Le 15 novembre 1999, nous quittait le grand Jean-Marie Adiaffi, auteur prolifique, penseur engagé qui reçut le Grand prix littéraire de l’Afrique noire, en 1980, pour son œuvre magistrale : « La carte d’identité ». Dans son livre, il nous dit et je cite : « Le sang est ma carte d’identité. » Et si je me permettais, je rajouterai : …et il est rouge, comme le tien. » Mais apparemment, ce n’est pas suffisant.
Il faut plus que du sang pour être accepté. Il faut prouver, encore et encore, qu’on est "vraiment" d’ici. Réciter son arbre généalogique, donner le nom de son village, jurer fidélité à une patrie qu’on aime déjà, mais qui doute encore.
La démocratie est forte, nous dit-on ! Mais elle tremble devant un nom à consonance étrangère. Elle s’évanouit dès qu’un naturalisé ose lever la main. Elle devient amnésique quand il s’agit de se souvenir que la citoyenneté, ce n’est pas une affaire de chromosomes, mais de choix, d’engagement et de destin partagé.
On nous regarde comme des anomalies. On nous soupçonne d’avoir des allégeances secrètes, des racines trop profondes ailleurs, des intentions floues. (…). La citoyenneté n’est pas un privilège ethnique. C’est la volonté de « mieux vivre ensemble »
Alors, on nous regarde comme des anomalies. On nous soupçonne d’avoir des allégeances secrètes, des racines trop profondes ailleurs, des intentions floues. On nous parle de citoyenneté comme d’un club privé, avec des règles mouvantes et des videurs zélés. La citoyenneté n’est pas un privilège ethnique. C’est la volonté de « mieux vivre ensemble »
Prenons garde et faisons en sorte que la cohésion sociale ne soit pas un mot, mais …un comportement ! Un engagement commun et partagé ! Suivons les recommandations du père fondateur quand il nous parlait de Paix.
Mais voilà : mon sang est rouge. Comme le tien. Il ne connaît ni souche ni soupçon. Il ne demande pas de certificat de naissance pour battre. Il ne vote pas selon l’origine, mais selon la conscience. Et si notre démocratie ne peut pas supporter cela, alors ce n’est pas une démocratie. C’est une peur maquillée en principe. Une frontière dessinée à l’encre invisible, mais bien réelle.
Il est temps de changer de logiciel. De passer de la généalogie à la justice. De la suspicion à la solidarité. De la peur au courage de construire la paix et un destin commun.
Il est temps de changer de logiciel. De passer de la généalogie à la justice. De la suspicion à la solidarité. De la peur au courage de construire la paix et un destin commun. Car voila ce qui nous manque pour vaincre la peur : le courage ! Courage de s’écouter, courage de partager, de s’aimer, de construire ensemble la maison de demain !
Parce qu’à la fin, ce qui nous lie, ce n’est pas la terre de nos ancêtres, c’est le souffle qu’on partage. Et ce sang, rouge, commun, vivant ,c’est lui, notre vraie carte d’identité.
Très cher Maître Jean-Marie Adiaffi, en cette double journée commémorative de ta Transition et de la Paix, puissent les esprits de la forêt, du vent, de l’eau, du feu et de notre mère à tous, la terre, te combler !
Nabil Ajami
Citoyen ivoirien
Ambassadeur de la Paix
Chaire Unesco de la culture de la paix de l’université Felix Houphouët-Boigny
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