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Politique

« Tout pouvoir conquis par la force est contraire à l’éthique », rappellent les évêques africains

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« Préoccupés » par les coups d’États en Afrique, les évêques du continent ont rappelé que « l’Église apprécie le système démocratique ».

Dans un message signé du cardinal Ambongo, président du Sceam, ils appellent également à éviter le retour du « réflexe » de « l’alignement idéologique ».


Les récents coups d’État en Afrique – au Gabon et au Niger, et un peu plus tôt au Burkina Faso, au Mali mais aussi au Soudan – inquiètent les évêques du continent. Dans une déclaration datée du 8 septembre, le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa (RDC) et président du symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Sceam), s’est dit « préoccupé par le fait que les interventions militaires occupent désormais le devant de la scène, entraînant une instabilité politique et favorisant un climat d’incertitude ».

Dans cette déclaration signée par son président, le Sceam, après avoir retracé l’historique des coups d’État qui ont marqué l’histoire du continent africain, en fait une taxinomie. « Si durant la période post-indépendance (1960-1980), les coups d’État s’inscrivaient dans une dynamique de conquête de pouvoir dans le but d’instituer des dynasties, classifie-t-il, ceux qui ont été réalisés dans les pays du Sahel (Mali, Burkina, Niger) et au Gabon semblent avoir un point commun, en ce sens qu’ils ont pour but, selon leurs auteurs, de mettre fin au système de prédation et de corruption généralisée institué par les régimes déchus. »

Analyse de la situation du continent africain

L’archevêque de Kinshasa rappelle toutefois que « tout pouvoir conquis par la force est contraire à l’éthique » et rappelle l’enseignement de l’Église en matière de démocratie. « L’Église apprécie le système démocratique, comme système qui assure la participation des citoyens aux choix politiques et garantit aux gouvernants la possibilité de choisir et de contrôler leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique lorsque cela s’avère opportun », insiste-t-il, reprenant ainsi les paroles de Jean-Paul II (Centesimus annus, 1990, n°46).

Le président du Sceam qui se dit frappé par l’engouement populaire suscité par les coups d’États militaires se pose la question de savoir « jusqu’où ce mouvement émergeant en dehors d’un cadre légal, peut aller ». Il fait par ailleurs remarquer que l’histoire a fourni « d’abondants exemples concernant la tentative de pérennisation de la transition, ce qui est un démenti des promesses tenues par les acteurs des coups d’État ».

L’archevêque de Kinshasa poursuit son analyse de la situation politique en Afrique, en mettant en garde contre l’émergence d’un populisme qui pourrait réveiller le « vieux réflexe » d’un « alignement idéologique comme au temps de la guerre froide ». À ses yeux, la conséquence d’un tel revirement pourrait être fatale pour l’Afrique, « compte tenu de l’attrait qu’exercent ses richesses minières auprès des grandes puissances ». La solution serait, selon lui, que l’Union africaine encourage « l’échange d’idées et de ressources entre ses États membres pour éviter de se laisser piéger et de devenir prisonniers d’alignements idéologiques rigides ».

Recommandations

Le Sceam, par la voix de son président, propose enfin un certain nombre de recommandations. Il estime ainsi qu’il est primordial de privilégier le dialogue constructif dans les pays touchés par les putschs. Il exhorte aussi les dirigeants politiques et militaires « à respecter et de protéger les droits humains de leurs citoyens tout au long du processus de résolution du conflit » et invite « la communauté internationale à respecter le bien commun des citoyens et à ne pas imposer sa volonté pour des gains égoïstes ».

Lucie Sarr


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