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L’Enquête du jeudi . Côte d'Ivoire. Dure, dure, la vie des déguerpis de Gesco

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A Yopougon Gesco, les gravats des maisons démolies en février dernier, restent encore visibles. Ces habitations ont été rasées dans le cadre d'une opération de déguerpissement, initiée par le District autonome d'Abidjan, ciblant des quartiers jugés à risque. Cette action a laissé derrière elle, des familles totalement bouleversées, séparées, qui se retrouvent sans logement et contraintes de se rabattre sur des proches.

Jeannine Mambeya, l'une des déguerpies de Gesco, se souvient encore du jour où les bulldozers se sont acharnés sur sa maison. Impuissante, elle avait les larmes aux yeux et se posait maintes questions, sur l'avenir de ses enfants. Depuis la destruction de sa maison, elle vit séparée d'eux et son époux est retourné vivre chez ses parents. « Je vis actuellement chez ma belle-sœur avec ma fille, mon fils est chez son oncle », explique-t-elle.


« Je pleure tout le temps…»


En plus de sa maison, son magasin de vente de valises et de sacs a également été détruit. Ce commerce lui permettait d'aider financièrement son mari, qui traverse actuellement des difficultés financières. Aujourd'hui, Mme Mambeya est devenue commerçante ambulante. Elle parcourt plusieurs quartiers de Yopougon pour vendre ses sacs et gagner ainsi de l'argent. « Je pleure tout le temps à cause du magasin que j'ai perdu. C'est devenu plus difficile de joindre les deux bouts », dit-elle.

Indemnisation


Le jeudi 28 mars 2023, des déguerpis de Gesco ont reçu de la part du gouvernement une indemnisation de 250 000 FCFA par foyer. Mme Mambeya fait partie des 1 402 personnes, dont 1 199 locataires et 203 propriétaires, recensées par les services de la Mairie ayant eu droit à cette indemnisation pour se reloger. Elle compte utiliser cet argent, qui l'a « soulagée », pour trouver une autre maison. Mais, la dame est confrontée à une dure réalité. « Toutes les maisons que je trouve actuellement coûtent cher pour moi et mon mari. Les prix sont entre 60 et 70 mille FCFA, et on nous demande de payer six mois de caution et d'avance. C'est vrai que je peux demander l'aide de ma famille pour pouvoir payer la caution mais si on le fait, on sera après dans des difficultés pour payer le loyer surtout qu'actuellement, je n'ai plus de magasin », a-t-elle confié.


« Je vais devoir tout reprendre à zéro »


Koraïe Donatien, couturier de son état, a également bénéficié de l'indemnisation du gouvernement et lutte pour trouver un logement pour sa famille. « Ma situation est très difficile. Avant, je vivais avec ma famille, aujourd'hui nous sommes dispersés. Pour voir mes enfants, c'est tout un problème », relève-t-il. Actuellement, Donatien vit avec des amis. Sa femme est retournée vivre chez ses parents et ses enfants sont chez son frère aîné à Yopougon Maroc. Ces derniers qui n'habitaient pas loin de leur école, sont maintenant obligés de parcourir une distance plus longue, pour rejoindre leur classe. Aujourd'hui, le père de famille doit reconstruire une autre vie. Il prend plutôt les choses du bon côté. « J'ai tout perdu dans ma maison. Je vais devoir tout reprendre à zéro. Mais le mal est déjà fait. Je n'ai pas à me plaindre ou à pleurnicher puisque ça ne va rien changer », déplore-t-il.

Des enfants privés d'école


Tout aussi victime de ce déguerpissement, Djabaté Oumou avoue qu'elle n'a pas bénéficié de l'aide gouvernementale. Elle a juste eu l'information par l'intermédiaire de l'une de ses connaissances que des déguerpis de Gesco avaient été recensés, pour recevoir une somme d'argent. Pour l'heure, elle vit chez ses parents avec sa fille aînée. Pendant que ses deux autres enfants vivent chez sa sœur à Abobo. Ces derniers sont désormais privés d'école, en raison de la distance entre leur nouveau domicile et leur établissement scolaire, situé à Yopougon.

