Au Bénin, de plus en plus de mariages finissent par un divorce, même s’il n’est pas reconnu par l’Église catholique en cas de mariage sacramentel.
Pour contrer ce phénomène, l’accent est mis sur la préparation et la réflexion sur la vie de couple et la vie de famille.
« Cela fait peur ! » soupire, inquiet, le père Ponce Akennone, face à l’ampleur croissante des cas de divorces de chrétiens dans la société béninoise. L’inquiétude du curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Cotonou –une paroisse du centre-ville– est partagée par le docteur Constant Sohodé, spécialiste du mariage et de la famille. « Il y a de plus en plus de divorces au Bénin », atteste ce dernier.
« En témoignent les longues files d’attente devant les juridictions spécialisées, et qui concernent aussi des couples mariés par l’Église ». Face à ce tableau, le père Akennone s’interroge : « Qu’est-ce qui amène les jeunes au mariage aujourd’hui ? Suffit-il d’avoir fini les études, d’avoir un bon boulot, de toucher un bon salaire pour dire qu’on est apte au mariage ? »
Ce canoniste, juge au tribunal ecclésiastique de Cotonou constate que la réflexion n’est pas toujours suffisante au préalable : « Je sors avec une femme et en cours de chemin, une grossesse se présente. Tout le monde me demande d’assumer ma responsabilité ; mais est-ce vraiment mon âme-sœur ? »
L’infidélité, première cause des divorces au Bénin ?
Même si, au regard du principe de « l’unité et l’indissolubilité du mariage chrétien », l’Église catholique romaine ne reconnaît pas le divorce, le père Akennone admet néanmoins la réalité de ces séparations de plus en plus fréquentes.
Aux yeux de Constant Sohodé, « l’infidélité est de loin la première cause des divorces ». Il s’explique : « soit elle est la cause directe, soit elle est une cause indirecte. Cause indirecte si elle coïncide avec d’autres fragilités du couples : le manque de communication, les ingérences extérieures, des difficultés liées à la sexualité, etc ».
Le père Akennone met également en cause l’impréparation des couples, et plus précisément « le défaut de discernement quant aux droits et devoirs liés au mariage ». En cela, il salue l’expérience des écoles de mariage dans les paroisses instituée depuis 2017 comme « un passage obligatoire avant la célébration de tout mariage dans le diocèse de Cotonou ».
Évaluant les trois premières années de fonctionnement de ces écoles paroissiales du mariage, le père Hyacinthe Zannou, vicaire épiscopal chargé du laïcat et de la famille à Cotonou, faisait en 2021 avec La Croix Africa le constat que « le fait d’amener tous les futurs mariés à passer par l’école du mariage limite les cas de divorce et de demandes de reconnaissance de nullité à cause de mésententes intervenant au lendemain de la célébration du mariage ».
Que faire pour remédier à la situation ?
« Il n’y a pas de meilleures solutions que l’éducation et la préparation y compris spirituelle », abonde le docteur Sohodé. Selon lui, en effet, « quels que soient les autres efforts, sans une vraie éducation sur les vertus en général et la complexité de la vie conjugale en particulier, le risque du divorce est élevé ». « La culture du pardon » en particulier est essentielle.
Pour sa part, le père Akennone recommande aux futurs mariés de prendre le temps de se connaître profondément avant de s’engager. « Il faut absolument prendre le temps d’interroger, d’enquêter, de fouiller pour savoir avec qui on s’engage, son identité, sa famille, son histoire et ses antécédents » exhorte-t-il. Car, pour lui, « il ne suffit pas de se baser sur les ‘‘je t’aime’’ pour aller se marier à l’Église ; il faut savoir les tenants et les aboutissants de ces ‘‘je t’aime’’ ».
Juste Hlannon (à Cotonou)
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