Alors que l’épais nuage qui assombrit les relations ivoiro-maliennes suite à l’arrestation de 49 soldats ivoiriens considérés comme des mercenaires, n’est pas encore dissipé, Bamako vient de sommer le porte-parole de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali, (MINUSMA), de faire ses valises et de quitter le pays dans un délai de soixante-douze heures. Comme raison invoquée, Olivier Salgado, puisque c’est de lui qu’il s’agit, se serait livré à des « publications tendancieuses et inacceptables » sur Twitter, en déclarant « sans aucune preuve que les autorités maliennes étaient informées de l’arrivée des soldats ivoiriens par vol civil », le 10 juillet 2022. Même si Bamako réaffirme sa disponibilité à maintenir le dialogue et à poursuivre la coopération avec l’ensemble de ses partenaires y compris la MINUSMA, personne n’est dupe. C’est plutôt un langage diplomatique. Avant-hier, c’était Barkhane, hier c’était le G5 Sahel et la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, c’est la MINUSMA. A quel jeu joue Bamako en multipliant ainsi les fronts ? Que cherchent le colonel Assimi Goïta et ses frères d’armes ? Même si l’on admet que le porte-parole de la MINUSMA n’a pas su faire preuve de réserve, force est de reconnaître que la réaction de Bamako est disproportionnée. En vérité, ce n’est pas le porte-parole qui est visé, mais plutôt la MINUSMA. Car, on le sait, le renouvellement du mandat de cette mission onusienne pour un an, ne s’est pas fait selon les conditions des nouveaux maîtres de Bamako qui semblent avoir fait contre mauvaise fortune bon cœur. La récente suspension des rotations de ses effectifs traduit, à bien des égards, la volonté des autorités du Mali de rendre cette force onusienne inactive.
Les autorités de la transition gagneraient à faire preuve de réalisme plutôt que de faire dans le sensationnel
Certes, même si les ailes protectrices de cet albatros n’arrivent pas à mettre le peuple malien à l’abri de l’hydre terroriste, il n’en demeure pas moins que celle-ci joue un rôle important dans la lutte contre la nébuleuse au Mali. Cela dit, les autorités maliennes ne se trompettent-elles pas de combat ? L’union fait la force, dit-on. Mais au rythme où Bamako multiplie les actes de rupture, elle risque de se mettre à dos tout le monde et se retrouver finalement seule avec Wagner, face à l’ennemi qui donne du fil à retordre aux FAMa. Bien sûr, tant qu’elle continuera à délier les cordons de la bourse, elle aura toujours l’accompagnement des mercenaires russes du groupe Wagner. Mais la Russie, à elle seule, ne peut venir à bout du terrorisme au Mali sans l’appui d’autres partenaires. C’est dire si Bamako doit se ressaisir. Car, il ne sert à rien de vouloir jouer les Zorro alors qu’on n’a pas toujours les moyens de sa politique. Les autorités de transition gagneraient donc à faire preuve de réalisme plutôt que de faire dans le sensationnel. Le Mali est sur une pente raide et a plus que jamais besoin de ses partenaires pour éviter une chute dont les conséquences pourraient être dramatiques non seulement pour le peuple malien, mais aussi pour ses voisins immédiats. La souveraineté derrière laquelle se cache chaque fois le gouvernement malien pour prendre certaines décisions, ne saurait justifier certains de ses actes. Les autorités maliennes doivent savoir que le seul combat qui vaille sur les bords du Djoliba, c’est la lutte contre le terrorisme. Tout le reste n’est que diversion.
DZ
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