Abidjan, 9 h. Le soleil est déjà haut dans le ciel de Cocody. Dans les rues bondées, une silhouette fend l’air sur sa moto. Casque vissé sur la tête, sac en bandoulière, il zigzague entre les voitures. Direction, une livraison urgente. Son nom est Anderson Dadié. Il a 28 ans. Étudiant en Master 2 de sciences économiques, option comptabilité, contrôle de gestion et audit, il est aussi livreur depuis plusieurs années.
« J’ai commencé à travailler depuis la deuxième année de licence. Je cumule travail et école. Ce n’était pas par choix, c’était par nécessité », explique-t-il, en garant sa moto à La vie, dans la zone de Cocody.
Ne plus dépendre des parents
Pour Anderson, il n’était plus question de dépendre uniquement de ses parents. « Il y a des charges, des imprévus. Et parfois, on a l’impression d’être un fardeau pour eux. Alors, j’ai pris les devants ». Mais il faut aussi pouvoir finir ses études.
La technique pour Anderson est de s’appuyer sur les supports de cours, et d'assister principalement aux TD quand il le peut. « C’est épuisant, mais il le faut » .
Il a déjà été victime de plusieurs accidents de la circulation, ce qui inquiète à chaque fois sa famille. Pourtant, il tient bon. Pour lui, l’école reste une priorité. Mais, comme il le dit avec ironie : « Il faut bien vivre de quelque chose ». En clair, il faut nourrir son quotidien pour espérer construire son avenir.
Point de rencontre des livreurs à Cocody
Différentes communes, mais même réalité. Dans la zone sud d’Abidjan, Sabé Ibrahim se faufile lui aussi entre les véhicules. À 22 ans, il a redoublé deux fois sa première année de licence en physique-chimie. Un revers scolaire qu’il a choisi de transformer en opportunité.
Les risques du métier
« J’ai déjà les cours de l’année dernière. Cette fois, je ne vais qu’aux TD et aux examens. Le reste du temps, je travaille ».
Depuis septembre 2024, il est devenu livreur pour un particulier qui vend via Internet. « J’ai commencé à vélo. C’était vraiment dur au début. Puis j’ai eu une moto en janvier 2025 ». Il sillonne les rues d’Abidjan avec les colis qu’on lui confie. La structure fournit les marchandises, lui les transporte.
« Je fais ça pour avoir une certaine liberté financière, ne plus tout demander à mes parents », confie-t-il.
Mais le métier n’est pas sans risques. Les journées sont longues, les clients parfois agressifs, et les routes dangereuses. Sabé a lui aussi connu des accidents. Sa famille s’inquiète, mais il continue. Par nécessité, comme Anderson.
La pression est constante. Certains clients le prennent de haut, d’autres exigent des livraisons dans l’urgence. Pourtant, ce travail reste une planche de salut. « Ça me permet de couvrir certains de mes frais d’étude, et de subvenir à mes besoins ».oint de rencontre des livreurs à Cocody
L’étude à tout prix
En 2019, selon un article d’Africanews signé AFP, près de 5 000 étudiants n’avaient pas pu s’inscrire à l’université faute de moyens ou à cause de problèmes administratifs. Certains ont quand même suivi les cours sans être officiellement inscrits, espérant que l’administration finirait par les régulariser.
Ils sont des dizaines, peut-être des centaines à jongler entre amphithéâtres et sacs de livraison. Invisibles pour beaucoup, ils tracent leur chemin malgré les embûches. Avec courage. Et surtout, avec espoir.
Claude Eboulé
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