et aux réformes des institutions ne doivent pas se traiter en privé, en cercle fermé en quatre murs à l’Assemblée nationale.
Le président de la République n’a pas été assez précis dans son discours. Il a même été très laconique en tergiversant et faisant des jeux de mots, à propos d’une éventuelle révision constitutionnelle et des réformes institutionnelles. Mais il faut craindre que cette annonce ne soit que des réformettes inutiles et sans intérêt, comme d’habitude.
Pourtant, le président de la République dispose déjà d’une solide base de données riches avec les Conclusions des Assises nationales et propositions de la CNRI. Et ces conclusions pertinentes répondent largement aux questions de gouvernance démocratique et des institutions qui se posent au Sénégal actuellement.
Cette riche moisson est le produit de cadres haut niveau des Assises nationales, elle est mise gracieusement à la disposition du pouvoir. Ces Assises ont vu la participation des spécialistes éminents, tous les secteurs d’activité et compétences avérées du pays comme de la diaspora. Ils étaient tous des patriotes acquis totalement à cette noble cause. Les Conclusions des Assises nationales sont le produit de citoyens volontaires de toutes conditions sociales avec des expériences solides incontestables, tant au Sénégal que dans la diaspora. Ces derniers s’étaient tous engagés volontairement et bénévolement, par patriotisme et don de soi pour leur pays.
Par conséquent, il n’y avait pas lieu de tenir encore des assises, appelées pompeusement de la justice ; sinon pour gaspiller de l’argent, mais surtout, disculper des militants-pilleurs et voyous qui avaient maille à partir avec la justice de leur pays. La preuve, au regard de la composition du conclave mis sur place, celui-ci comportait en grande partie les militants du Parti au pouvoir ; les prisonniers de droit commun de leur Parti, libérés à la faveur de la loi d’amnistie et non, assez de personnes-ressources avec des compétences avérées dans plusieurs disciplines notamment, en matière de justice.
Pourtant, le pouvoir a bien connaissance de l’existence du Pacte de Bonne Gouvernance Démocratique des Assises nationales ; Pacte qu’il a d’ailleurs signé, ce qui signifie un accord et une adhésion aux conclusions des Assises et des propositions de la CNRI. Mais pourquoi dès lors, le président appelle-t-il à nouveau à des assises de la justice et un dialogue national dont les conclusions dorment jusque-là quelque part ? Mais pourquoi reprend-il inutilement les mêmes questions, déjà parfaitement traitées par les Assises nationales ? À dire vrai, cette reprise inopportune n’est rien d’autre que du populisme et vouloir enrichir son futur bilan avec des reprises de travaux déjà effectués et sans qualité ou vouloir créer de l’originalité.
Au demeurant, la valeur des institutions est à l’aune de ce que les personnes qui les incarnent et les dirigent valent. C’est-à-dire ces personnes-là doivent être compétentes, rigoureuses et honnêtes à tous égards, ce qui se reflèterait sur les institutions. Effectivement, même si des institutions sont parfaitement bien conçues, elles sont vouées à l’échec, lorsqu’elles les personnes qui les dirigent sont dépourvues de probité morale et de compétence avérée et les valeurs susvisées. À défaut, ces institutions-là passeront dans ce cas-là, à côté de leur mission fondamentale. Puisqu’elles ne seront pas en mesure de veiller et d’appliquer strictement les tâches qui leur sont dévolues, notamment la justice dans les règles de l’art. Autrement dit, les dirigeants corrompus, incompétents ou lèche-bottes, des institutions sont au service exclusif de l’exécutif pour exécuter, docilement sans réfléchir, les ordres reçus. Exactement, comme ce qui se passe aujourd’hui dans le domaine de notre justice ! Oui, cette dernière exécute les ordres reçus de l’exécutif sans se référer aux textes et lois en vigueur au détriment des citoyens justiciables, non proches du pouvoir.