« Je voulais les inscrire dans une autre école à Abobo. Mais je n'ai pas les moyens. Ça me fait mal de voir mes enfants dans cette situation. Ce n'est pas ce que je voulais pour eux », indique Mme Djabaté, avec le tremolo dans la voix. Elle espère pouvoir bénéficier de l'aide financière du gouvernement, pour améliorer sa situation. « Si je reçois les 250 000 FCFA, je vais aller prendre un studio ou vivre avec mes enfants. Je vais également essayer de payer leurs scolarités pour qu'ils puissent aller à l'école et terminer l'année scolaire », a-t-elle indiqué.

Le cas de l’école détruite

L’école Cha Hélène, située à Gesco, n'a pas échappé à la fureur des bulldozers. C'était un établissement de trois bâtiments qui accueillait environ 1 800 élèves, de la maternelle à la classe de troisième. Cet établissement, qui existe depuis 2007, était, selon le District, implanté sur un talus dans l'emprise de l'autoroute.

La population n'a pas approuvé la décision du District de détruire Cha Hélène, en pleine année scolaire. Il s'en est suivi une vague de désolation et de critiques négatives sur les réseaux sociaux.

Pour soutenir les élèves sinistrés de Cha Hélène et amener les autorités à leur trouver une solution heureuse, la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI) a délogé, le 27 février 2024, les élèves des lycées, collèges et universités d'Abidjan. Deux jours plus tard, le jeudi 29 février, le District a fait des dons de tables-bancs, de matériel didactique et de fournitures de bureau aux responsables de l'école Cha-Hélène, pour compenser ceux qui ont été détruits lors de l'opération de déguerpissement. Il s'agit plus précisément de 200 tables-bancs, 18 chaises et tables pour les enseignants, 8 paquets de marqueurs, 30 cahiers de présence, 30 cahiers de notes, 30 cahiers de texte.


« Tous coincés dans un bâtiment »


Le District envisage également de construire des bâtiments préfabriqués qui accueilleront les élèves pour le reste de l’année scolaire. C’est au début du mois de mars 2024 que les cours ont finalement repris. Et c’est Sainte Hélène, un établissement secondaire de la seconde à la terminale, appartenant au fondateur de l’école détruite a accueilli une bonne partie des élèves sinistrés. Sainte Hélène dispose d’un bâtiment alors que Cha Hélène en comptait trois. Pour permettre aux élèves de pouvoir tous suivre les cours, un réaménagement s’est imposé. « On se retrouve aujourd’hui tous coincés dans un bâtiment. On a transformé le bureau des éducateurs en salles de classe. Les professeurs n’ont plus de salle des profs, ils partagent le même bureau que les éducateurs et les heures de cours ont été diminuées », affirme Kouadio Amenan, sous-directrice de l’école.

Des établissements dans le secteur leur ont prêté des salles de classes pour désengorger Sainte Hélène. Il s’agit notamment du groupe scolaire Akandji et de l’Eglise N’Da. « Il y a d’autres écoles qui nous ont proposé leur aide mais elles sont un peu éloignées, donc nous avons dû refuser leurs propositions », informe la sous-directrice. Elle précise que les élèves en classes d’examen ont utilisé leurs congés de Pâques pour faire des cours de rattrapage, en vue de compenser le retard accusé.

Pour certains élèves de Sainte Hélène interrogés, la destruction de Cha Hélène peut impacter négativement leur résultat scolaire. En effet, Soumahoro Ahmed, élève en terminale D. confien: « Avant la destruction de l’école, les salles de classe étaient bien espacées. Il y avait même des tables-bancs vides. Mais aujourd’hui, nous sommes tous coincés, vu que les salles de classe ont été combinées. Nous nous asseyons à trois, parfois même à quatre ».

De Lima Soro






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