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Politique

Grace présidentielle accordée à Dadis Camara : Un geste qui fait polémique

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Condamné à 20 ans de réclusion pour crimes contre l’humanité dans le cadre du procès du 28 septembre 2009 au grand stade de Conakry, l’ex-président de la transition, Moussa Dadis Camara, n’aura finalement passé que huit mois en prison. En effet, il a été gracié par le général Mamadi Doumbouya pour « raison de santé ». Ainsi donc, l’ex-chef de la junte est libre de ses mouvements. Il pourra passer des jours paisibles sur la terre qui l’a vu naître ; lui qui, rappelons-le, totalise 13 bonnes années d’exil dans les conditions et pour les raisons que l’on sait. Pour autant, la grâce présidentielle accordée à Moussa Dadis Camara est loin de faire l’unanimité. Bien au contraire, elle fait polémique. A preuve, pendant que certains Guinéens applaudissent à tout rompre, estimant que la libération du natif de Nzérékoré pourrait contribuer à la réconciliation nationale ; d’autres, en l’occurrence, les victimes et leurs parents, font grise mine.

On ne saurait, avec de l’argent, réparer une vie humaine fauchée

Pour ces derniers, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une prime à l’impunité qui, loin d’apaiser les cœurs, pourrait contribuer à crisper davantage l’atmosphère sociopolitique en Guinée. Dès lors, on ne fait que se perdre en conjonctures. Mamadi Doumbouya a-t-il pris toute la mesure de la situation en graciant Moussa Dadis Camara ? Ou bien l’a-t-il fait pour des raisons électoralistes d’autant que la Guinée se prépare à aller bientôt à des élections devant marquer la fin de la transition ? En tout cas, certains ont vite fait de franchir le pas en y voyant un lien de cause à effet dans la mesure où il ne fait l’ombre d’aucun doute que Doumbouya sera candidat à sa propre succession. Lui-même, à maintes reprises, n’a d’ailleurs pas exclu une telle hypothèse. En fait, accorder la grâce présidentielle à un prisonnier, on le sait, relève du pouvoir discrétionnaire de tout chef d’Etat à qui, il n’est, du reste, pas fait obligation de se justifier. Mais il n’est pas exclu que le cas de Dadis Camara ait fait l’objet d’un arrangement. Autrement dit, le maitre de Conakry pourrait avoir choisi de le laisser rentrer d’exil après plus d’une décennie, pour le juger, tout en sachant qu’il allait le gracier avant même qu’il ne purge le quart de sa peine. On est en politique où rien n’est impossible. En tout cas, habituellement, quand il s’agit de « raison de santé », il est accordé une liberté provisoire au détenu. Avec ce sauf-conduit, ce dernier peut, suivant la gravité de sa maladie, quitter le pays pour aller se soigner à l’extérieur, quitte à revenir purger sa peine. Même si certains prisonniers, souvent, en profitent pour prendre le large, d’autres, par contre, refusent de se soustraire à la Justice en choisissant, après les soins, de revenir au bercail. Mais pour le cas de Moussa Dadis Camara, il ne s’agit ni d’une liberté provisoire ni d’une remise de peine, mais d’une grâce présidentielle.

C’est à Doumbouya que revient le mérite d’avoir organisé le procès du massacre du 28 septembre 2009

Certes, dans la foulée, les autorités guinéennes, même si elles n’en donnent pas encore le montant, promettent des indemnisations en faveur des victimes du massacre du 28 septembre et ce, conformément aux ordonnances de la Justice. Toute chose qu’il faut saluer à sa juste valeur. Il faut espérer que ce ne soit pas seulement un effet d’annonce et que les choses iront vite. C’est une vérité de la Palice : on ne saurait, avec de l’argent, réparer une vie humaine fauchée. D’où la nécessité d’agir avec beaucoup de tact et de sauvegarder la dignité de ces familles pour ne pas en rajouter à la douleur des victimes et de leurs parents. Surtout au regard du timing entre l’annonce des réparations civiles et la grâce présidentielle accordée à Dadis Camara, condamné « sur la base de la responsabilité du supérieur hiérarchique » dans les malheureux évènements du 28 septembre 2009, qui ont laissé au moins 156 cadavres sur le carreau. Toutefois, rendons à César ce qui est à César et à Doumbouya, ce qui est à Doumbouya. Car, c’est à lui que revient le mérite d’avoir organisé le procès du massacre du 28 septembre 2009. Avant lui, son prédécesseur Alpha Condé a passé plus d’une décennie à tergiverser sans jamais parvenir à faire bouger les lignes. Si fait que bien des observateurs avaient commencé à douter de sa bonne foi quand il s’agissait de rendre justice aux victimes.

« Le Pays »


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