Sorciers", "enfants serpents" ou encore "malades mentaux" sont autant de qualificatifs donnés aux enfants atteints du trouble du spectre autistique (TSA) dans les sociétés africaines en général et particulièrement en Côte d’Ivoire. Ils sont victimes de préjugés, ils sont cachés par leurs parents, souvent même abandonnés par leurs familles. Cette stigmatisation est due la plupart du temps à la méconnaissance de la maladie par la société.
« Le handicap coûte cher, et aux parents, et à l’intéressé » affirme M. Iritié Bi Daniel, coordinateur point focal à la Direction des Examens et Concours, en charge des personnes handicapées. Cela est d’autant plus vrai que pour une prise en charge normale de l’autisme, au moins six spécialistes sont requis : un pédopsychiatre, un éducateur spécialisé, un neurologue, un psychomotricien, un orthophoniste et un ergothérapeute. Cela nécessite assez de moyens, et malheureusement en Côte d’Ivoire, il n’existe pas de mesures d’accompagnement de l’Etat pour aider les parents dans cette prise en charge.
Parent d’un enfant autiste, Alida Ahipo parvient tant bien que mal à visiter presque tous les spécialistes nécessaires pour prendre en charge son fils. « Noah est dans une école spécialisée, une école inclusive, où il reçoit une éducation par compétence. Il côtoie des enfants dit normaux et aujourd’hui il va en classe de CE1 à l’âge de 10 ans ». Pareil pour Mme Camara qui explique que son fils fréquente un établissement spécialisé où il a appris à être autonome grâce à l’aide d’éducateurs spécialisés. Grâce à ses passages chez l’orthophoniste, il arrive à faire quelques phrases.
Les soins sont très coûteux et tous les parents n’ont pas les moyens d’emmener leur enfant pour consulter des spécialistes. C’est le cas d’Asso Nadège qui explique : « ma fille a été suivie par un orthophoniste, une éducatrice spécialisée, un psychologue et un clinicien. Aujourd'hui elle va juste à l'école ordinaire, faute de moyens » dit-elle, sur un ton plutôt triste.
Pour les parents qui en ont les moyens, ils sollicitent l’aide d’un assistant de vie scolaire appelé AVS, dont le rôle consiste à assister l’enfant dans ses tâches scolaires, en insistant sur les cours jusqu’à son assimilation par l’enfant. Cela, en complément de ce que font les autres spécialistes.
Structures quasi inexistantes
En Côte d’Ivoire, les structures spécialisées dans la prise en charge des autistes sont quasi inexistantes. Le centre Marguerite TE BONLE est la seule structure Etatique qui prend en charge les Troubles du Spectre Autistique (TSA). A côté de cela, il y’a des établissements privés comme le Centre d'action médico-psycho-social de l'enfant (CAMPSE), dirigé par Mme Miyala Touré Kieffoloh. Mais, les infrastructures dont elle dispose sont rudimentaires, selon la directrice. En plus, la prise en charge évaluée à 800.000 FCFA par an n’est pas à la portée de tous les parents.
Il y’a également le centre médico-psychopédagogique de La Page Blanche, structure spécialisée pour les personnes en situation de handicap intellectuel et psychomoteur. La scolarité annuelle coûte 1 million de FCFA. « La Page Blanche est parmi les centres spécialisés les moins chers qui puissent exister. Nous offrons tous les services. Nous fonctionnons en demi-pension. Il n’y a pas d’internat », précise son directeur Touré Bema.
L'autisme fait l'objet d'une indifférence de la part des pouvoirs publics ivoiriens, estime Dr Coulibaly. « Le 2 avril, la journée mondiale de sensibilisation à l'autisme initiée par l’ONU passe inaperçue en Côte d'Ivoire, où elle n'est jamais célébrée officiellement», dit-il
Marie-Claude N’da
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Publié le :
5 juillet 2024Par:
Drissa Silué