La nouvelle Constitution adoptée par référendum, le 16 novembre dernier, au Gabon, a été promulguée. Le pays entre ainsi officiellement dans la Ve République. D’ores et déjà, on peut se féliciter du fait que la junte au pouvoir se fait un point d’honneur de respecter le calendrier pour le retour à l’ordre constitutionnel normal. Et cela est tout à l’honneur du général Brice Oligui Nguema. L’on peut aussi se féliciter de l’avancée démocratique majeure que porte le texte qui a été soumis à l’approbation des Gabonais en remplacement de la loi fondamentale en vigueur depuis 1991 : celle de la limitation des mandats présidentiels. Aux termes de la nouvelle Constitution, le président est, en effet, élu pour 7 ans renouvelables une seule fois. Cela dit, le nouveau texte n’est pas sans soulever de vives inquiétudes. La nouvelle Constitution supprime le poste de Premier ministre ; ce qui, de facto, concentre tous les pouvoirs dans les mains du président même s’il est prévu un vice-président. L’on craint donc que le général Brice Oligui Nguema qui ne fait plus mystère de ses ambitions présidentielles, se soit taillé un costume sur mesure. Les Gabonais, échaudés par le règne dynastique des Bongo, craignent l’avènement d’un « président-roi » qui les ramènerait à une nouvelle forme de patrimonialisation du pouvoir.
Le balayeur est prêt, contrairement à ses promesses, à s’installer dans la maison après l’avoir balayée
L’autre source d’inquiétude est l’introduction dans le débat politique, de la question identitaire à travers la disposition qui stipule que « seules peuvent se présenter à l’élection présidentielle, les personnes nées d’un père ou d’une mère gabonaise ». Pour certains Gabonais, cette disposition constitue un rétropédalage car non seulement, elle crée deux types de Gabonais, mais elle a aussi des relents xénophobes. Pire, elle ne tire pas leçon de l’histoire récente du pays où « les gars qui ont tué le pays étaient de père et de mère gabonais ». C’est donc dire que le nouveau texte constitutionnel est loin de faire l’unanimité. Mais plus que l’aspect constitutionnel, ce qui interroge dans l’adoption de cette nouvelle loi fondamentale, c’est la capacité des hommes politiques à respecter l’esprit et la lettre du texte. Autrement dit, le général-président respectera-t-il lui-même ce texte dont il est le géniteur ? L’on peut, en tout cas, en douter et cela, pour deux raisons. La première est qu’il a promis de remettre le pouvoir aux civils, mais tout montre qu’il a les pieds dans les starting-blocks pour la prochaine élection présidentielle aux termes de laquelle il promet de conduire les Gabonais vers « la félicité ». C’est donc dire que le balayeur est prêt, contrairement à ses promesses, à s’installer dans la maison après l’avoir balayée. La seconde raison de douter de la bonne foi du général est que les Africains accordent très peu d’importance aux textes qu’ils se plaisent à tripatouiller à leur guise. Rien ne prouve en effet que Brice Oligui Nguema qui a déjà réussi le coup d’Etat militaire avec brio, ne s’essayera pas au coup d’Etat constitutionnel nettement plus facile quand viendra le moment. « Le pouvoir absolu corrompt absolument », dit-on et c’est bien la crainte de bien des Gabonais et des observateurs de la scène politique gabonaise. Mais Brice Oligui Nguema peut agréablement surprendre en empruntant une trajectoire différente que lui prêtent les sceptiques et autres pessimistes. Le Général peut, en effet, opter de conduire ses troupes du bon côté de la marche de l’histoire.
« Le Pays »
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