Les députés togolais ont adopté, dans la soirée du 25 mars dernier, une nouvelle Constitution. Ainsi donc, le pays passe d’un régime présidentiel à un régime parlementaire. Cette nouvelle Constitution donne désormais le pouvoir au parlement d’élire le président de la République. Le projet de loi qui avait été introduit par des députés du parti au pouvoir, indique que le chef de l’Etat sera désormais choisi par la représentation nationale réunie en congrès et pour un mandat unique de six ans. C’est donc sans surprise que le texte a été adopté presqu’à l’unanimité des voix. 89 pour, une contre et une abstention, au sein d’une institution où l’opposition qui avait boycotté les législatives de 2018, n’est quasiment pas représentée. En réalité, c’est un projet qui devrait être soumis à référendum afin de donner la possibilité au peuple de se prononcer. Mais, c’est un risque que n’a pas voulu prendre celui à qui va profiter cette révision constitutionnelle qui, d’ailleurs, a été dénoncée par l’opposition politique et la société civile. D’autant plus que le mandat de l’actuelle Assemblée nationale, qui a été prolongé par le président de la République, Faure Gnassingbé, avait pris fin le 31 décembre 2023. Le fait de désigner désormais le chef de l’Etat par voie parlementaire n’est pas mauvais en soi en ce sens qu’il va permettre de réduire les dépenses liées à l’organisation de la présidentielle.
La manœuvre pour permettre à Faure Gnassingbé de rester aux affaires, est très bien ficelée
En plus, le nouveau texte réduit le chef de l’Etat à un rôle honorifique. En effet, le premier des Togolais est pratiquement désinvesti de ses pouvoirs en faveur du président du Conseil des ministres, qui devient celui qui représente la République togolaise à l’extérieur, qui dirige effectivement le pays dans la gestion quotidienne. Bien évidemment, c’est ce que prévoit le nouveau texte. Mais rien ne garantit son respect dans un pays où la Constitution est manipulée au gré des humeurs du prince régnant. En fait, si le camp présidentiel met en avant les acquis de la nouvelle loi fondamentale, il y a de quoi être pourtant stupéfait. Surtout que Faure Gnassingbé qui a succédé à son père en 2005, dans des conditions que l’on sait, a déjà tripatouillé la même Constitution pour se maintenir au pouvoir. En fin de course, et n’ayant plus la possibilité de briguer un nouveau mandat, va-t-il faire valoir ses droits à la retraite et passer le témoin à un autre ? Ou va-t-il profiter de cette nouvelle porte que lui ont ouverte les députés acquis à sa cause, pour poursuivre l’aventure à la tête du Togo ? La deuxième option semble plus plausible. En tout cas, avec cette nouvelle Constitution, la bataille pour briguer la magistrature suprême, se mènera désormais au parlement où l’opposition réduite à sa plus simple expression, ne constitue aucune force capable d’inquiéter le régime. C’est dire si la manœuvre pour permettre à Faure Gnassingbé de rester aux affaires, est donc très bien ficelée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Faure est dans les pas de son père. Il est parti pour régner comme son géniteur s’il ne battra pas le record de longévité au pouvoir.
Edoé MENSAH-DOMKPIN
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