Voyager, c’est aussi découvrir l’autre dans ses différences. À quelques centaines de kilomètres de la Côte d’Ivoire, le Bénin offre un visage surprenant pour le visiteur ivoirien. Ici, les sourires se font discrets quand on ne se connaît pas, les échanges sont mesurés et le respect des traditions façonne encore la vie quotidienne.
Un peuple réservé mais attaché à ses valeurs
Dès les premiers instants, le contraste est frappant. Là où l’Ivoirien, jovial et extraverti, engage facilement la conversation, le Béninois apparaît plus renfermé. Cette réserve ne traduit pas une froideur, mais une habitude sociale profondément ancrée. Le respect se manifeste d’abord dans le langage. Ici, il est impensable de tutoyer un aîné. Même un père ou une mère se vouvoient, comme pour rappeler en permanence la hiérarchie familiale. S’incliner légèrement devant un aîné, employer un « vous » respectueux, choisir ses mots avec retenue : autant de codes qu’il faut apprendre pour s’intégrer. « Quand tu salues ton aîné, tu dois toujours courber un peu la tête, croiser les bras et plier légèrement les genoux. C’est une manière de montrer que tu reconnais son autorité », explique Christian Doumbia, jeune Cotonois.
Les marchés, entre sourires et méfiance
Contrairement à l’attitude assez sévère de la vie courante, dans les marchés, les gens se montrent plus détendus. Pour vendre, on interpelle, on incite à acheter, on sourit. Mais si l’on s’aperçoit que vous êtes étrangers, les prix augmentent aussitôt. « Je voulais acheter un pantalon cargo. Le monsieur me dit 8 000 francs. Mon amie ivoirienne-béninoise s’est aussitôt exprimée en fon, la langue la plus populaire ici. Le vendeur a commencé à rire. Finalement, j’ai payé le pantalon à 1 500 », raconte en riant Ange Ayékouhé, une visiteuse ivoirienne.
Les “zemidjans”, symbole du quotidien
Autre particularité : le transport. À Cotonou, la moto-taxi, appelée zemidjan ou simplement zem, est reine. On l’arrête à chaque coin de rue d’un signe de la main. Mais là encore, la relation reste distante. Peu de mots, un tarif négocié rapidement, et le moteur ronfle. Pas de plaisanteries, pas de familiarités, contrairement à Abidjan où le chauffeur de taxi devient souvent un confident le temps d’une course. « J’ai arrêté un zem, le monsieur avait le visage fermé. Je le salue, on dirait c’est palabre. Alors je lui ai dit : “Monsieur, moi je suis Ivoirienne hein, si c’est pour être fâché comme ça tout le long de la route, ce n’est pas la peine.” Il a commencé à rire. Finalement, il m’a même servie de guide sur la route. Depuis que je suis là, ça fait sept jours, on aurait dit que les chauffeurs veulent toujours faire peur », explique Claude, une étudiante en vacances à Cotonou.
Entre différences et découvertes
Au-delà de ces détails du quotidien, le Bénin se distingue par une fidélité tenace à ses traditions. Royaumes, chefferies, rituels vodou. Tout un patrimoine vivant irrigue encore la société. Ce mélange de pudeur sociale et de conservatisme culturel peut surprendre le visiteur ivoirien. Mais il révèle aussi une identité forte, où la tradition n’est pas un vestige du passé, mais une manière d’être au présent. Le voyageur repart avec le sentiment d’avoir découvert une société où l’ouverture se mérite, où la chaleur humaine existe mais se dévoile lentement, une fois franchies les barrières du respect et de la tradition. Un contraste saisissant avec la société ivoirienne, mais aussi une invitation à s’interroger, et si cette retenue, loin d’être une froideur, était simplement une autre façon d’honorer la vie en communauté ?
Claude Eboulé
Envoyée spéciale au Bénin
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