Mais tous ces changements d’intitulés des institutions sont insignifiants. Cette gymnastique intempestive de va-et-vient procédée par chaque régime, à son arrivée au pouvoir, puisqu’elle n’apporte aucune valeur en profondeur ou qualité aux institutions concernées. Car, elle ne porte précisément que sur la forme (la dénomination) c’est-à-dire un changement superficiel et non de contenu ? Un changement de forme (l’habillement) et non du contenu suranné, pour une amélioration, une perfection et le progrès social, est inopportun et inutile. Oui, puisque l’objectif fondamental et essentiel d’une réforme des institutions, c’est de leur apporter une plus-value en progrès et performance pour l’intérêt des citoyens.
Par exemple, quelle est la pertinence de changer la CENA qui a fait ses preuves par un travail remarquable en organisant plusieurs élections dans de parfaites conditions sans aucune contestation ; par une CENI que l’on a abandonnée, certainement, pour des motifs d’insatisfaction ?
La révision de la Constitution et la réforme des institutions ont toutes pour objectif principal ; l’amélioration et la consolidation de l’État de droit, des acquis démocratiques, des libertés publiques et individuelles, la bonne gouvernance démocratique, une justice sociale équitable, etc.
Toute révision de la constitution qui touche à sa colonne vertébrale et son système nerveux ; comme les lois organiques et les principaux articles du code électoral, des domaines très sensibles en matière électorale sont donc, à exclure du champ de compétence et ressort des prérogatives de l’Assemblée nationale. Et compte tenu de leur importance capitale, leur modification doit relever exclusivement du peuple, par voie de référendum. Le président de la République, gardien de la constitution et garant des institutions, doit être une sentinelle qui veille scrupuleusement à l’application exacte de la constitution. Et à ce titre, il a un impérieux devoir de veiller afin d’éviter toute violation de la constitution par abus de pouvoir ; pour assouvir des ambitions politiques personnelles, hors de la légitimité et la démocratie.
L’Assemblée nationale est actuellement, le bras armé du Parti au pouvoir qui y détient une majorité écrasante et contrôle son fonctionnement à sa guise et en roue libre. Ce qui permet la violation avec la complicité du président, même les droits élémentaires de l’opposition parlementaire. C’est ainsi d’ailleurs que l’Assemblée nationale se permet de modifier à la faveur du Parti au pouvoir, tous les textes qui existaient et qui ne leur conviennent pas, pour faire comme bon leur semble. Eh oui, cela est justement possible, parce qu’il n’existe malheureusement pas, des garde-fous pour empêcher une telle pratique, dictatoriale de Parti unique.
Voilà pourquoi il est temps et urgent que le Sénégal se dote et dispose enfin ; d’une Constitution consensuelle qui rassure tout le monde et garantit la stabilité, parce que verrouillée contre les modifications intempestives et fantaisistes ; au gré de chaque nouveau président. Cette pratique monarchiste est une raison majeure et fondamentale, pour mettre définitivement fin aux modifications intempestives et unilatérales de la Constitution par le président et son Parti. Cette Constitution, une pâte à modeler, entre les mains des présidents de la République qui, quasiment, sont des monarques, sans couronne doit disparaitre. Il faudra dans la prochaine Constitution créer des garde-fous pour la verrouiller ; afin de ne plus permettre aux présidents de la République de modifier la Constitution à leur guise, avec l’aide d’une Assemblée nationale qui leur est entièrement acquise pour la modifier conformément à leur vision.
Gouverner, ce n’est pas faire des discours triomphalistes et l’autoglorification de son travail, mais c’est de trouver les justes solutions aux problèmes épineux que les Sénégalais rencontrent et s’affrontent au quotidien. Ensuite, ne vous jugez pas vous-mêmes, c’est aux populations qu’il appartient de juger votre bilan. Autrement dit, à chacun son métier et, les vaches seront bien gardées.
Mandiaye Gaye






