Tiburce Koffi, plume désormais trempée dans l’encre du militantisme assumé, se livre à un exercice singulier : justifier que l’on puisse traiter le chef de l’État ivoirien de Mossi sans que la République ne s’en émeuve.
Sa ligne de défense est simple : nommer un peuple, ce n’est pas l’insulter.
Pour appuyer son propos, il évoque la grandeur historique de l’empire mossi, le prestige du Moro Naba, et compare ce terme à d’autres noms de peuples qui, selon lui, ne blessent personne.
Cependant, l’argument, habile sur le papier, est pourtant une ellipse qui omet l’essentiel : le contexte politique et historique qui donne sens aux mots.
Le mot mossi, une arme politique
Car Mossi, en Côte d’Ivoire, n’est pas une désignation innocente tombée du ciel. L’étiquette fut popularisée dans les années 1990 par Henri Konan Bédié, non pas pour saluer la culture burkinabè, mais pour dénier à Alassane Ouattara son identité ivoirienne.
Le concept de « l’ivoirité » fit de ce terme un stigmate politique, un code pour dire « étranger » sans le dire ouvertement. Dans ce registre, Mossi devient un outil de délégitimation, un projectile identitaire. Le nier, c’est fermer les yeux sur l’arsenal rhétorique qui a déjà fracturé le pays.
Le parallèle de Tiburce avec boussimani (ou broussard) peine aussi à convaincre.
Certes, le mot est un emprunt phonétique à bushman en anglais, utilisé depuis la période coloniale pour désigner les peuples forestiers, dans un registre souvent condescendant.
Mais si ce terme est lui aussi porteur de stéréotypes, il ne renverse pas la charge politique de l’insulte contre le président de la République, figure institutionnelle qui incarne l’unité nationale.
La morale républicaine et le rôle de la loi
Or, dans toute République digne de ce nom, il existe une boussole : la morale publique. Elle n’est pas seulement un principe éthéré. Elle trouve dans la loi l’outil qui contraint les excès verbaux lorsque ceux-ci menacent la cohésion collective.
Car la liberté de parole n’est pas un blanc-seing pour réactiver les vieux poisons identitaires.
La mémoire nationale sait trop bien ce que coûte la banalisation des mots qui divisent : les dérapages de langage nourrissent les fractures sociales plus sûrement que les silences coupables.
Ainsi, l’argumentaire de Tiburce Koffi se drape dans l’universel. L’histoire des peuples, la tolérance, le rire pour mieux esquiver la charge contextuelle des mots employés.
Mais en réduisant Mossi à une simple appellation ethnique, il en gomme la fonction politique de stigmatisation.
En comparant le stigmate présidentiel à des plaisanteries interrégionales, il met sur le même plan une pique folklorique et une arme identitaire forgée par l’histoire récente.
Toute démocratie a besoin de tolérance, certes, mais elle ne se nourrit pas de l’indifférence face aux dérapages ciblés.
La loi, lorsqu’elle encadre ces excès, ne tue pas la liberté. Elle la protège contre les dérives qui menacent de la dévoyer. Car, à force de rire de tout, il arrive que l’on finisse par rire aussi de ce qui nous déchire.
Kalilou Coulibaly, Doctorant EDBA, Ingénieur
GENERATED_OK
-
Consultez notre charte des commentaires
COMMENTAIRES
publicitéPLUS D'ARTICLES
-
Côte d’Ivoire : Katinan Koné convoqué à la Police après une plainte
-
Nouvelles vagues des déplacés après des combats M23-FARDC à Masisi et Walikale
-
Côte d'Ivoire - Diaspora. Dr Mohamed Balla Keita : Un million de dollars pour un pont universitaire entre les Etats-Unis et l’Afrique
-
Côte d’Ivoire. Fin de cavale à Samo pour « Nanan Boigny », le gangster de Marcory
-
Côte d’Ivoire - Vacances. Un tournoi de football pour occuper sainement jeunes filles et jeunes garçons
-
Orpaillage en Côte d’Ivoire : légal ou clandestin, 9 questions pour tout comprendre
-
Côte d’Ivoire - Incendie. 55 autobus de la SOTRA endommagés, dont 40 entièrement calcinés
-
Côte d’Ivoire.Et si les Wê racontaient enfin leurs propres héros ?
-
22 morts, bilan provisoire après un incendie lors d’un mariage à Kinshasa (bourgmestre)
-
Côte d’Ivoire. Dispute conjugale, colère et coup de couteau mortel
-
Gabon.Le gouvernement et le Ndjobi : la maison de toutes les consciences
-
États-Unis : un Sénégalais soutire 1 milliard F CFA à 11 investisseurs pour une vie luxueuse et des cadeaux à deux anciens ministres de Macky Sall
-
Côte d’Ivoire. Prix d’achat du café et du cacao : Bruno Koné répond aux acteurs mécontents
-
Côte d'Ivoire - Social . Des anciens de Bingerville solidaires de l’hôpital psychiatrique
-
Côte d’Ivoire. Quatre éléphants jouent à cache-cache avec les habitants de Gbangoualé (Biankouma)
-
Côte d’Ivoire - Football : Seul candidat à la présidence de la Fédération, Yacine Idriss Diallo promet d d’augmenter les subvention des clubs
-
Au nord de la Côte d’Ivoire (4/4). Fête de l’initiation à Ponvogo
-
L’enquête du jeudi. Côte d’Ivoire - Rentrée scolaire 2026-2027 : les parents d’élèves traînent encore les pas(2-2)
-
L’enquête du jeudi. Côte d’Ivoire - Rentrée scolaire 2026-2027 : (1-2) le casse-tête des manuels scolaires qui changent chaque année
-
Côte d’Ivoire - Campagne 2026-2027 : le prix du kg du café fixé à 1300 F CFA et celui du cacao maintenu à 1200 F CFA
-
Côte d’Ivoire. 60 ans du lycée Ernest Boka : l’avenir des élèves au cœur de la célébration
-
Pollution, dégradation des sols… Abou Bamba tire la sonnette d’alarme sur l’orpaillage illégal
-
Au nord de la Côte d’Ivoire (2/4). Le Parc national de la Comoé
-
Côte d’Ivoire. Cacaoculture : Dominique Ouattara en campagne contre le travail des enfants
-
Côte d’Ivoire. Insalubrité : Quand les habitants jettent les ordures dans les caniveaux et les canaux d’évacuation des eaux
-
Côte d’Ivoire. Bruno Koné alerte sur l’orpaillage illégal qui menace les terres agricoles
-
Côte d’Ivoire - Accident : Cinq morts après la sortie de route d’un car
-
Au nord de la Côte d’Ivoire (1/4), sur la route de Kong
-
Côte d’Ivoire - Ligne 2 du Métro d’Abidjan : l’attribution du marché annulée
-
Côte d’Ivoire - Hommages à Philippe Cowppli-Bony : le PDCI organise les obsèques de son ancien président honoraire
-





