En Guinée, le masque Dimba est au cœur d’une polémique. Cette pièce appartenant aux Baga, la communauté autochtone de la côte maritime, a été choisie par le gouvernement pour être le visage de l’identité nationale guinéenne. Problème, ce masque âgé de plusieurs siècles ne fait pas l’unanimité, des figures de l’Islam s’y opposent catégoriquement.
La junte militaire guinéenne a jeté son dévolu sur le masque D’mba, elle explique qu’en élevant cet objet au rang de sceau, la République de Guinée pourra être identifiée parmi les autres « Guinée » que compte la planète.
Cette décision étatique n’est pas appréciée par certains Guinéens particulièrement par des figures de l’Islam.
Lors de son sermon de la grande prière du vendredi 24 février dernier, El Hadj Mansour Fadiga, imam et fervent défenseur de la religion musulmane, s'est opposé au masque. Pour ce dernier, faire de cette pièce le symbole de la Nation revient à l’idolâtrer.
Dans les rues de la capitale, à Conakry, les avis divergent :
« Étant moi-même musulman, je ne fais que suivre les consignes données par cet imam. Les religieux ont un impact important dans le pays, il faut les écouter » explique un habitant interrogé par Boubacar Diallo, notre correspondant en Guinée.
« Représenter notre pays à travers ce masque, je n’y vois aucun mal. Il ne faut pas que les religieux considèrent cela comme de l'idolâtrie, ce n'est pas l'objectif de l'État, cela n'a rien à voir (…) On a qu'à faire en sorte que notre culture, notre Guinée plaise à tous les Guinéens » indique un autre citoyen.
Offensés par la polémique sur le masque provoquée par la réaction de l’imam El Hadj Mansour Fatiga, les Bagas ont enchaîné des déclarations pour rétablir, disent-ils, "le masque choisi par les militaires".
Jean-René Douba Camara, président fondateur du collectif pour la promotion et la valorisation du patrimoine culturel et artistique Baga est monté au créneau :
« en tant que Baga, en tant que Guinéen, en tant qu’homme de culture, je trouve que cette polémique n’a pas lieu d’être. Je rappelle que cette pièce existe depuis des siècles et des siècles dans l'histoire culturelle et artistique de la Guinée. Depuis notre indépendance ce masque existe. Il est utilisé, valorisé, et il là comme symbole national. (…) Il est l'instrument où l'objet d'art que la Guinée a eu à donner aux Nations Unies. »
Face aux tournures que prenait le débat autour de cette décision gouvernementale, attaqué par certains religieux, le secrétaire général aux affaires religieuses s'est saisi du dossier.
« Dans le Coran, il n’y a pas un kafir qui a été critiqué, saboté ni même insulté plus que le Pharaon. Mais aujourd'hui, c'est Abolhol [le Grand Sphinx] ou bien même Néfertiti qui sont les symboles de l'Égypte ; même leur équipe nationale s'appelle ‘Les Pharaons’. Est-ce que vous comprenez ? Donc il [le masque] est juste un symbole et cela ne doit déranger personne », déclare El Hadj Mohamed Jaffar conseiller chargé des affaires islamiques au secrétariat général aux affaires religieuses.
De nos jours, le Dimba est imprimé en rouge sur tous les documents et actes de la république. Les promoteurs arborent les visuels aux grandes rencontres d'ici et d'ailleurs.
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Publié le :
7 avril 2023Par:
Fofana