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Politique

Lutte contre la capitalisation de la justice en Guinée : Le Barreau peut-il faire reculer le CNRD ?

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Le Barreau guinéen est en colère contre le Conseil national du rassemblement pour le développement (CNRD) qu’il accuse de manœuvres malsaines en vue de contrôler l’appareil judiciaire. Il dénonce, en effet, des cas de violations répétées de la loi et d’ingérences du politique dans le judiciaire. En témoigne la libération, en dehors de toute procédure légale, de trois leaders du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), intervenue la semaine dernière. Pour les avocats guinéens, l’inféodation de la Justice à l’Exécutif est lourde de conséquences en ce sens qu’elle pourrait enlever à leur profession, sa raison d’être. C’est pourquoi, en guise de protestation contre les dysfonctionnements relevés ça et là, ils ont déclaré le 15 mai dernier, journée sans audience sur toute l’étendue du territoire national. En conséquence, la plupart des juridictions étaient paralysées. Même le procès des évènements du 28 septembre, qui se poursuivait depuis près de neuf mois, a été perturbé ; les hommes et femmes en robes noires ayant suivi le mot d’ordre en boycottant les audiences. Faut-il pour autant en vouloir au Barreau guinéen ? Assurément, non ! Car, le combat pour l’indépendance de la Justice est si noble qu’il mérite d’être mené surtout dans un pays où la corruption, les détournements et les dérives totalitaires ont pignon sur rue. La Justice, en tant que pilier de l’Etat de droit, a un rôle central à jouer dans l’avènement d’une Guinée meilleure, où le riche et le pauvre seront égaux devant la loi.

Le pouvoir du CNRD veut des béni-oui-oui

Malheureusement, le président de la transition, Mamady Doumbouya, qui avait suscité beaucoup d’espoirs avec son slogan, « la Justice comme boussole », est en train de surprendre désagréablement l’opinion nationale et internationale à travers ses faits et gestes visant à caporaliser le pouvoir judiciaire. Car, en dehors des cas d’ingérences et de violations flagrantes de la loi dont parle le Barreau, on se rappelle que le tombeur d’Alpha Condé avait eu maille à partir avec sa ministre de la Justice et des droits de l’Homme, qui avait manifesté sa désapprobation suite à une rencontre tenue, en son absence, entre le chef de l’Etat et les magistrats aux fins de discuter de la politique pénale du gouvernement. La suite, on la connaît. Fatoumata Yarie Soumah, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, avait tout simplement été limogée. Cette manière de faire avait achevé de convaincre plus d’un que le pouvoir du CNRD veut des femmes et des hommes obséquieux que d’aucuns appellent des béni-oui-oui qui acquiescent sans oser la moindre contestation. C’est en cela qu’il faut saluer la démarche du Barreau qui a refusé de rester les bras croisés face à l’instrumentalisation de la Justice. Seulement, on ne peut s’empêcher de s’interroger : les avocats peuvent-ils faire reculer la junte ? Ce qui n’est pas gagné d’avance. A moins que, prenant toute la mesure de la situation, la lutte ne soit in fine portée par l’ensemble des forces vives de la Guinée, y compris les magistrats eux-mêmes dont certains, à travers leurs comportements, « contribuent à faire de l’indépendance de la Justice, un principe vide de sens ».

Boundi OUOBA


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