Ce n’est pas écrit comme tel, mais, dans les faits, non, Donald Trump ne pourrait pas devenir le prochain vice-président des États-Unis. Telle qu’elle est écrite, la Constitution américaine ne permet pas ce passage détourné vers un troisième mandat présidentiel, indique une politologue à qui Le Devoir a parlé.
M. Trump a déjà manifesté le désir de briguer un troisième mandat à la présidence des États-Unis. La Constitution américaine, le document légal suprême de nos voisins du Sud, l’empêche explicitement de se représenter directement. « Nul ne pourra être élu à la présidence plus de deux fois », est-il écrit au 22e amendement.
« Des méthodes »
Mais pourrait-il trouver une manière détournée de rester à la Maison-Blanche en janvier 2029 ? Dans une entrevue accordée à une journaliste de NBC News à la fin mars, Donald Trump a indiqué qu’il y « avait des méthodes » pour qu’il atteigne son objectif. L’une d’elles : se présenter comme colistier de J.D. Vance à la prochaine élection.
En cas de démission du président ou d’incapacité de celui-ci à assumer ses fonctions, c’est le vice-président qui prend sa place. Donald Trump pourrait vouloir, par stratagème, se présenter comme colistier pour ensuite demander à la personne élue à la présidence de démissionner et ainsi obtenir à nouveau les rênes de la Maison-Blanche. Questionné sur la possibilité qu’il envisage cette méthode, M. Trump a répondu que c’était l’une des avenues, mais qu’il y en « avait d’autres ».
« Il peut dire que c’est ce qu’il veut faire », mais, en réalité, la Constitution l’en empêcherait, juge la politologue Karine Prémont, professeure à l’Université de Sherbrooke.
Son analyse se base sur le principe voulant qu’une personne doive être « apte » à être président pour être éligible à la vice-présidence. « Aucune personne reconnue inéligible par la Constitution au mandat de président ne pourra être éligible à celui de vice-président des États-Unis », est-il écrit au 12e amendement. En étant considéré comme inéligible en raison de l’atteinte du nombre maximum de mandats à la présidence, Donald Trump ne pourrait donc pas se présenter comme colistier d’un candidat à la prochaine présidentielle.
Pour passer outre l’amendement, M. Trump devrait faire changer la Constitution, une tâche qui n’est ni facile ni rapide, rappelle la politologue. Il devrait alors obtenir l’appui des deux tiers des membres du Sénat et de la Chambre des représentants, puis l’aval des trois quarts des États américains.
Deux mandats maximum
La limite a été imposée pour empêcher qu’il y ait « un genre de roi élu », explique Mme Prémont. Il s’agissait d’abord d’une tradition mise en place par le premier président américain, George Washington, qui s’est retiré de la présidence par lui-même après avoir été élu à deux reprises. La limite de deux mandats par personne a ensuite été formellement adoptée comme amendement à la Constitution en 1947.
Ce sont les quatre victoires de Franklin Delano Roosevelt qui ont poussé le Congrès à adopter cette règle. Hyperpopulaire auprès de la population, « FDR » a remporté haut la main les élections présidentielles de 1932, 1936, 1940 et 1944. Il est finalement décédé au pouvoir, en 1945.
La professeure Karine Prémont est catégorique dans sa réponse : Donald Trump qui se présente pour un troisième mandat, même avec une option de contournement, « ça ne pourrait pas fonctionner ». La tradition et la Constitution sont deux choses trop importantes aux États-Unis.
Mathilde Beaulieu-Lépine
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