Les opérations de déguerpissement, menées l’année en 2024, par le District d’Abidjan, sur des sites illégalement occupés, ont touché des milliers de personnes. Passés les émois et lamentations enregistrés ici et là, nombre d’entre elles, travailleurs de l’informel notamment, ont repris leur vie en main, tant bien que mal. Nous en avons rencontrés.
Port-Bouët, quartier Petit Bassam. Il est 14 h. Sous un soleil de plomb, Monmoin Koffi découpe du bois avec sa scie. Le bruit sec résonne, mais l’atmosphère est étrange, presque irréelle. Car son atelier est installé dans un cimetière.
Huit mois plus tôt, il avait une maison. Une cour familiale où il vivait avec sa femme et ses enfants. Un quotidien modeste, mais stable. Jusqu’à cette nuit où tout a changé. « C’était à 20 h. Ils sont venus tout casser, sans prévenir. On nous avait dit que c’étaient les maisons près de l’abattoir qu’ils allaient détruire et déguerpir les habitants. Mais, d’un coup, on a entendu les machines, ils ont même lancé des bombes lacrymogènes », raconte-t-il, la voix tremblante.
Son atelier se tenait autrefois devant la maison. Aujourd’hui, il travaille à côté de la tombe de son père. « C’était notre maison, ici. Mon père est enterré devant. Aujourd’hui, je ne sais pas où aller recommencer. » Malgré tout, il continue. Il faut bien survivre à cette situation. Il a trouvé un abri à Gonzague pour sa famille, mais son activité, il l’a installée ici, sur les ruines de son passé.
Son troisième déguerpissement
À Adjamé Williamsville, l’histoire est la même. Ibrahim Doumbia, mécanicien depuis vingt ans, a vu son garage disparaître sous les coups de butoir des bulldozers. « Avant, j’avais mon petit coin tranquille. Ils sont venus casser ça. Maintenant, je me débrouille ici », dit-il d'un air triste.
Il en est à son troisième déguerpissement. Chaque fois, il reconstruit, mais toujours avec cette peur au ventre. « Il faut bien qu’on travaille. Si on ne travaille pas, on mange quoi ? »
Son garage improvisé n’a ni toit ni mur. En saison des pluies, il doit tout arrêter. Tiémoko Diallo, technicien en bâtiment et client fidèle, s’inquiète pour lui « On le chasse ici, on le chasse là. Maintenant, il travaille à découvert. Dès qu’il pleut, il doit tout arrêter. En plus, il est exposé aux maladies. Il perd de la clientèle. Ça le fatigue », explique t-il.
Des milliers de déplacés, peu de solutions
Entre 2023 et 2024, les opérations de déguerpissement ont pris de l’ampleur à Abidjan. Ceci, sous la supervision du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité et sous la gouvernance du district d'Abidjan et des mairies des communes concernées. Officiellement, il s’agissait de libérer les espaces publics anarchiquement et illégalement occupés par des habitations, ou transformés en lieux de commerce. Cette opération de de déguerpissement avait pour but de fluidifier la circulation, sécuriser certaines zones. Des quartiers entiers ont été vidés de milliers de familles qui ont dû se déplacer.
Les marchés informels, les maisons construites sur des terrains illégaux, les petits commerces en bordure de route : tout a été rasé. Yopougon, Abobo, Adjamé, Treichville, Marcory... aucune commune du district n’a été épargnée. Mais après la poussière des bulldozers, que reste-t-il ? Des hommes et des femmes, chassés de chez eux, tentant tant bien que mal de reconstruire une vie. Ils sont ainsi légion les victimes de ces opérations de déguerpissement qui tentent de se refaire du mieux qu’ils le peuvent. Chacun à sa façon, bien souvent sans aucune assistance
Claude Eboulé
GENERATED_OK
-
Consultez notre charte des commentaires
COMMENTAIRES
publicitéPLUS D'ARTICLES
-
Côte d’Ivoire - Justice. Alloui Brou Jacques, le démolisseur du quartier Koumassi Campement placé sous mandat de dépôt
-
Côte d’Ivoire. Abidjan sous les eaux : un site d’accueil des sinistrés à Songon
-
Intempéries - La Côte d'Ivoire sous les eaux : Au moins douze morts à Abidjan, de lourds dégâts à l’intérieur du pays
-
Reportage .Côte d’Ivoire. Abidjan sous les eaux : des canalisations bouchées par les déchets (Anyama)
-
Reportage. Côte d’Ivoire - Abidjan sous les eaux : des sacs de sable pour protéger les maisons (Ndotré)
-
Côte d’Ivoire. Au village avec 7 kg de drogue dans le sac à dos
-
Campagne nationale de sensibilisation contre l'orpaillage illégal: à Séguéla, Mamadou Sangafowa-Coulibaly mobilise les populations du District du Woroba
-
Côte d’Ivoire. Faux maillots des Éléphants : deux vendeurs perdent le match contre la FIF
-
Côte d’Ivoire. Un partenariat signé avec les Etats-Unis pour la formation et le renforcement des capacités des FACI
-
Côte d’Ivoire. Viol suivi de mort à Aboisso : un suspect interpellé après une enquête éclair
-
Côte d’Ivoire - Portrait : Yoyo, productrice d’attieké, toujours debout malgré le handicap
-
Côte d’Ivoire. Couverture maladie universelle : 25 millions de personnes enrôlées
-
Malédiction ou bénédiction
-
Côte d’Ivoire. Institut européen de Cancérologie de Bingerville : « Accéder aux traitements est maintenant possible, avec le même niveau de qualité qu’en Occident » (Dominique Ouattara)
-
Côte d’Ivoire - Mondial FIFA 2026. Les Éléphants en 16e de finales : « On a désormais notre équipe-type » (Supporters de Bouaké)
-
Mondial FIFA 2026 - Côte d’Ivoire.Après la victoire des Éléphants : "On ne change pas l'équipe qui gagne "(Supporter)
-
Mondial FIFA 2026 - Côte d’Ivoire. Après la victoire des Éléphants : grande joie, confiance et prudence chez les supporters (reportage)
-
Coupe du monde 2026 — Groupe E, 3e journée. Côte d’Ivoire – Curaçao (2-0) : Pépé assure la qualification des Éléphants
-
Côte d'Ivoire-Maroc : « Nos pays s'en sortiront ensemble » (O. El Ferdaous, nouvel Ambassadeur du Maroc)
-
Côte d’Ivoire. Drogues et banditisme : Epervier XI frappe partout
-
Plus de 2,3 millions d'hectares bornés par le PRESFOR : La Banque Mondiale exprime son satisfécit à l’AFOR
-
Côte d’Ivoire : les Ambassadeurs de l’Algérie et de la Mauritanie s’en vont
-
Miss Côte D’Ivoire 2026 : Samuel Eto’o, invité d’honneur
-
Côte d’Ivoire. Du pétrole de grande qualité découvert à 6 km sous la mer
-
Côte d'Ivoire. Conflit foncier : “ la guerre du riz ” entre deux villages
-
Côte d'Ivoire - Israël : 3 500 hectares de riz irrigué en cours à Daloa
-
Justice : le gouvernement ivoirien multiplie les tribunaux de proximité pour rapprocher les services des populations
-
Côte d’Ivoire. Il n’y a pas de petit vol
-
Jumelage. Abidjan-Libreville, vingt ans après : place à la ville intelligente
-
Filière anacarde : Le gouvernement poursuit la valorisation locale pour renforcer les revenus des acteurs
-





